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Elsa ou une journée de princesse

Elsa ou une journée de princesse

13-18 ans - 6 pages, 1173 mots | 10 minutes de lecture
© L'Atelier du Poisson Soluble, 2017, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Elsa ou une journée de princesse

13-18 ans - 10 minutes

Elsa ou une journée de princesse

Chapitre issu de l'album "Les méchantes reines étaient-elles de gentilles princesses ?" de Grégoire Kocjan et Léo Méar


-Miroir, mon beau miroir, dis-moi quelles sont les plus belles histoires de princesses...


- En cherchant à la ronde dans tout le vaste monde, il n'y a pas plus épatant que celles de Grégoire Kocjan. Si le miroir magique le dit, c'est que ça doit être vrai ! Pourtant ici les princes charmants, les robes et les poneys n'ont pas l'ambition de nous faire rêver mais plutôt de nous réveiller. Après quelques détours par le thé‚tre et la bande dessinée, l'auteur de l'excellent Ogrus, histoires à digérer, replonge avec plaisir dans les contes. Toujours armé de son humour décapant, il nous explique qu'il est inutile de vouloir libérer les princesses, elles s'en chargent toutes seules !


"Elsa ou une journée de princesse" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Raconté par Lynda

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Extrait du livre Elsa ou une journée de princesse

Elsa ou Une journée de princesse


Les méchantes reines étaient-elles de gentilles princesses ? Volume 1 Grégoire Kocjan Illustré par Léo Méar L'atelier du poisson soluble
ELSA ou Une journée de princesse Derrière l'épais rideau bleu acier, Elsa percevait le murmure de la foule. Elle enfila les gants blancs de cérémonie, un peu trop larges pour ses mains, et vérifia dans un miroir posé là à son intention que sa coiffure était intacte. Un souffle glacial la fit frissonner. Le premier étage du palais, qui n'avait jamais été terminé, était plein de courants d'air. Seule la façade avait reçu les finitions en mode carton-pâte. Elle avait froid. Sa robe était bien trop légère pour la saison. Maintes fois, elle avait demandé un châle pour se couvrir mais on lui avait expliqué que c'était impossible car elle devait correspondre parfaitement à l'image que les gens se faisaient de la princesse. Elle se sentit triste tout à coup.
Sa petite voix intérieure lui dit qu'il était temps d'y aller. Elle ouvrit le rideau et fit un pas en avant pour se retrouver en pleine lumière, une lumière froide et puissante qui éclairait le balcon. Elle avança encore jusqu'à la balustrade et apparut enfin à l'immense foule amassée devant le palais. Le murmure devint alors grondement puis acclamation. Elsa leva les bras, signal prévu pour déclencher les feux d'artifice qui aussitôt envahirent le ciel, tout en explosions et fleurs d'étincelles. Une vague d'émerveillement parcourut l'auditoire puis la musique démarra. La princesse se mit à chanter un refrain repris en choeur par toute l'assemblée. Sa petite voix intérieure lui rappela de bien penser à sourire et aussi de faire attention à la rambarde qui était branlante. Plongée dans ses pensées, elle en oublia les paroles. Heureusement, c'était du play-back. La chorégraphie terminée, on l'accompagna rapidement jusqu'à son carrosse blanc. Elle monta à l'intérieur juste au moment où les grandes portes qui donnaient sur le parvis s'ouvraient. Les chevaux avançaient lentement le long de l'allée centrale recouverte d'un tapis de fleurs qui dissimulait habilement les rails. Tout autour, comme une mer agitée, les gens agglutinés gesticulaient et poussaient contre les barrières qui semblaient pouvoir céder à tout moment. Elsa fit de petits signes au peuple à travers la vitre, avec une délicatesse qui jurait au milieu de cette frénésie. Pleurs de petites filles, hurlements, bousculades, pour la princesse c'était devenu un spectacle tristement banal. Elle s'était toujours demandé comment une personne aussi fictive qu'elle pouvait déclencher autant de passion, de cris et de ferveur. Le carrosse passa, laissant derrière lui son lot de gens déçus de ne pas avoir pu l'apercevoir, meurtris dans leur coeur, blessés dans leur corps, parfois évanouis. Une fois arrivée au bout de l'allée, elle descendit avec majesté pour continuer à pied sur un petit ponton recouvert de neige qui enjambait une mare très joliment aménagée. En plein jour, Elsa se rendit compte que sa robe était sale à l'encolure et usée par endroits. Elle en ressentit un peu de honte même si elle savait bien que ce n'était pas la sienne. Elle avança jusqu'au kiosque de verre et de gros flocons se mirent à tomber du ciel comme par enchantement. C'était fantastique. Elsa se prit à rêver en regardant cette neige irréelle. Elle pensa aussi que ces petites billes de polystyrène qui se fourraient partout pire que des confettis devaient être un vrai calvaire à ramasser. Sa petite voix intérieure braillait. Fatiguée de l'entendre, elle débrancha son oreillette. La dernière chose qu'elle entendit fut que pour envoyer son pouvoir magique, c'était quand elle voulait. Alors, doucement, elle enleva un gant devant le public médusé et, du bout de ses doigts, toucha légèrement la surface de l'eau qui se transforma aussitôt en glace. Soudain, une dizaine de petits bonshommes de neige chaussés de patins arrivèrent de toute part en glissant sur le faux étang gelé, accompagnés des rires et des applaudissements des enfants. C'était féerique. Elsa disparut ensuite dans un nuage de fumée, comme si une avalanche l'avait soudainement engloutie, et un haut-parleur grésillant