Extrait du livre Petite mer
Petite mer de Marie Colot et Manuela Ferry aux éditions du Pourquoi pas
Petite mer
Quand j’avais ton âge, j’ai rencontré une baleine. Pas n’importe laquelle ! La baleine la plus triste du monde. Dans le minuscule bassin qui lui servait de maison, elle pleurait. Je le sais. Pour la consoler, j’ai posé la main sur la vitre qui nous séparait. Et elle s’est approchée. Tout près.
Sa peau était noire, brillante. Sa bouche immense. Elle devait être affamée. Aux alentours, il n’y avait rien à manger. Aucun poisson. Juste de l’eau et du béton. Pas grand-chose de beau ou de nouveau. À part moi, le nez contre la vitre. La baleine m’a regardée de ses yeux tristes. Puis elle a recommencé à tourner en rond. Comme les aiguilles d’une montre où le temps ne passerait pas. Le même chemin, des dizaines de fois. Elle devait être fatiguée de ces voyages sur place, de ces interminables journées. Sa nageoire dorsale tombait sur le côté. Elle avait baissé les bras.
J’aurais aimé l’entourer des miens. La serrer, fort. Briser la vitre avec mes poings. L’emmener se baigner en liberté. Mais l’océan était trop loin. Elle si grande, moi si petite. Faute de mieux, je lui ai souri. Un petit sourire humide, gêné. Elle vivait à l’étroit. Moi, j’allais où je voulais. Je suis restée là, à lui tenir compagnie. À sentir son ennui et son chagrin flotter. Jusqu’à moi.

































