Extrait du livre Sous toutes les coutures
Sous toutes les coutures de Marie Colot et Gin aux éditions du Pourquoi Pas
Sous toutes les coutures
J’y crois pas ! Elle l’a fait. Elle l’a jeté. Pourtant, je lui avais bien dit de pas y toucher. — Ariane, tu as des tonnes de vêtements, et tu n’en portes que la moitié. À quoi bon t’en acheter des neufs si tu mets des chiffons ? Mon short préféré gît au milieu de la poubelle, entre des épluchures et un yaourt qui bave.
Je me fiche de la crasse. Je plonge la main dans les détritus, le sors et le serre contre mon cœur. — Cesse cette comédie, Ariane ! C’est juste un vieux bout de tissu. Alors que ma mère clame que j’exa-gè-re tou-jours, je remonte à toute vitesse les escaliers. Et claque la porte de ma chambre. Ce « vieux bout de tissu », je l’adore. C’est le doudou de ma garde-robe. Je l’ai acheté il y a trois ans, en fin de 4e. Je me souviens très bien. De ce vendredi de printemps qui ressemblait à l’été. Des fenêtres ouvertes, du chant des oiseaux, de l’impertinence du ciel, et du soleil qui prenait nos bancs pour une plage. Avec Soumaya et Charline, on rêvait déjà de juillet et août, de cette enfilade d’heures rien qu'à nous, sans cours ni sonnerie pour saucissonner notre liberté. À la fin de la journée, toutes les trois, on a foncé au centre commercial. Un peu de shopping plutôt que de réviser. Un avant-goût de vacances. De magasin en magasin, on a essayé des fringues à la chaîne. Dans les cabines suréclairées, on a défilé et pris la pose. Sourires. Selfies. Stories. Avec une dizaine de pièces, certaines aux antipodes de notre style. Juste pour devenir quelqu'un d'autre, le temps d’une photo. C’était drôle de jouer à qui on n'était pas.



























