Extrait du livre Perpète
Perpète, écrit par Pierre Soletti et illustrée par Emma Morison. Aux éditions du Pourquoi Pas ?
Perpète
J’ai frappé longtemps à ta porte, Mamé, j’ai frappé, toi, tu ne répondais pas,
je savais que tu ne viendrais pas ouvrir t’as pris perpète je savais, mais de toi je voulais encore entendre la voix derrière la porte le chuchotement de tes pas sur le chuchotement des dalles quand tu marchais avec tes pantoufles pour ne rien abîmer des choses de ce monde, j’ai frappé longtemps, Mamé, j’ai frappé avec encore le goût de l’enfance coincé dans la gorge, j’ai frappé avec encore l’odeur écorchée du mercurochrome sur les genoux, j’ai frappé avec encore le motif de ta toile cirée piqué dans les rétines, Mamé,
l’élan du papier peint de la cuisine, j’ai frappé, j’ai frappé, tu n’ouvrais pas, j’ai frappé quand même, j’ai frappé, toi, tu n’ouvrais pas, alors j’ai frappé plus fort, j’ai frappé jusqu’à réveiller la ville et jusqu’à réveiller tous les morts de toutes les villes, Mamé, j’ai frappé jusqu’à déranger l’hôpital des infirmes de vivre, j’ai frappé jusqu’à l’agonie des gongs, jusqu’à l’unisson des klaxons, jusqu’à l’étourdissement des derniers vivants, Mamé,




























