Extrait du livre Marie Charlotte ou les trois poneys
Marie-Charlotte ou Les trois poneys
Les méchantes reines étaient-elles de gentilles princesses ? Volume 1 Grégoire Kocjan Illustré par Léo Méar L'atelier du poisson soluble
MARIE-CHARLOTTE ou Les trois poneys - Ma chérie, ma princesse, ma toute tendre, mon bébé, mon poussin, mon petit sucre, ma joie, mon trésor, ma douce Marie-Charlotte... Le roi, assis à l'extrémité du lit à baldaquin de sa fille unique, princesse de son état et joyau de la couronne, agitait ses doigts nerveusement et parlait d'une voix presque inaudible. - Tu sais que la révolte gronde dans le pays depuis de nombreux mois ? Que nos carabiniers meurent fièrement les uns après les autres sur les barricades et que les richesses sont désormais épuisées ? Tu le sais, n'est-ce pas ? - Oui, ma majesté papa. Nous savons tout cela. La princesse, installée au milieu d'un tas de coussins, écoutait son père tout en découpant les tentures de son lit pour en faire des ribambelles.
- Nous avons longuement parlé avec ta mère et maintenant que la famine a gagné le palais, nous allons devoir prendre de graves décisions... des décisions d'adultes, tristes et pénibles à la fois. - Allons-nous devoir abandonner notre chambre adorée ? - Non ! Quand même, ce n'est pas la débâcle. Cependant, tu as sans doute remarqué que nos festins, ces derniers temps, sont plutôt frugaux, voire maigres... - Mais nous aimons la soupe aux truffes et aux cailles, mon cher papa roi. Ne te fais pas tant de souci. - Eh bien justement, ces petites cailles, c'étaient les dernières ! Nous n'avons plus de viande en réserve au château et pas plus de légumes. - Mince, c'est embêtant. Il reste quand même des Oreo ? - Non, plus rien ! Pas même une miche de pain dur. La princesse se mit à fredonner tout en continuant à découper le voile de son baldaquin. - Une poule sur un mur, qui picore du pain dur, picoti picota... - Écoute, ma chérie, reprit le roi. Écoute-moi bien attentivement. Je suis désolé de te le dire aussi brutalement, mais il se pourrait que nous soyons obligés de manger tes poneys... - Pardon, ma majesté papa ? Nous n'avons pas bien entendu.





























