Extrait du livre Marpésia ou l'embarras du choix
Marpésia ou l'embarras du choix
Les méchantes reines étaient-elles de gentilles princesses ? Volume 1 Grégoire Kocjan Illustré par Léo Méar L'atelier du poisson soluble
Marpésia ou l'embarras du choix La jeune princesse se réveilla en sursaut. La joie illuminait son visage. Avant que son rêve s'effiloche et disparaisse complètement de sa mémoire, elle sauta du lit et enfila rapidement une robe brodée pour s'élancer dans l'escalier. Le soleil déjà haut enflammait les rives de la mer Noire. - J'ai trouvé ! J'ai trouvé ! cria-t-elle. Comme un courant d'air, elle s'engouffra dans les couloirs du palais, sauta par-dessus le muret de pierres qui entourait les jardins, contourna la statue de Thagimasadas dieu de la Mer et fit s'envoler les toges de deux gardes qui s'inclinaient respectueusement sur son passage.
Arrivée à la grande salle, elle poussa vivement la porte et se précipita au-devant du roi confortablement installé sur son trône. - Père, ça y est, j'ai trouvé ! - Est-ce une façon d'entrer dans une salle royale quand on est une princesse bien élevée ? interrompit le roi. - C'est que... - Tss-tss... recommence ton entrée avec bienséance, s'il te plaît. La princesse bougonna, fit demi-tour jusqu'à la porte puis s'adressa à l'homme posté là, qui était le grand aboyeur royal. - Je demande séance au roi et à la reine. Annoncez-moi, je vous prie, et patati et patata... L'homme costumé se redressa et lança d'une voix tonitruante : - Mademoiselle la princesse Marpésia, fille de notre roi bien-aimé Arsace Ier, chef des Parni, et de notre reine bien-aimée, souveraine du peuple scythe. La jeune fille refit son entrée d'un pas calme, tenant du bout des doigts les deux pans de sa robe. Elle s'arrêta au pied de l'estrade et dit d'une voix légèrement effrontée : - C'est bon, je peux parler maintenant ? - Il faut déjà que tu salues ta reine, dit le roi. Tu connais le protocole. La princesse exécuta une petite révérence devant sa mère qui, assise à la droite du père, tricotait une paire de moufles. - Bonjour, ma petite chérie. As-tu bien dormi ? demanda la reine bienveillante. - Très bien, chère mère... ça y est, j'ai le droit de m'exprimer ? - Le prêtre... N'oublie pas le prêtre, chuchota le roi en faisant un signe de la tête en direction d'un vieillard avachi dans un fauteuil doré. - Mais il roupille... Regarde, il bave sur sa toge, là ! Le roi se retourna et effectivement, le représentant religieux ronflait paisiblement en faisant des bulles avec son nez. - Bon, tu as raison, dit le roi. Allez ! Ignorons le protocole. Une fois n'est pas coutume. Alors, que t'arrive-t-il ma fille ? La princesse, rayonnante, prit une grande respiration et lança : - Mes chers parents, j'ai enfin trouvé ce que je voulais faire plus tard ! Cela m'est apparu en songe... - Plus tard tu seras reine ma chérie ! Que veux-tu faire de plus ? - Il me faut bien trouver une occupation. - Eh bien, tu pourras tricoter des moufles, tout comme moi ? - Euh... en fait, je préfèrerais devenir pompier.



























