Extrait du livre En avant la musique !
En avant la musique ! d'Yves Pinguilly et Pauline Ferrand aux éditions du Pourquoi pas
En avant la musique !
Avant, il n'y a pas si longtemps puisque la terre était déjà ronde, Aliou habitait à Paris.
Il a déménagé. Lui, sa mère et son père et ses sœurs jumelles qui se ressemblent comme deux gousses de vanille, habitent à présent Marly-sur-Vidour. Passer de la capitale à une sous-préfecture, ça change la vie. Mais, ici il y a la Vidour où l’on peut pêcher des truites plus à côté, la forêt de Douvèze où, dit-on, vit une fée qui se nourrit de diverses fleurs jaunes comme le mimosa, la primevère ou la jonquille…
Aliou va à l'école, comme ses sœurs Aïcha et Kadidja. Lui est en CM2, ses petites sœurs en CP. Aliou et ses sœurs sont noirs à deux cents pour cent, on dit ça parce que leur père est africain, comme l'était l'arrière-grand-père du grand-père de son père ; leur mère est Martiniquaise… Depuis dix générations. Une maman noire plus un papa noir, ça fait noir plus noir… L'équation est facile à résoudre : noir plus noir égal noir devant, derrière, et de la tête aux pieds.
— À l'école de la République Française, chaque élève a droit à la Liberté, à l'Égalité et à la Fraternité en classe, à la récréation, à la cantine. C'est Babette, la maîtresse, qui parle. Elle ajoute : — Notre école bleu-blanc-rouge est une école de toutes les couleurs ! Facile à dire pour elle qui est une indigène blanche aux joues roses avec en plus des ongles qu'elle vernit du même bleu que ses yeux. Oui, facile à dire quand on est maîtresse, parce que, à l'école, il y a Marcus et sa bande. Le plus souvent c'est lui qui parle. Ceux de sa bande, garçons et filles rient. Marcus, c'est un chef, peut-être parce qu'il connaît peu de mots maigres mais beaucoup de gros mots !
Ce jour-là, en pleine récréation, il a jeté à la tête d'Aliou : — Est-ce que tu sais que tu es noir tous les jours et que ton grand-père et ta grand-mère vivaient dans un arbre… Aliou n'a pas eu le temps de répondre. La sonnerie lui a coupé la parole. Il fallait se mettre en rang et monter en classe. Mais dans le rang, doucement Marcus a ajouté : — Aliou t'es noir, c'est grave. Aliou t'es africain, c'est grave… C'est inguérissable !

























