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La Dynastie du royaume de Floss (Tome 3) - Brieg

La Dynastie du royaume de Floss (Tome 3) - Brieg

13-18 ans - 243 pages, 140474 mots | 16 heures 45 minutes de lecture
© Mage éditions, 2024, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La Dynastie du royaume de Floss (Tome 3) - Brieg

13-18 ans - 16 heures 45 minutes

La Dynastie du royaume de Floss (Tome 3) - Brieg

Dans un empire sans magie, un jeune homme voit son destin basculer. L’ultime espoir d’un monde brisé renaît dans l’ombre.

La magie a disparu. Les dieux ne sont plus que des mythes. Quelques hommes tentent d’échapper au règne terrifiant du nouvel Empereur et l’espoir de reconquérir sa liberté ne tient plus qu’à un fil. Malgré la résistance, la dictature écrase les rebelles et maintient la population dans une peur de chaque instant. Brieg grandit à l’écart des affaires politiques, dans le confort de son chalet au cœur de la forêt d’Ancitar. Bercé par des légendes et des rêves de gloire perdue, il ignore encore que sa vie est sur le point de basculer.

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Extrait du livre La Dynastie du royaume de Floss (Tome 3) - Brieg

La dynastie du royaume de Floss : Brieg de Margot Aguerre et Artemisia aux éditions MAGE


CHAPITRE 1 Quelques centaines d’années plus tôt Diarmaid avait fait ses adieux à sa fille Ingrid et son gendre Kiolos, les souverains des Aulnes. Le couple donnerait bientôt naissance à un enfant et perpétuerait ainsi la dynastie du Royaume de Floss. Cette nouvelle princesse possédait déjà le courage et la magie de leur lignée. Une voix avait même murmuré à Diarmaid que sa descendante se nommerait Kahena. Sûre de son choix, Diarmaid s’était donc enfoncée dans la forêt d’Ancitar. Sa sœur Sylve avait disparu de nombreuses années auparavant et Diarmaid avait eu beau la chercher, elle n’avait jamais retrouvé sa trace. De nouvelles informations avaient été portées à sa connaissance. L’un de ses espions rapportait que lors d’un différend opposant un magicien et un adorateur de Vagnar, la princesse Sylve était apparue. Elle aidait un dénommé Malak, qui prétendait être un puissant nécromancien. Diarmaid avait décidé de tirer cette affaire au clair, mais pour cela, elle devait s’absenter et ignorait si elle reviendrait. Elle avait donc cédé la couronne avec soulagement à sa fille. Diarmaid ne s’était jamais senti l’âme d’une reine. Après plusieurs jours de chevauchée, elle était arrivée dans une petite bourgade de Merana où avait eu lieu le combat entre les deux mages. C’était à partir de cet endroit qu’elle réussirait peut-être à remonter sa trace. Son estomac se tordait chaque fois qu’elle repensait à la douceur de sa sœur. Comment avait-elle pu les abandonner pour partager son savoir et sa magie avec un être si malfaisant ? La façade de la petite auberge avait un air lugubre et des lézardes couraient le long des murs de chaux jaunis. Les carreaux étaient si sales que l’Aulne ne pouvait voir l’intérieur. Elle poussa la porte. — Bonjour, salua Diarmaid d’une voix assurée en s’approchant de l’aubergiste. J’ai eu vent d’une dispute dans votre établissement entre deux hommes. Il paraît qu’ils ont fait des dégâts et que l’un d’eux était accompagné d’une jeune femme. L’hôtelier qui était seul derrière son comptoir, planté au fond d’une salle déserte, se raidit. Il devint blanc et des perles de sueur coulèrent sur ses tempes. Il les essuya maladroitement avec un mouchoir maculé de taches jaunâtres. Diarmaid ravala son dégout. Elle s’approcha lentement en continuant de l’observer et patienta. Cet homme finirait par parler. Elle ôta sa capuche et découvrit son visage. Pendant un instant, les yeux de l’aubergiste s’allumèrent comme s’il avait vu une flamme briller dans les ténèbres. Les cheveux argentés de Diarmaid tombaient en cascade dans son dos et ses traits fins lui donnaient un air angélique. — La femme qui était avec le sorcier vous ressemblait, en plus jeune, murmura l’aubergiste en regardant autour de lui comme s quelqu’un pouvait surprendre ses paroles. Diarmaid sourit. Elle avait plus de quatre cents ans et semblait en avoir trente-cinq. Lorsque Sylve avait disparu, elle paraissait avoir quinze ans tout au plus, mais en avait déjà cent cinquante.
Elle était plus maligne et habile que la plupart des personnes et adorait se mélanger aux hommes pour être courtisée. Peut-être était-elle tombée sur un amant machiavélique ? — Par où se sont-ils échappés ? demanda Diarmaid. — Vers l’est, murmura-t-il. On dit qu’il possède un grand manoir accroché au flanc d’une falaise et survolé sans cesse par des oiseaux de proie. Personne n’ose s’en approcher et ceux qui le font sont retrouvés mutilés ou morts. Diarmaid voulut partir, mais l’aubergiste la retint par le bras. — Faites attention, vous paraissez être quelqu’un de bien, mais cet homme... il n’hésitera pas à vous tuer. Le sorcier avec qui le nécromancien s’est disputé a été aspiré dans une pierre. Enfin pas tout entier, son corps est tombé tout raide... Mais son esprit s’est élevé dans les airs et il a été happé par la pierre... Je n’ai jamais vu un truc pareil... — La femme qui l’accompagnait l’a-t-elle aidé ? — Non... elle semblait ailleurs, elle marchait dans l’ombre du nécromancien et elle n’a pas prononcé un mot. Diarmaid se dégagea lentement et réfléchit à cette nouvelle information. Son espion n’avait pas menti, il s’agissait bien d’un nécromancien capable de capturer l’âme d’un défunt et sa sœur l’accompagnait. Elle était d’autant plus abasourdie qu’il n’hésitait pas à faire ses démonstrations en public. Il était étonnant que la couronne de Merana le laisse agir impunément. — A-t-il dit ou fait quelque chose d’autre ? demanda Diarmaid. — Seulement qu’il s’appelait Malak et que rien ne l’arrêterait. Il a ajouté que si on faisait quoi que ce soit contre lui, on finirait dans une pierre, dit l’homme en tremblant. Diarmaid remercia l’aubergiste en lui donnant des pièces d’or, suffisamment pour racheter le matériel que le nécromancien avait cassé dans sa lutte. Elle sortit sans attendre et remonta en selle, prenant la direction de la côte vers l’est. Elle avançait à vive allure et ralentit en voyant que son cheval ne tiendrait pas la distance. Elle se laissait une fois de plus dépasser par sa fougue. Le chemin de terre serpentait à travers les herbes hautes qui bordaient les falaises de craie. C’était un paysage magnifique. — Où vas-tu ? tonna une voix dans son dos. Diarmaid arrêta son cheval et regarda par-dessus son épaule. Elle sourit et n’était pas étonnée de retrouver Mazoldars et son air contrarié ici. — Retrouver ma sœur, dit-elle. Mazoldars avança à grandes enjambées et se planta devant Diarmaid, les bras croisés. Il n’avait pas l’air du vieil homme dont il empruntait habituellement l’apparence lorsqu’il se rendait à la cour des Aulnes. Il était apparu à Diarmaid sous sa véritable forme, il était jeune, beau et séduisant. Ses yeux ambre couvaient du regard la belle Aulne. — J’en étais sûr... dit-il d’un ton de reproche. Quand j’ai entendu que tu cédais le pouvoir à Ingrid, j’ai su qu’il se passait quelque chose de grave. Laisse-moi t’accompagner. — Tu n’as pas d’obligations divines à remplir ? demanda Diarmaid avec un sourire furtif sur les lèvres. — Faliate m’a donné du temps libre, répondit-il, piqué au vif. Et puis je t’ai promis d’être à tes côtés dans tous les moments difficiles de la vie, celui-là risque d’en faire partie. — Je savais à quoi je m’exposais en tombant amoureuse de toi. Les absences, les non-dits, les secrets, les prophéties... je ne m’y suis jamais faite. Je voudrais pouvoir marcher main dans la main avec toi sans avoir peur des regards ou des conséquences. — Les Aulnes savent qu’Etanael était un bon roi, mais ce mariage arrangé ne vous a jamais rendus heureux, il ne t’a jamais aimée. Personne ne t’en veut de ne pas avoir pleuré lors de ses funérailles et si certains se doutent que tu en aimes un autre, personne ne te juge. Je peux lire dans tous leurs esprits. Tu n’as pas à avoir honte. Nous ne faisons rien de mal.
— La mort d’Etanael n’était pas un accident, il s’est jeté dans le vide... souffla Diarmaid les larmes aux yeux. C’est comme si je l’avais poussé. Tous les matins, il se levait et voyait Ingrid, il savait... Mazoldars aida Diarmaid à descendre de cheval et la serra contre lui tendrement. Leur idylle durait depuis presque trois cents ans, mais ils restaient discrets. Mazoldars était le messager de la déesse Faliate et avait l’interdiction formelle de s’éprendre d’une créature terrestre. Il devait uniquement servir la déesse. Pourtant, il était tombé amoureux de Diarmaid à la seconde où il l’avait rencontrée. Elle était la plus merveilleuse créature que Kuliap, le père des dieux, avait engendrée. Rebelle et magnifique, Diarmaid avait un tempérament de feu et détestait la diplomatie. Ses parents avaient espéré que son union avec Etanael l’adoucirait. Ce dernier était un bon roi, bien que passif et rêveur. Il ne prenait jamais de décision et se cachait toujours dans l’ombre de la reine. Son tempérament mélancolique avait pris le dessus au fil des ans et il n’avait jamais eu de geste tendre envers sa femme. Le roi savait pertinemment qu’Ingrid n’était pas le fruit de son union avec Diarmaid, mais avait paru soulagé lorsqu’il avait vu le ventre de sa femme s’arrondir. Avec le temps, Etanael avait fini par se murer dans le silence, il fuyait tout contact et un matin sa dépouille avait été retrouvée en bas des cascades de Keaplopis. Bien qu’il eut été inhumé avec faste, les Aulnes se sentaient profondément trahis, car leur roi s’était ôté la vie. Personne ne prononçait son nom, comme s’il était maudit. En sécurité dans ses bras, Diarmaid remplit ses poumons du doux parfum de son compagnon et resserra son étreinte. — Nous devons nous remettre en route, décida Diarmaid après un moment. Merci d’être là. — Tu n’es jamais seule, je serai toujours là pour veiller sur toi. Je te le promets, murmura Mazoldars en déposant un doux baiser sur les lèvres de l’Aulne. Diarmaid sourit et embrassa Mazoldars avant de remonter en selle. Le magicien sauta sur la croupe de la jument et il passa ses bras autour de la taille de sa bien-aimée. Il enfouit son visage dans ses cheveux et elle rit. Elle talonna sa monture qui partit au trot, en direction du manoir de Malak. L’herbe verte et tendre avait peu à peu disparu pour laisser place à des étendues sèches de petits buissons épineux. L’air de la mer était plus frais et bientôt le sentier disparut. Il fit place à un chemin creusé dans la roche le long de la paroi abrupte de la falaise. Diarmaid et Mazoldars descendirent de cheval. L’Aulne lui ôta son mors et sa selle qu’elle posa au sol. — Elle nous retrouvera quand je l’appellerai, nous risquons d’en avoir pour un moment, dit Diarmaid face au regard interrogateur de Mazoldars. — Ou de ne jamais revenir, auquel cas ta jument préférée finirait par mourir sous ce soleil de plomb, conclut-il. Diarmaid esquissa un sourire. Son compagnon avait toujours su lire en elle comme dans un livre ouvert. Ils empruntèrent le sentier et aperçurent au loin une étrange maison coiffée de corbeaux et d’aigles. Ils s’arrêtèrent dans un virage et se mirent à plat ventre. Le manoir semblait sorti tout droit de l’imagination d’un architecte fou. Les murs de bois noirs ondulés formaient des vagues. Ils semblaient recouverts de goudron. Les fenêtres, petites et rondes, donnaient sur la mer. Le toit ressemblait à la coque d’un navire retourné, colonisé par des pétoncles morts depuis longtemps. Les oiseaux de Malak avaient sali les bardeaux de bois avec leurs fientes, laissant paraître des coulures blanches et ocre. Les volatiles faisaient d’ailleurs un raffut audible à plusieurs centaines de mètres. — Tu crois que nous pouvons entrer sans nous faire repérer ? demanda Diarmaid.
— Impossible. Les abords de la maison sont dégagés et ces corbeaux signaleront notre présence. Nous devons attendre la nuit, ça nous permettra aussi de savoir si elle est habitée, conclut Mazoldars. Diarmaid hocha la tête. Si quelqu’un y vivait, on allumerait des cierges ou un feu. Elle remercia Faliate en silence de lui avoir permis de rencontrer Mazoldars, grâce à lui elle ne se précipitait pas tête baissée dans un piège. Elle devrait donc prendre son mal en patience, mais après tout, elle aurait pu être en bien plus mauvaise compagnie... Le soleil déclinait et Diarmaid frissonna, le vent était frais. Elle se blottit contre Mazoldars qui passa son bras autour de ses épaules. — Tu sais qu’on pourrait partir, là, tout de suite et faire comme si nous étions de simples mortels, un couple normal, murmura Mazoldars. Je suis prêt à renoncer à tout pour toi. Diarmaid pinça les lèvres et se mordit la langue. Elle avait attendu toute sa vie que Mazoldars lui susurre ces paroles, fuir avec l’homme qu’elle aimait était la seule chose à laquelle elle pensait depuis de nombreuses années. Mais elle ne pouvait pas reculer, plus maintenant que sa sœur était peut-être toute proche. — Quand nous serons sortis indemnes de cette maison et que j’aurai tiré cette histoire au clair, alors nous partirons. Et nous ne rendrons de comptes à personne, conclut Diarmaid. Mazoldars hocha la tête et un large sourire s’étira sur ses lèvres fines. Il embrassa Diarmaid et l’attira plus près de lui. La porte du manoir claqua et deux silhouettes se dessinèrent devant le porche. Une femme et un homme s’avancèrent sur la plage, les vagues léchaient les semelles de leurs chaussures. Ilsriaient aux éclats et après quelques secondes, ils disparurent. — On est au bon endroit, ils viennent d’utiliser la magie de Vagnar, dit Mazoldars avec un air dégouté. Mais la femme qui accompagnait Malak n’était pas ta sœur. En effet, Sylve avait les cheveux argentés et sa peau était pareille à la nacre. La femme en compagnie de Malak était brune avec la peau mate et même si une capuche empêchait de discerner ses traits avec précision, elle n’était pas une Aulne. — Allons-y, dit Diarmaid en se relevant et en courant vers la maison. Les oiseaux s’étaient mis à voler au-dessus de la demeure comme s’ils se laissaient porter par une colonne d’air. Dans la nuit à présent tombée, Diarmaid murmura un sort. Elle se rendit invisible, seuls ses pas sur le sable la trahissaient. Il en était de même pour Mazoldars. Lorsqu’ils arrivèrent sous le porche, aucun oiseau ne les avait repérés, même si les croassements étaient de plus en plus forts. La porte n’était pas fermée à clef. À quoi bon de toute manière ? Les gens d’ici avaient tellement peur qu’ils faisaient régulièrement un détour de plusieurs kilomètres pour éviter l’endroit. Ils entrèrent sans attendre. Ils réapparurent, le sort avait été annulé en passant le seuil. Diarmaid sentit aussitôt un danger tout proche d’elle. Elle s’avança dans le couloir qui s’offrait à eux et pénétra dans une pièce sans porte. Des tables en bois s’alignaient, assez longues et larges pour y allonger une personne. Des cordes maculées de sang jonchaient le sol. Une odeur pestilentielle flottait dans l’air. — Quelle est cette infection ? murmura Diarmaid. — L’odeur de cadavre en décomposition, répondit Mazoldars. Juste sous nos pieds. Diarmaid tressaillit en regardant le plancher, troué par des trappes. Mazoldars se tenait justement au-dessus de l’une d’elles et serrait les dents. Il ne parvenait plus à en détacher son regard. L’Aulne le rejoignit, son cœur battant la chamade. — Ce sont des filles, elles n’ont pas plus de quinze ou seize ans, souffla-t-elle, sur le point de vomir. — L’eau monte jusqu’ici et emmène les corps dans la mer.
les oiseaux sont là pour profiter du festin, répondit Mazoldars. Continuons. — Je ne suis pas sûre de le vouloir, je ne supporte pas l’idée que ma sœur puisse l’aider à tuer toutes ces filles, se lamenta Diarmaid. — Peut-être y est-elle obligée. Il n’y a pas d’autre pièce en bas, montons à l’étage. Quand nous en aurons fini, nous tuerons Malak. Je t’en fais la promesse, dit Mazoldars, dont les yeux brillaient de colère. Les escaliers se trouvaient au fond de la pièce. Simples et en bois d’ébène, ils étaient glissants et grinçaient sous chacun de leurs pas. Ils arrivèrent dans l’unique grande salle de l’étage, où se succédaient aussi des tables rectangulaires. Ces dernières étaient recouvertes de pierres rondes et noires. Une gemme sphérique plus grosse et large que les autres trônait au milieu de la pièce, sur un piédestal. En s’approchant, Mazoldars crut voir passer deux yeux remplis de flammes. Son sang se glaça face à cette apparition angoissante. Diarmaid avança dans l’allée principale et elle s’arrêta devant l’une d’elles qui s’était mise à briller. L’Aulne l’effleura du bout des doigts et aussitôt un nuage de fumée grise s’en échappa pour prendre forme humaine. Mazoldars vint se poster devant Diarmaid pour la protéger, mais l’Aulne fit un pas de côté, le cœur serré et des larmes de désespoir dans les yeux. L’esprit se matérialisa enfin en une jeune fille. — Sylve, souffla Diarmaid. Qu’est-il arrivé ? — Malak m’a capturée et m’a enfermée dans cette pierre. Il nous appelle des génies. Aussi longtemps qu’il vivra, nous resterons coincées ici, sauf si notre porteur nous délivre de ce mauvais sort. Et si les gemmes se cassent, nos esprits continueront de vagabonder jusqu’à ce que Malak soit vaincu. Diarmaid prit la pierre entre ses mains et observa sa sœur qui avait l’air d’un fantôme au teint fade et au regard éteint. — Je te délivre, dit Diarmaid. — Non ma sœur, le porteur à laquelle la pierre répond est uniquement Malak ou l’un de ses serviteurs lorsqu’il leur confie la gemme. Un voleur ne peut pas libérer un génie, dit-elle tristement. Et je sens justement qu’il revient. Il est tout proche, je le sens, je le sens... dit-elle en un souffle. Sylve s’évapora comme si elle était un vulgaire nuage de poussière et la lueur de la pierre s’éteignit. — Voilà de la visite, je savais bien que quelque chose clochait, dit une voix rocailleuse. Diarmaid et Mazoldars se retournèrent. Aussitôt, Diarmaid lui envoya une boule de feu en plein visage. Le nécromancien pesta et fit un bond sur le côté, il tomba dans les escaliers qu’il dévala. Il se remit sur pied avec difficulté et dressa son bouclier juste avant de recevoir un éclair en pleine poitrine. Mazoldars était déjà sur lui, les yeux étincelants de rage et le visage crispé par la colère. Diarmaid ne tarda pas à le rejoindre avec la même expression. Malak serra les dents et appela d’une voix forte une dénommée Anicra, mais personne ne répondit. Seul face à ces deux magiciens, il ne gagnerait pas. — C’est plus facile de s’en prendre à des enfants sans défense, n’est-ce pas ? demanda Diarmaid furieuse. Elle projeta sur lui une large langue de flammes qui vint s’enrouler autour du sorcier. Il se mit à suffoquer et à crier. Il leva les bras au ciel et aussitôt les murs commencèrent à trembler. — La maison va s’effondrer ! hurla Mazoldars dont la voix était couverte par le vacarme ambiant. Diarmaid était proche du but. Elle maîtrisait ses pouvoirs à la perfection et elle sentait la vie quitter Malak. La magie du feu coulait dans ses veines et elle avait toujours réussi à garder ce secret intact, seul Mazoldars était au courant. Elle avait prié la
déesse pour qu’elle lui vienne en aide. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait hérité de ce don alors que sa mère et les autres femmes de sa famille possédaient le pouvoir de la terre ou du vent. Mazoldars lui avait simplement glissé qu’elle avait été choisie par Faliate pour être le rempart contre un fléau qui grandissait dans l’ombre. Il n’avait rien ajouté de plus, il en avait déjà trop dit. Cette menace était peut-être Malak, elle accomplissait certainement ce pour quoi elle était venue au monde. Cet homme était un fou, un lâche et un être répugnant. S’il mourait, Sylve et les autres seraient libres, les filles qui avaient été assassinées seraient vengées. De nouveau la demeure trembla et il y eut une forte explosion. Mazoldars, Diarmaid et Malak furent projetés à travers la maison. Ils se retrouvèrent sur la plage. Le manoir était éventré et les oiseaux croassaient. Diarmaid se pencha sur Mazoldars qui était assommé. Il respirait, mais il était blessé à la tempe. Malak comprit qu’il avait une belle occasion d’attaquer l’Aulne et lança contre elle un nuage de sable. L’Aulne leva son bouclier et envoya une boule de feu sur Malak qui fut aveuglé l’espace d’un instant. C’était suffisant pour permettre à Diarmaid de reprendre l’avantage. Elle se concentra suffisamment pour chauffer l’air contenu entre chaque grain de sable et créa une explosion sous Malak qui vola dans les airs. Il ne s’y attendait pas et retomba lourdement. Après quelques secondes d’étourdissement, il reprit ses esprits. Diarmaid était déjà sur lui, sa dague en main. Au lieu de contrer les sorts que Malak lui envoyait, Diarmaid les avait simplement déviés et cette technique de combat était aussi rare que déstabilisante pour un adversaire d’habitude le plus puissant. — Si tu me tues, tu deviendras un fantôme pour tous ceux que tu aimes et qui t’aiment en retour, prévint Malak, les lèvres retroussées comme un chien près à mordre. Je ne mourrai pas comme ça, pas ici sur cette plage. Je reviendrai. Je braverai le monde des esprits et je te ferai souffrir, toi et ta famille... Diarmaid laissa sa lame glisser contre la gorge de Malak en le tenant fermement. Elle le regarda agoniser et scruta son corps secoué de soubresauts. La colère qu’elle ressentait ne s’apaisait pas et lorsqu’elle eut la certitude qu’il était bien mort, elle se retourna vers Mazoldars. Il s’était relevé et titubait comme s’il était perdu. Il fit un tour sur lui-même et se prit la tête entre les mains. — Est-ce que ça va ? demanda Diarmaid en s’approchant. Lorsqu’elle voulut le toucher, une puissance invisible l’en empêcha. Une peur sourde la submergea soudain. Son cœur s’accéléra. — Mazoldars, notre amour est plus fort qu’une malédiction, tonna Diarmaid. Le magicien regardait autour de lui comme pour retrouver son chemin. — REGARDE-MOI ! cria l’Aulne. Rien n’y fit. Mazoldars finit par abandonner la dépouille de Malak et s’évapora, laissant Diarmaid seule sur la plage. La marée montait à vue d’œil et, déjà, les corps sans vie des jeunes filles sacrifiés étaient emportés. Les oiseaux s’amassaient autour de leur festin funèbre sous les yeux embués de l’Aulne. Elle avait perdu Mazoldars, mais peut-être que sa sœur était libérée du mauvais sort. Elle se mit à courir vers la maison en ruine. Elle grimpa l’escalier qui menaçait de s’effondrer à tout moment et une fois à l’étage, elle crut défaillir. Les pierres avaient toutes disparu. Elle étouffa un cri dans sa gorge. À quoi bon pleurer ou se lamenter si personne ne pouvait l’entendre ? Elle était seule à présent et ça pour l’éternité.
CHAPITRE 2 Époque actuelle brieg Brieg s’était une fois de plus endormi sur son bureau quand il sentit la piqûre d’une aiguille sur sa nuque. Il se releva en sursaut, haletant et regardant autour de lui l’air ahuri. Tous les autres élèves de sa classe riaient sous cape. — Alors Brieg, pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? demanda le professeur Roultok. — Que le règne de Milthian, notre grand empereur, est couronné de succès depuis des décennies, car il a établi des règles claires et a évincé les espions de ses ennemis, ânonna Brieg sous le regard noir de l’enseignant responsable des cours d’histoire. — J’ai toujours du mal à comprendre comment vous pouvez dormir et suivre ce cours en même temps, dit-il l’air pincé alors que les autres élèves murmuraient. — Il a oublié de préciser que si Milthian a su tenir éloignés les espions et les traîtres, c’est qu’il était lui-même un sale menteur avant d’arriver au pouvoir, coupa Jared. Brieg serra les dents et se retourna vers son meilleur ami. Jared passait son temps à défier l’autorité. Les marques qui striaient ses avant-bras étaient la preuve qu’il était sévèrement puni par le professeur, pourtant il continuait de saisir chaque occasion pour remettre en question la légitimité de l’empereur. — Vous me retrouverez à la fin de la classe, dit l’enseignant d’un ton cinglant. Reprenons. Une voix monotone se remit à lire un traité écrit par Milthian au début de son règne. Le cours d’histoire n’était qu’une longue liste ennuyeuse de textes faisant l’éloge du pouvoir de l’Empire. Brieg adressa un regard de reproches à Jared qui se contenta de lui sourire, l’air détaché. — Si tu continues, tu vas aller en prison et je ne crois pas que ce soit la baguette qui t’y attendra, chuchota Brieg. — À la fin du mois, on a terminé, on en a fini pour de bon et effectivement, la baguette sera le moindre de mes soucis, murmura-t-il, plein de sous-entendus. Brieg pinça les lèvres et se remit à faire semblant de suivre le cours. Jared et ses parents étaient des membres actifs des résistants, tout comme Arold, le grand-père de Brieg. Ils assistaient à des réunions secrètes et s’en prenaient aux hommes de l’empereur. Arold avait toujours refusé que Brieg emprunte cette voie aveuglément. Il voulait d’abord que son petit-fils fasse ses propres expériences. Brieg déciderait plus tard quel sens il entendait donner à sa vie et le jeune homme ne pouvait que remercier son grand-père de sa bienveillance. Jared quant à lui semblait sûr de son choix et Brieg lui enviait son assurance. La cloche tinta et Roultok libéra ses élèves, sauf Jared qui affichait un air suffisant. — On se voit chez moi ? Ma mère t’a préparé de la tarte et j’espère que tu tiendras ta langue, prévint Jared. — Tes parents n’ont pas besoin de moi pour savoir que tu t’attires tout un tas de problèmes, souffla Brieg. Courage. Jared acquiesça et regarda Brieg sortir. Ce dernier ferma la
porte derrière lui et rentra la tête dans ses épaules en entendant le bruit de la baguette de bois s’abattre sur les mains de son meilleur ami. Il prit aussitôt le chemin vers la maison de Jared. Le temps était magnifique et la forêt silencieuse. Seuls quelques oiseaux volaient en piaillant gaiement. Brieg accéléra le pas, il eut l’impression pendant un moment de voir deux jeunes gens avancer devant lui : un grand jeune homme brun et une femme aux cheveux argentés. Il se mit à courir pour découvrir de qui il s’agissait, mais n’aperçut personne. Avait-il rêvé ? Ce ne serait pas la première fois qu’il avait des visions alors qu’il marchait seul dans la forêt d’Ancitar. Il sourit et secoua la tête. Il avait gardé une imagination fertile depuis son enfance. Après quelques minutes de marche sur un étroit sentier, il arriva devant un chalet en bois. Un mince filet de fumée s’échappait de la cheminée et pendant un moment, Brieg se surprit à envier Jared d’avoir une vraie famille. Son grand-père ne comblait pas le vide laissé par ses parents. Brieg ne les avait jamais vus. Arold soutenait que Milthian les avait tués, car ils étaient des résistants et malheureusement, Brieg n’était pas le seul orphelin. Heureusement, les soldats de l’empereur n’avaient pas eu connaissance de l’existence de Brieg, sinon ils l’auraient placé dans une famille de fervents adorateurs du régime. Arold l’avait sauvé d’un enrôlement forcé, et ce dès son plus jeune âge. Le vieil homme élevait Brieg de façon peu ordinaire. Quand celui-ci posait des questions sur sa mère ou son père, il n’obtenait que de vagues réponses. Arold était mal à l’aise et le jeune homme s’était résigné à inventer certains détails de son histoire, comme le doux visage de sa mère et le courage de son père. — Où est Jared ? demanda Anita. — Votre fils a été retenu, il ne tardera pas à arriver. Il m’a dit qu’il y avait de la tarte, dit Brieg en changeant de sujet. C’est ma préférée ! Anita s’esclaffa, mais ses yeux étaient inquiets. Elle servit au jeune homme une part de gâteau en silence et lorsque son mari entra, elle fit le dos rond. — Qu’est-ce qu’il a encore fait ? demanda Torn. Brieg enfourna une grosse bouchée de tarte à la pomme et fit mine de mâcher lentement pour reculer le moment où il finirait par exposer la vérité. Il détestait trahir Jared, mais Torn avait ce don étrange de savoir quand quelqu’un mentait. Il était un des membres les plus actifs et appréciés des résistants. Arold le tenait en haute estime. — Tu ne pourras pas mâchouiller cette tarte pendant dix ans, dit calmement Torn en s’asseyant face à Brieg. Son calme légendaire était aussi une des raisons pour lesquelles Brieg affectionnait sa compagnie. Il était un peu son père par procuration et avait beaucoup appris sur le savoir-vivre en sa présence. Arold était coléreux et s’attirait tout un tas de problèmes dès qu’il se rendait en ville. Brieg était toujours en train de le refréner ou de l’entraîner à l’écart pour éviter les combats contre les soldats de Milthian. — Il a donné sa version des faits, dit Brieg énigmatique avant de mordre dans la tarte une seconde fois. Torn croisa les mains et posa son regard d’acier sur Brieg qui l’ignora. Le jeune homme avait l’impression que Torn était parfois capable de déceler certaines choses et il valait mieux rester évasif. — Sais-tu qui était l’un de mes illustres ancêtres ? demanda Torn. Brieg grogna et secoua la tête. Il l’ignorait, et toute son attention était à présent tournée vers Torn. — Calméon, le prince de l’ancien territoire nommé Merana. Il était le fils d’Einmar, un roi respecté et aimé par ses semblables. Calméon possédait des pouvoirs magiques. Ils lui ont été enlevés en partie lorsque Kuliap, le père des dieux, a décidé de retirer de
notre terre l’énergie indispensable à la pratique de la magie. — En partie seulement ? demanda Brieg la bouche pleine. — Oui, tous les descendants de notre lignée ont certains dons gardés secrets. Jared aussi a des facultés particulières, mais son empressement et sa bêtise l’empêchent de voir certaines choses. J’aimerais tant qu’il prenne exemple sur toi, dit Torn. Brieg fit la grimace et secoua la tête. — Je voudrais avoir son courage, il ose dire ce qu’il pense, dit Brieg. — C’est de la témérité, pas du courage, rectifia Anita. Je serai heureuse quand il n’aura plus besoin de se rendre en ville. Je me fais du souci pour lui tous les jours. — Vous aussi vous avez du sang royal ? demanda Brieg qui changea de sujet une nouvelle fois. — Non, fit Anita en riant. Je suis la descendante d’une famille de fermiers, rien de vraiment enviable. Mais j’ai la chance d’être tombée sur un prince. Torn se leva, attrapa sa femme par les hanches et l’attira contre lui pour l’embrasser. Brieg détourna le regard, gêné, et une fois de plus il se demanda ce que ça faisait de voir ses parents ensemble, de faire partie d’une famille unie et heureuse. — Vous n’avez pas honte ? demanda Jared en apparaissant sur le pas de la porte. Ses manches étaient rabattues jusqu’aux poignets et il manquait d’assurance malgré son air désinvolte. — Fils, il faut qu’on parle de la réunion de ce soir. Je dois voir certaines choses avec toi, annonça Torn. — Je dois partir de toute façon, j’ai du travail, dit Brieg en se levant. Il salua son ami et déposa un doux baiser sur la joue d’Anita en la remerciant pour la tarte. Il échangea une poignée de main avec Torn et comme d’habitude il eut l’impression que ses yeux le transperçaient de part en part. Puis il s’élança dans la forêt en direction des champs d’Arold. Brieg se tenait courbé au-dessus de sa labour. Cette dernière avançait toute seule grâce à un mécanisme sophistiqué. Comme la plupart des machines, elle volait à quelques centimètres au-dessus du sol, son moteur alimenté par des cristaux qui se régénéraient grâce à l’énergie du soleil. Mais elle venait de s’arrêter et s’était effondrée sur la terre en un bruit sourd. Cela faisait plusieurs mois que la machine toussotait et calait, mais elle finissait toujours par redémarrer en refroidissant. Le jeune homme écarta les mèches de cheveux bruns collées sur son front et s’étira. Il n’avait plus qu’à attendre et prendre son mal en patience, chose qu’il détestait. Il épousseta ses vêtements de travail et frotta ses mains recouvertes de terre glaise puis s’assit sur une souche en laissant son regard vert filer d’arbre en arbre. Les terres que son grand-père cultivait, avec le soutien dévoué de son petit-fils, se trouvaient au milieu de la forêt d’Ancitar, au creux d’une vaste plaine peu peuplée. En automne, autour du pré, sous la rangée de chênes, poussaient des champignons que Brieg ramassait pour en faire des fricassées. Il finit par fermer les yeux et tout son corps se détendit lentement muscle après muscle. — Alors, tu bronzes ? fit une petite voix moqueuse dans son dos. Aussitôt, le jeune homme se remit sur ses jambes et frotta son pantalon avant de se redresser en bombant le torse. Il plongea son regard dans celui d’Ayline et la jeune femme ne cilla pas. Elle affichait toujours un air boudeur et supérieur, elle esquissa un timide sourire. — Ma machine ne fonctionne plus, je dois attendre qu’elle refroidisse, se justifia Brieg.
— On pourrait s’amuser un peu en attendant qu’elle redémarre, murmura-t-elle pleine de sous-entendus. Elle s’approcha de Brieg et effleura son torse musclé en penchant légèrement la tête, découvrant sa nuque délicatement parfumée. — Ayline ! On y va ? C’était Ollin, le fiancé d’Ayline. Il était énervé et parvenait difficilement à le cacher. En général il se contentait de toiser tout le monde. Ayline et lui devaient se marier dans à peine quelques mois, mais la jeune femme ne semblait pas comprendre que le mariage rimait avec fidélité. Elle passait son temps à faire les yeux doux à Brieg qui était fou amoureux de la jeune femme depuis son enfance. Il n’avait ni les terres d’Ollin ni ses relations avec le gouvernement et l’amour de Brieg ne semblait pas suffisant pour Ayline. Elle avait ri quand il avait proposé de l’accompagner au bal d’automne, deux ans plus tôt. — Dommage, lâcha-t-elle avec un air faussement déçu. Elle tourna les talons et Brieg regarda son corps parfait se mouvoir dans sa robe de mousseline noire, seule couleur autorisée par le régime pour les vêtements des femmes. Son habit ne parvenait pas à masquer sa taille fine et ses formes voluptueuses. Elle grimpa dans une superbe veline à deux places, aux côtés d’Ollin. Ces engins avalaient des milliers de kilomètres en quelques heures et étaient la propriété exclusive des proches amis du gouvernement. La veline disparut dans un bruissement d’air presque imperceptible. La machine était toujours en panne malgré la nouvelle tentative de Brieg de relancer le moteur. Il avait encore de nombreux sillons à creuser avant de semer et il devait garder son esprit occupé, sans quoi il n’arrêterait pas d’imaginer ce qu’il se serait passé si Ollin n’avait pas été là. Il se fichait pas mal de savoir qu’Ayline allait se marier avec cet homme. Cette fille finirait par le rendre fou et lui attirer tout un tas de problèmes, son grand-père l’avait prévenu, mais c’était plus fort que lui. Il donna un coup de pied sur la ferraille de sa labour qui se mit à crachoter et à avancer de nouveau. Il se plaça juste derrière et recommença à la guider en tirant sur des manettes de différentes couleurs. Tous les sillons devaient être parfaits, sinon son grand-père le ferait recommencer. Son travail terminé, il se dépêcha de retourner vers son chalet. La machine le suivait docilement dans un silence presque cérémonieux, suspendue au-dessus du chemin cahoteux. Brieg espérait qu’elle tiendrait le coup jusqu’à la grange. Arrivé à un croisement, il prit à droite et reconnut son grand-père, Arold, qui venait en sens inverse. Sa démarche assurée et son corps maigre donnaient l’impression qu’il foulait à peine la terre ferme, comme s’il survolait le chemin. Il avançait à une vitesse stupéfiante pour une personne de son âge et restait un excellent adversaire quand il s’agissait de se battre. Lorsqu’il vit son petit fils, il lui fit un grand signe en souriant. Ses traits étaient fins et Brieg était persuadé qu’il devait être bel homme dans sa jeunesse. Ses cheveux blancs brillaient et les couleurs chaudes du ciel s’y reflétaient étrangement. Brieg avait toujours eu l’impression que son grand-père était différent du reste des hommes. Il lui vouait une admiration sans bornes. — Je vais chercher quelques gourmandises à grignoter, dit-il à son petit fils sans s’arrêter. — Fais attention quand même, j’attendrai que tu rentres, répondit-il l’air soucieux. — Mais non, ce n’est pas la peine, tu n’as pas à t’inquiéter, conclut-il en continuant sur la route en direction du village de Bojuare. C’était un code entre eux pour dire qu’Arold se rendait à une réunion secrète dont les membres étaient des activistes de la résistance. Ils luttaient contre le régime impérial en place depuis des décennies en détournant de l’argent ou des trains remplis de nourriture à destination de Milthianpolis. Au printemps et pendant tout l’été, les soldats revenaient taxer et voler le peuple des diverses régions de l’Empire. Afin d’assurer à la capitale une vie confortable, les hommes de Milthian ne lésinaient pas sur les moyens et parfois des familles entières se retrouvaient dans la misère. Les actions des résistants étaient bien accueillies par la population, à l’exception des soldats de Milthian qui devaient maintenir l’ordre. S’ils échouaient, ils disparaissaient et étaient aussitôt remplacés. Bojuare se trouvait dans la région d’Ancitar et le poste de gouverneur était occupé par Ollin. Aussitôt Brieg repensa à Ayline, avant de se secouer et d’avancer à plus grands pas. L’heure du couvre-feu approchait et il avait encore un millier de choses à faire.