>   Un jardin pour maman
Un jardin pour maman

Un jardin pour maman

13-18 ans - 12 pages, 1600 mots | 13 minutes de lecture
© Éditions du Pourquoi pas, 2025, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Un jardin pour maman

13-18 ans - 13 minutes

Un jardin pour maman

Ariel, l’artiste jardinier, n’a paré son merveilleux jardin d’aucune fleur bleue. Cette omission volontaire, signature d’une douloureuse enfance, ne passe pas inaperçue…

"Un jardin pour maman" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Dans la même collection : Voir plus
Enregistrement(s) proposé(s) par storyplay'r

Raconté par Mina

narration avatar
Ecouter

Extrait du livre Un jardin pour maman

Un jardin pour maman écrit par Claire Beuve et illustrée par Tildé Barbey Aux éditions du Pourquoi Pas ?


Un jardin pour maman
Ariel aime avoir les mains dans la terre. Avec ses premières économies, il a acheté un petit terrain abandonné depuis de nombreuses années. Enfant puis adolescent, le cœur des broussailles était son refuge.
Ici, personne pour le déranger en pleine rêverie. La vieille propriétaire l’avait surpris un jour alors qu’il sortait d’un tunnel de branchages. Elle lui avait souri et offert quelques mûres qu’elle venait de cueillir dans les ronciers. Il lui avait dit : — Quand j’aurai de l’argent, je vous achèterai ce bout de terre. C’est le mien, je m’y sens bien. La vieille avait répondu : — Tu es le seul à aimer cet endroit. Alors d’accord. Tope-là gamin ! Dix ans plus tard, Ariel avait pleuré quand le notaire lui avait remis son titre de propriété. Il en aura fallu du temps pour apprivoiser ce terrain redevenu sauvage. Nourrir la terre, dégager l’ancien bassin, capter la source perdue, nettoyer les vieux canaux pour l’irrigation, redresser les petits murets en pierre sèche… On ne brusque pas un jardin. Avant tout, Ariel a cultivé la patience. Des heures innombrables se sont égrainées. Un dialogue s’établit entre le jardin et lui. Quand il avait besoin de se reposer, Ariel s’asseyait par terre. Ses doigts s’égaraient sur les jeunes écorces ou le duvet des corolles. Un jour, d’un regard il a embrassé l’endroit. Dans un murmure, du bout des lèvres, un mot est arrivé : « Enfin… » — Alors ? Qu’est-ce que vous en dites de mon jardin ? C’est une surprise pour ma mère. Passée la stupeur, le petit groupe d’amis venus découvrir en avant-première le lieu eut un peu de mal à trouver les mots. — Sacré secret mon gars. C’est donc ça que tu mijotes depuis tout ce temps ! — Il est ouf ce jardin.
— Trop joli ton jardin. — Ariel, le Monet du 21e siècle ! — Toutes ses essences : bravo, c’est tout à fait exquis ! — Dis tonton Ariel, je peux cueillir une framboise ? lui demanda Enzo, son petit neveu de trois ans. Lucie, la sœur d’Ariel fit remarquer de sa voix claire : — Il est superbe ton jardin. Incroyablement apaisant. Chaleureux. Un vrai tableau. Bravo mon frère. Je suis très fière de toi ! Mais… il n’y a pas de bleu. Comment ça se fait ? Ariel rougit violemment et brusquement, son regard si doux, si fier l’instant d’avant devint sombre comme la nuit. Les uns et les autres se regardèrent, des points d’interrogations dans les yeux. Après avoir pris le temps de deux ou trois profondes inspirations, la voix tremblante d’Ariel répondit : — Ce n’est pas un hasard, Lucie. Du bleu, il n’y en aura pas. Des fleurs bleues j’en ai trop vu imprimer son corps. Je connais tout le nuancier. Que voulez-vous : des ecchymoses presque noires, ou diluées de jaune ? Demain les hématomes seront violacés, marbrés. Grisés peut-être ? Le bleu est douloureux, infâme, brutal, honteux, secret. Le bleu c’est celui des hypocrites bouquets qu’IL lui offrait après. Pour s’excuser de s’être légèrement emporté. Je hais cette couleur et ce mot. Je voudrais les effacer. Pour toujours. — Si vous saviez les amis… nos cheveux, nos joues étaient inondées lorsqu’elle nous serrait dans ses bras bleutés une fois la crise passée,