Extrait du livre Le mariage ou c'est beau l'amour ou tiens voilà du boudin soeur Cunégonde ou tout est bien qui finit bien
Le mariage
Les méchantes reines étaient-elles de gentilles princesses ? Volume 1 Grégoire Kocjan Illustré par Léo Méar L'atelier du poisson soluble
LE MARIAGE ou C'est beau l'amour ou Tiens voilà du boudin soeur Cunégonde ou Tout est bien qui finit bien Soudain, dans le silence de la chapelle, l'évêque, tête en l'air et yeux fermés, d'une main se grattant la tonsure de l'autre levant son goupillon en or gros comme un melon, proclama d'une voix grandiloquente :
- Par les lois sacrément sacrées du mariage, devant le grand Babu créateur de toutes choses sur la Terre sauf des salsifis qui sont l'oeuvre de Belzébuth, et devant les hommes, les coccinelles et les bégonias, je vous déclare mari et femme jusqu'à ce que la mort vous sépare ou plutôt vous rassemble dans l'au-delà (et l'eau-de-vie pour la conservation). Vous pouvez embrasser la mariée si elle est d'accord. Et il ajouta discrètement : - Si vous puez du bec, tenez... voici des bonbecs ! Le prince s'approcha doucement de la princesse. Il leva le voile de tulle blanc qui couvrait son si beau visage. Les anneaux, scellement de ce nouvel amour, brillaient dans un rayon de soleil multicolore qui filtrait à travers la mosaïque des vitraux. Puis les doigts de leurs mains s'enlacèrent. Leurs pieds se frôlèrent. Leurs genoux tremblèrent. Leurs têtes tournèrent. Enfin leurs lèvres se touchèrent. Et ils s'embrassèrent sous le regard émerveillé des mémères et des pépères et le dégoût des enfants prépubères. - Hourra ! Hourra ! lança la foule entassée dans la chapelle. - Ding, ding, dong ! sonnèrent les cloches. - Amen ! Alléluia ! Hosanna ! Décalécatan décalécatan ohé ohé ! lança le père Limpinpin, ancien chanoine de la cathédrale de Chartres, qui, dans le fond de l'édifice sacré, commençait à amener des caisses de vin mousseux. Soeur Cunégonde, émoustillée par la situation, d'autant qu'on ne l'avait pas sortie du couvent depuis la dernière invasion, s'installa au clavecin et envoya un requiem revisité en polka. ça commençait à gigoter du derrière entre les bancs, ça bousculait les prie-Dieu, ça tapait des escarpins et secouait des grelots. Le roi et la reine se mirent à tourner bras d'ssus bras d'ssous. Les autres roi et reine, ceux du marié, entamèrent une gigue car ils ne venaient pas du même royaume alors les coutumes variaient légèrement. Les chevaliers en armure se dandinaient eux aussi, ce qui ajoutait une sorte de sympathique " tikiclic " acoustique, métallique et rythmique sur la musique. Les nonnes n'osant pas offenser Dieu en dansant faisaient plutôt des galipettes les quatre fers en l'air. Les cousins et les cousines venus des châteaux avoisinants commençaient à se bécoter et à se pincer les fesses en rigolant. Les enfants, quant à eux, couraient dans les allées, jetant serpentins, cotillons et riz par poignées. - Ouvrez les portes ! cria le roi. Que mon peuple puisse jouir des festivités ! - Bravo ! Vive le roi ! crièrent les invités. Qu'est-ce qu'il est bon ce Philippe ! On devrait l'appeler Philippe le Bon, tiens ! Les grandes portes de la chapelle s'ouvrirent et les pauvres avancèrent timidement, leurs enfants dans les bras. Seuls des visages sales et des mains tortueuses sortaient des haillons. - Entrez, n'ayez pas peur gentils gueux, encouragea la reine en allant à leur rencontre. Venez profiter de la fête. Alors ils se précipitèrent sur les dalles froides pour récupérer les grains de riz qui jonchaient le sol de la chapelle.



























