Extrait du livre Uni Vert
Uni Vert de Stéphanie Richard et David Allart aux éditions du Pourquoi pas
Uni Vert
Ce jour-là, le soleil s’était levé sur le monde, suivi par un petit crachin de printemps. Nous étions le 24 avril et tout semblait normal, sauf que...
La pluie qui gratouillait les murs était verte, un vert d’eau qui aurait pu passer inaperçu, si les trottoirs n’avaient été vert sapin, les troncs d’arbres vert perroquet, les boîtes aux lettres vert amande et les milliers de paires de chaussures qui battaient le pavé : vert bronze, vert poireau, vert tilleul. Incrédules, les gens se regardaient, osant à peine demander à leurs voisins, si, par hasard, eux aussi voyaient la vie en vert. Les enfants pleuraient de grosses gouttes menthe au lait qui coulaient sur leurs joues émeraude, les vieux balbutiaient quelques inquiétudes et les chiens couinaient comme si la fin du monde était proche. Ainsi les jours passèrent, toujours aussi verts. On tentait de s’habituer. Les chercheurs cherchaient, les hommes politiques politisaient. Certains promettaient même une arc-en-cielisation du monde, promesse qu’ils étaient bien incapables de tenir. D’autres avaient lancé le slogan : « Non au vert-treille ! Oui au vermeil ! ». Bref, ça n’avançait pas beaucoup... Il fallut donc s’y faire. On se mit à devenir extrêmement sensible aux nuances, on créait de nouveaux tons que chacun inventait d’après ses souvenirs où l’on voyait en couleur. Il y avait le vert « rizière de mai », le vert « bouteille vide au coucher de soleil », le vert « ortie sauvage piétinée sur rosée » et ainsi de suite.





























