Extrait du livre La Dynastie du royaume de Floss (Tome 2) - Sarina
La Dynastie du royaume de Floss : Sarina de Margot Aguerre et Artemisia aux éditions MAGE
CHAPITRE 1 Vagnar, le dieu du Chaos, se dressait face à son père et à sa fratrie. Surpris à participer à des sacrifices humains, il s’était repu de l’âme de jeunes femmes innocentes afin d’accroître ses pouvoirs. Noliop et Gatiol, les gardiens de la Terre, avaient alors fait prisonnier leur propre frère et, sous la surveillance de Faliate, celui-ci avait été amené au tribunal des dieux. Tout comme le reste du palais, l’édifice était en marbre blanc et la lumière émanait de chaque pierre. L’hémicycle était surmonté d’une belle verrière dont l’entrée était encadrée par deux fontaines. Le lieu n’avait jamais connu de procès depuis sa création, car aucun dieu n’avait jamais osé enfreindre les lois divines. Mais Vagnar était allé trop loin. Ce n’était pas la première fois qu’il se livrait à d’ignobles agissements et il nourrissait dans son cœur des projets bien plus noirs que de simples sacrifices. Faliate avait toujours mis en garde ses parents concernant le comportement déviant de son plus jeune frère. Cette fois, ils ne pourraient plus l’ignorer ou se contenter de le réprimander. Vagnar mettait à mal l’équilibre précaire que les dieux avaient tant peiné à donner à la Terre. — Alors ? tonna Kuliap, le père de tous les dieux. Est-ce vrai ? Tu t’es rendu sur Terre alors que cela t’était formellement interdit ? Tu as encore semé la terreur et la mort sur ton passage ? Kuliap, tout comme ses enfants, n’avait ni cheveux, ni sourcils, ni barbe. Grands, très minces et élancés, les dieux avaient un visage sans ride, blanc comme le marbre qui scintille au soleil. Leurs traits étaient fins, leurs ongles, pareils à l’émeraude. Les déesses possédaient de longs cheveux argentés. Leurs yeux étaient dorés et ambrés. Ils portaient tous de longues tuniques diaphanes blanches, tandis que Vagnar, dont les yeux étaient écarlates, arborait une cuirasse noire composée de lanières de cuir et de clous. — Oui, tout est vrai, fit le dieu du Chaos, un sourire en coin. — Et dans quel but t’es-tu livré à ces agissements ? demanda Faliate qui ne laissait rien paraître de sa colère. — Devine, répondit Vagnar, un air de défi sur le visage. Il commençait à perdre patience. Il était un dieu comme les autres après tout, et s’il voulait détruire quelques mammifères terrestres, plantes ou d’autres choses encore, il ne voyait pas pourquoi il devrait s’en priver. Ce procès ne rimait à rien. Il avait toujours été la victime de l’acharnement de sa sœur. Depuis leur plus jeune âge, Faliate le détestait. Et il adorait la provoquer : lui faire endurer mille souffrances, voilà qui était un passe-temps agréable. Faliate avait aimé un homme une fois. Quelle folie ! Un dieu ne pouvait pas s’abaisser à aimer un humain et Vagnar avait été écœuré par un tel comportement. La présence de cet homme dans le cœur de l’une des leurs faisait honte à toute la famille. Ses autres frères et sœurs ne semblaient pas s’en émouvoir outre mesure. Kuliap n’avait même rien dit. Alors Vagnar avait pris les devants et tué cet homme, alors que sa sœur était occupée ailleurs. Il avait agi dans l’ombre, en lui inoculant une terrible maladie. Il était mort dans les bras de la déesse. Depuis, le cœur
— Alors ? tonna Kuliap, le père de tous les dieux. Est-ce vrai ? Tu t’es rendu sur Terre alors que cela t’était formellement interdit ? Tu as encore semé la terreur et la mort sur ton passage ? Kuliap, tout comme ses enfants, n’avait ni cheveux, ni sourcils, ni barbe. Grands, très minces et élancés, les dieux avaient un visage sans ride, blanc comme le marbre qui scintille au soleil. Leurs traits étaient fins, leurs ongles, pareils à l’émeraude. Les déesses possédaient de longs cheveux argentés. Leurs yeux étaient dorés et ambrés. Ils portaient tous de longues tuniques diaphanes blanches, tandis que Vagnar, dont les yeux étaient écarlates, arborait une cuirasse noire composée de lanières de cuir et de clous. — Oui, tout est vrai, fit le dieu du Chaos, un sourire en coin. — Et dans quel but t’es-tu livré à ces agissements ? demanda Faliate qui ne laissait rien paraître de sa colère. — Devine, répondit Vagnar, un air de défi sur le visage. Il commençait à perdre patience. Il était un dieu comme les autres après tout, et s’il voulait détruire quelques mammifères terrestres, plantes ou d’autres choses encore, il ne voyait pas pourquoi il devrait s’en priver. Ce procès ne rimait à rien. Il avait toujours été la victime de l’acharnement de sa sœur. Depuis leur plus jeune âge, Faliate le détestait. Et il adorait la provoquer : lui faire endurer mille souffrances, voilà qui était un passe-temps agréable. Faliate avait aimé un homme une fois. Quelle folie ! Un dieu ne pouvait pas s’abaisser à aimer un humain et Vagnar avait été écœuré par un tel comportement. La présence de cet homme dans le cœur de l’une des leurs faisait honte à toute la famille. Ses autres frères et sœurs ne semblaient pas s’en émouvoir outre mesure. Kuliap n’avait même rien dit. Alors Vagnar avait pris les devants et tué cet homme, alors que sa sœur était occupée ailleurs. Il avait agi dans l’ombre, en lui inoculant une terrible maladie. Il était mort dans les bras de la déesse. Depuis, le cœur de cette dernière était brisé. Vagnar était très satisfait, car Faliate n’avait jamais réussi à prouver son implication. — Toutes ces histoires pour la mort d’un seul misérable. Un de perdu dix de retrouvés, cracha Vagnar, dépité, en regardant sa sœur. Ce n’est pas la vermine humaine qui manque sur Terre. — Il suffit ! tonna Kuliap, qui avait retenu Faliate par le bras alors qu’elle se jetait sur son frère. Vagnar, j’ai longuement réfléchi. Je ne peux plus permettre tes incartades, d’autant plus que tu troubles la paix qui règne en ces lieux. Tes frères et sœurs ont raison, tu es incontrôlable. Je t’ai donné de nombreuses chances et, à chaque fois, tu as recommencé à détruire, tuer et semer la discorde. As-tu quelque chose à dire pour ta défense ? — Je n’ai rien à ajouter, siffla le dieu du Chaos. Mais vous me le paierez tous, un jour ou l’autre. — Dans ce cas, je te bannis ! Un grand éclair brisa la verrière du tribunal et fondit sur Vagnar avant que ce dernier ait eu le temps de répondre quoi que ce soit. Les dieux furent aveuglés quelques instants. Puis le calme revint. Le dieu du Chaos avait disparu, envoyé dans une prison faite de ténèbres. Il n’y rencontrerait personne, il serait seul pour l’éternité. Là-bas, tout n’était qu’intense obscurité et Vagnar n’aurait plus aucune distraction. Peut-être finirait-il par s’adoucir avec le temps... Kuliap se leva de son fauteuil, l’air impassible. Ses enfants le connaissaient assez pour savoir qu’il souffrait déjà d’avoir pris cette décision. Il devait agir dans l’intérêt de tous, des dieux et des hommes, mais exclure ainsi l’un des siens lui coûtait. — Comme c’est étrange... fit remarquer Faliate. — Il ne s’est pas débattu. Il n’a même pas crié, observa Noliop, qui le détestait lui aussi. — Il a enfin compris qu’il ne pouvait pas dépasser les limites que Père lui imposait, se félicita Gatiol.
— Ou bien il a un autre plan en tête, murmura Faliate pour elle-même. Tandis que les autres dieux continuaient à débattre du comportement de Vagnar et de sa punition, Faliate ressentit l’appel deMazoldars au creux de sa poitrine. Il lui demandait une entrevue et il semblait très pressé de la voir. Mue par un mauvais pressentiment, elle se hâta de rejoindre ses appartements. Après quelques minutes, elle se concentra et s’évanouit dans l’air, pour réapparaître au bord de magnifiques falaises du haut desquelles se jetait une cascade. Mazoldars était déjà là, il s’inclina en une profonde révérence, se releva, le visage grave et l’air inquiet. — Que se passe-t-il ? demanda Faliate. — Mirol est sur le point de mourir, comme vous l’aviez pressenti. — Il faut que Kahena prenne Jossua comme conseiller pour remplacer Mirol. Il doit être à ses côtés pour la seconder. — À cause de la prophétie ? demanda Mazoldars, qui connaissait déjà la réponse. Faliate hocha la tête en pinçant les lèvres, signe de sa nervosité. Elle doutait que Vagnar reste sagement dans sa prison. Le jour où il choisirait de se battre, elle devrait le contrer, mais sans exposer ses secrets. À cette pensée, elle regarda Mazoldars et son cœur se gonfla d’amour. — Ta fonction de magicien à la cour te permet de guider les souverains du royaume, mais aussi d’étendre leur influence au continent, commença-t-elle. Pourtant je ne te sens pas heureux, cette mission te pèse. Mazoldars haussa les épaules. Il n’exprimait jamais ses sentiments par pudeur, mais la déesse lisait en lui comme dans un livre ouvert. Elle l’avait guidé toute sa vie, avait pris soin de lui transmettre de lourds secrets et de lui donner les tâches les plus délicates, pour sauver l’humanité. Il était né pour la servir et ne regrettait pas une minute d’avoir fait ce choix. — Mon cœur est meurtri, mais je ne parviens pas à savoir pourquoi, souffla-t-il. Lorsque je vois Kahena tenir la main de Robin, ou l’amour entre deux êtres, je me sens soudain très seul, comme si cette permission m’avait été enlevée. La déesse pencha légèrement la tête sur le côté et effleura le visage du magicien, les yeux débordants de compassion. — J’ai perdu mon grand amour, et c’est une douleur qui ne s’oublie pas. La solitude est difficile à porter, avoua-t-elle. Mais je suis certaine qu’un jour ou l’autre, tu trouveras ce que tu cherches. Ton âme sœur t’attend patiemment, ce n’est peut-être pas encore le bon moment. Le magicien hocha la tête, le cœur un peu plus léger. La déesse ne l’avait jamais trompé, ses augures et ses conseils s’étaient toujours révélés exacts. — Tu devrais y aller, murmura-t-elle en lui adressant un sourire triste. Et sache que je marche dans chacun de tes pas. Mazoldars esquissa une révérence élégante, échangea un dernier regard avec sa déesse et disparut dans un éclair blanc, pour apparaître quelques instants plus tard devant le palais de Keaplopis.
CHAPITRE 2 Depuis la mort du roi Kiolos, au printemps dernier, Sarina s’isolait la plupart du temps. Elle souffrait de l’absence de son grand-père et relisait ses mémoires sans cesse, en l’imaginant dans son vieux fauteuil de velours rouge, près de la cheminée de la bibliothèque. Ses grands yeux verts dans le vague, elle balaya du regard les rangées de livres à la recherche d’une aide quelconque pour combattre son ennui. Elle releva ses cheveux blonds et bouclés en un épais chignon, puis se recentra sur sa respiration. Ouvrant et fermant les mains, elle se concentra sur le monde autour d’elle et tenta de sentir le Souffle des dieux l’imprégner lorsqu’il passait près d’elle. En vain, elle n’avait jamais pratiqué la magie. Ses parents la rassuraient du mieux qu’ils le pouvaient : ses pouvoirs finiraient par éclore au moment où elle s’y attendrait le moins. Son grand-père ne connaissait que quelques tours, sa magie raffinée n’égalait en rien la puissance de celle de Kahena ou Robin. Kiolos n’avait de cesse de répéter qu’une bonne reine n’avait pas nécessairement besoin de maîtriser l’art de la guerre ou les sortilèges. Elle se devait d’être à l’écoute de son peuple en faisant preuve de compassion et de pragmatisme pour trouver les bonnes solutions. — Tu auras bientôt lu tous les livres de cette bibliothèque à force d’y passer le plus clair de ton temps, observa Robin en entrant dans la pièce. Le roi des Aulnes portait une tenue légère et sans ornement. Il gardait de ses années passées dans la forêt d’Ancitar le goût de la simplicité. Le temps avait fait son œuvre, mais il restait bel homme. Kahena, la reine du royaume de Floss pénétra elle aussi dans la bibliothèque. Sarina avait hérité de son visage fin et de ses traits gracieux. La souveraine avait cependant changé ces dernières années : de petites rides étaient apparues au coin de sa bouche et au bord de ses paupières, ses joues s’étaient creusées. Elle semblait sans cesse préoccupée et, même si elle prétendait le contraire, Sarina la connaissait suffisamment pour reconnaître ses mensonges. — Tu devrais sortir et profiter du soleil, suggéra Kahena en souriant. Que dirais-tu d’une balade, juste nous trois ? Sarina haussa les épaules. Elle n’avait envie de rien, la lassitude qui la submergeait l’avait plongée dans une léthargie dont elle ne semblait pas pouvoir s’extraire. — Je n’ai pas envie de croiser les autres. Ils me regardent tous de travers, et marcher à vos côtés renvoie l’image que je suis... une sorte d’estropiée, acheva-t-elle, la voix tremblante. Robin la prit dans ses bras et lui frotta le dos doucement en regardant sa femme, désespéré. Leur fille souffrait depuis plusieurs mois et personne ne parvenait à combattre le désespoir qui l’assaillait. — Être une bonne reine n’est pas synonyme de magie puissante, expliqua Kahena calmement. Tu as étudié les histoires royales des autres pays. Ces derniers ne possèdent pas de magiciens, ou si certains monarques ont des dons comme le roi Tronze, ils n’en usent que très rarement et jamais pour asseoir leur autorité. Comme sa fille ne réagissait pas, Kahena commença à perdre patience. Au même âge, elle faisait déjà route vers Lumen et avait
connu ses premiers combats. Sarina avait une enfance dorée dont elle ne prenait pas conscience. — Tu peux impressionner la cour avec ton intelligence. Tu es bien plus brillante et érudite que tes deux parents réunis. Même Timoté t’envie ta mémoire. Sers-toi de tes atouts, demande-toi comment t’imposer autrement. Et cesse de te lamenter sur ton sort, tu n’iras nulle part comme ça ! acheva Kahena. La princesse redressa la tête et esquissa un timide sourire. Alors que Robin s’apprêtait à entraîner sa femme et sa fille dans le parc pour une longue balade ensoleillée, il s’effondra sur le sol dans un cri perçant. Le corps secoué de tremblements, la tête entre les mains et le visage déformé par la souffrance, il parvenait à peine à respirer. — Va chercher Mazoldars ! ordonna Kahena. La princesse n’hésita pas une seconde et fila en quête du magicien. Même après toutes ces années, Kahena ne parvenait pas à s’habituer aux malaises de son mari. Robin luttait contre la magie du feu qui s’insinuait toujours plus profondément en lui. À chaque fois, il vieillissait prématurément, des rides creusaient le coin de ses yeux et des cheveux blancs parsemaient ses tempes. Lorsqu’il s’éveillait, il restait muet de longues minutes, les yeux dans le vague. — Je cherche mon idiot de fils. Mazoldars l’attend pour ses leçons. Sa patience, tout comme la mienne, a atteint ses limites, grommela Elias en faisant irruption dans la bibliothèque. Il se précipita dès qu’il aperçut Robin recroquevillé sur le sol. Elias était le meilleur ami du roi et les deux hommes ne partageaient aucun secret ou presque. — C’est encore une de ses visions ? murmura-t-il à Kahena. Cette dernière hocha la tête, visiblement inquiète et effrayée. Bientôt, des pas résonnèrent et Mazoldars apparut, Sarina sur les talons. Le magicien se pencha et posa la main sur le front du souverain. Aussitôt, les traits de celui-ci se détendirent : il semblait maintenant dormir sans ressentir aucune douleur. — Ruberonis est dans le même état, observa Mazoldars. Il était allongé au soleil dans le parc lorsqu’il a été pris de soubresauts. Robin n’a toujours pas révélé la teneur de ses rêves ? — De ses cauchemars, vous voulez dire, souffla Kahena. Il hurle chaque nuit en revoyant ces mêmes images et murmure que Jaliorga le torture depuis le royaume des morts. Il ne veut pas en parler. Herod a promis de ne pas trahir sa confiance : il refuse de lire dans son esprit. Mazoldars secoua la tête avant de murmurer quelques mots inaudibles. Robin grogna alors qu’une légère lueur rouge s’échappait de son torse. — Transportons-le dans vos appartements, proposa Mazoldars. Vous, restez ici ! ajouta-t-il à l’intention de Sarina. Et dites à Timoté qu’il rattrapera chaque minute à flâner dans le palais en étudiant ce soir. Je viendrai moi-même le chercher, peu importe où il se cache. Sarina hocha la tête. Mazoldars n’avait jamais été son précepteur, car il formait exclusivement les jeunes magiciens, mais elle aurait tout donné pour être à la place de son meilleur ami, qui ignorait sa chance. Elias et Mazoldars soulevèrent Robin, Kahena les précéda et ils disparurent. La princesse était seule, plus inquiète que jamais. Elle se rassit dans son fauteuil, en face de celui où son grand-père avait pris l’habitude de lire. De nouveau enveloppée par l’obscurité, elle revoyait le visage torturé de son père et la détresse de sa mère. Certains Aulnes étaient capables de soigner les blessures du corps et de l’esprit. Elle aurait aimé faire partie de ces guérisseurs, soulageant son père de ces maux qui le terrassaient depuis des années et qui auraient raison de lui tôt ou tard. — Tu rêvasses ! s’exclama Timoté. — Je réfléchis, lâcha Sarina en s’enfonçant un peu plus dans le fauteuil. Comment devenir reine un jour alors que je ne suis pas capable de lancer le moindre sort, aussi simple soit-il ?
Timoté jaugea Sarina. Son humeur empirait et la détresse qui l’accablait depuis la mort de Kiolos la rendait vulnérable aux idées noires. Il était son meilleur ami, de quelques mois à peine son aîné, et il s’était donné pour mission de rendre le sourire à la princesse. — Ton père te cherchait tout à l’heure, il était plutôt énervé, dit la jeune fille. Visiblement, tu as encore froissé Mazoldars. — Je les ai croisés dans le couloir... Je pense ne plus être leur priorité pour la journée... Les deux jeunes gens se regardèrent en silence. Personne à la cour n’osait aborder l’épineux sujet de Robin et du mal qui le rongeait. Jaliorga avait laissé dans la mémoire de chacun de terribles souvenirs, et si son fils avait trouvé sa place parmi les Aulnes, certains restaient méfiants. La magie du feu qui l’habitait effrayait les anciens. Même si le roi des Aulnes n’entretenait aucun lien avec les adorateurs de Vagnar, l’ombre du dieu du Chaos planait sur Robin. — Je t’envie, ajouta Sarina, soudain, le regard noir. Je suis même un peu jalouse. — Habituellement, ce sont les autres garçons de la cour qui m’envient mon sourire charmeur et ma démarche élégante. Je ne pensais pas que tu souhaitais courtiser les belles dames de ce royaume avec un style inégalé ! s’exclama-t-il en se déhanchant. — Tu sais que je ne parlais pas de ton allure mais de ta magie, répondit-elle en esquissant un sourire. Timoté haussa les épaules. Prétendre qu’il n’aimait pas pratiquer la magie aurait été un mensonge éhonté. Sarina le connaissait par cœur, il ne pouvait pas tricher avec elle. Neldrine, sa mère, avait le pouvoir de reproduire des objets en se servant de la matière première dont elle disposait. Son don s’était épanoui avec le temps. Son fils, quant à lui, maîtrisait l’air. Il faisait apparaître toutes sortes de courants d’air, rafraîchissait ou réchauffait l’atmosphère autour de lui et pouvait même voler. Mazoldars était son précepteur, mais il avait bien du mal à canaliser l’affreux garnement qui n’avait qu’une idée en tête : jouer de mauvais tours aux membres de la cour. — Tu sais ce qu’on dit ? demanda soudain Timoté, l’air malicieux. Le cuisinier en chef maltraite ses nouvelles recrues et il continue à se cacher dans les souterrains pour boire les réserves de vin de ton père. — J’imagine qu’il mérite une véritable punition pour cet affront, gloussa Sarina. Cet homme a vraiment mauvais caractère. Et je sais de quoi je parle... Je suis désolée pour tout à l’heure. Le jeune homme posa délicatement les mains sur les épaules de la princesse. Cette dernière soutint son regard noisette sans ciller. Son meilleur ami, avec ses traits délicats et ses bonnes manières, charmait la plupart des jeunes femmes de la cour. Elle comprenait parfaitement qu’elles tombent amoureuses de lui, avec son air sérieux et son aura magique. — Tu sais que je ne peux pas t’en vouloir. Pas la peine de t’excuser. Allons botter le derrière de cet affreux personnage ! décida Timoté, enjoué, en entraînant Sarina. Ensemble, ils dévalèrent un grand escalier et arrivèrent à la cuisine. Les apprentis étaient affairés à préparer le repas du soir, mais le chef cuisinier restait hors de vue. À pas de loup, ils descendirent une nouvelle volée de marches en colimaçon, s’enfonçant dans les ténèbres des caves du château. Une faible lueur émanait d’une alcôve, l’endroit était discret et soustrait à la vue de tous. Le cuisinier organisait la cave selon ses désirs, faisant tinter les bouteilles les unes contre les autres. Sarina et Timoté s’approchèrent à pas feutrés, pressés l’un contre l’autre et rasant les murs. Le jeune homme ferma les yeux un court instant : un vent léger se leva, doux et agréable. — Tu m’as dit quelque chose ? demanda Timoté en se tournant vers Sarina. La jeune femme secoua la tête, elle n’avait pas même murmuré un mot. Elle pointa le cuisinier : Il venait d’entamer une nouvelle bouteille et riait tout seul, comme un bienheureux. Soudain, son
ombre s’allongea sur les voûtes à mesure que la flamme de sa bougie s’étirait. — Qu’est-ce que tu fais ? s’affola Timoté. — Rien. Je te rappelle que je ne sais pas pratiquer la magie, répondit Sarina, surprise. Pourquoi ? Le jeune homme n’eut pas le temps de répondre qu’une nouvelle ombre apparut sur le mur, à côté de celle du cuisinier. Pourtant l’homme était seul, il n’invitait jamais personne à partager son trésor. — Qui est là ? demanda le cuisinier soudain très nerveux. Il n’obtint aucune réponse. Il se leva d’un bond, fit un tour sur lui-même et jura comme s’il s’en prenait à un ennemi invisible. Sarina sourit. Timoté avait toujours des idées saugrenues pour faire peur aux membres de la cour. Pourtant, ce dernier était livide. Le cuisinier finit par s’échapper, oubliant sa chandelle alors qu’il prenait ses jambes à son cou. La deuxième ombre qui était apparue se déplaça contre le mur pour rejoindre les ténèbres des caves. — Je pense qu’il ne redescendra pas de sitôt, gloussa Sarina. Si tu mettais autant de cœur à l’ouvrage lors de tes leçons avec Mazoldars que lorsque tu joues de mauvais tours à ces malheureux, tu serais le magicien le plus doué de notre génération. Le jeune homme ne cillait pas, il respirait à peine, comme s’il était en proie à une frayeur sans nom. La veine de son cou battait la chamade et la sueur perlait le long de ses tempes. — Timoté, que se passe-t-il ? s’inquiéta Sarina. Une main invisible effleura son cou. La princesse se retourna, vive comme l’éclair. Elle ne pratiquait pas la magie, mais avait appris à se défendre. Même au corps-à-corps, elle était une ennemie redoutable et ce passe-temps lui avait permis de gérer au mieux sa frustration, ces dernières années. — Tu ne peux rien contre le vent, souffla une voix qui résonna contre les voûtes de la cave. Tu ne peux rien contre les esprits. Tu ne peux rien, car tu ne sais pas faire de magie. La princesse avait beau scruter les ténèbres qui l’entouraient, elle ne parvenait pas à voir d’où provenait cette voix d’outre-tombe. — Cours, articula péniblement Timoté, qui luttait en silence contre une force inconnue. — Je ne te laisserai pas là, pas tout seul. Je ne suis pas une lâche ! L’inconnu ricana, le sang de Sarina se glaça. Qui était cet homme et que lui voulait-il ? Timoté fit un premier pas puis un second, tel un pantin désarticulé, le visage tordu par la douleur. Il se retourna vers Sarina, les yeux emplis de peur, et leva ses mains en direction de la princesse. Cette dernière fut projetée contre le mur par une forte bourrasque. Après s’être relevée, elle courut se cacher derrière des tonneaux. Timoté n’était pas dans son état normal, il luttait contre une force invisible. Elle n’était pas magicienne, mais avait lu beaucoup de livres sur la manipulation des esprits. Si elle parvenait à assommer Timoté, elle le libérerait de l’emprise de cet inconnu jusqu’à trouver de l’aide au palais. Saisissant une bouteille, elle la lança contre le jeune homme qui n’était qu’à quelques pas d’elle. Il l’écarta d’un mouvement de la main. Son visage s’était apaisé, il était de nouveau immobile et regardait tout autour de lui. — Je suis désolée, murmura-t-il. Je ne sais pas ce qui m’a pris... Sarina, une seconde bouteille tendue devant elle, s’approcha avec précaution. Timoté marmonnait dans sa barbe des propos incompréhensibles. Sarina crut entendre une seconde voix, comme un murmure. Dans la pénombre, elle distinguait à peine les traits de son meilleur ami à la lueur de la chandelle. Elle approcha sa main de celle de Timoté, la lui saisit fermement. Elle le tira doucement et il la suivit sans protester. — Tu ne devrais pas rester là, dit Timoté confus. Je vais te faire du mal. — Non, tu es plus fort que lui, répondit-elle, confiante. Tu dois te battre. Mais parfois, toute la volonté d’un homme n’était pas suffisante pour résister aux sorts de puissants magiciens. Sarina le savait parfaitement et de son autre main, elle se tenait prête à frapper son ami pour les défendre. Alors qu’ils arrivaient en bas de l’escalier, Timoté hésita un instant, comme perdu. — Allons chercher de l’aide, proposa-t-elle. Suis-moi. — Je ne suis pas sûr de le vouloir, ricana la voix caverneuse de l’inconnu. Sarina n’eut pas même le temps de répondre que, de nouveau, Timoté levait les mains, plus rapide que jamais. La princesse s’envola, sa tête cogna contre la pierre avec plus de violence. Elle perdit aussitôt connaissance
CHAPITRE 3 Lorsque Sarina ouvrit les yeux, il faisait nuit noire. Sa tête lançait terriblement et ses muscles étaient tétanisés. Prisonnière de son propre corps, elle pouvait seulement écouter ce qui se passait sans pouvoir agir. Sa respiration s’accéléra. Elle aurait aimé crier et se débattre, mais ses bras pendaient dans le vide, désespérément inertes. Son estomac se tordit. En proie à une véritable panique, elle espérait se réveiller de ce cauchemar. — Nous sommes bientôt arrivés, lui dit Timoté d’une voix grave. Le jeune homme portait la princesse dans ses bras. Sa tête reposait contre l’épaule du magicien. Il avait enlevé Sarina mais n’avait pas agi en ayant conscience de ses actions. Il était lui-même prisonnier de cette situation : une force plus puissante était à l’œuvre. Qui était derrière tout cela ? Est-ce que ses parents réussiraient à la rejoindre et à la secourir ? Timoté et elle étaient déjà loin de Keaplopis, dans des bois qu’elle ne connaissait pas. Depuis combien de temps dormait-elle ainsi ? Chaque minute semblait durer une éternité. Plus Sarina luttait pour parler et se mouvoir, plus elle faiblissait. À demi consciente, elle avait du mal à se battre contre le sommeil qui l’assaillait. Le soleil finit par se lever dans un ciel orangé. Sarina reprit espoir. Ses parents devaient être à sa recherche. Timoté n’était qu’un homme, à pied de surcroît. Il n’avançait donc pas aussi vite que s’il était à cheval et Ruberonis avait un flair exceptionnel. Peut-être qu’ils la retrouveraient dans la journée... Elle s’accrochait à cet espoir. — Prends à gauche, susurra la voix rauque que Sarina avait entendue dans la cave. Qui avait parlé ? Est-ce que l’inconnu qui avait jeté le mauvais sort à Timoté les avait finalement rejoints à visage découvert ? La colère et la frustration secouèrent Sarina des pieds à la tête. Si elle parvenait à mettre la main sur cet homme, elle s’arrangerait pour lui faire payer sa traîtrise. Elle ne possédait pas de pouvoirs, mais sa mère avait raison : elle était intelligente et trouvait toujours une solution à ses problèmes. De nombreux complots pour renverser le pouvoir avaient été déjoués depuis que Kahena avait repris le trône. Les opposants politiques ne manquaient pas avec, en tête de liste, Folck Larmt. Cet homme peu scrupuleux payait des agitateurs et agissait à sa guise sans jamais être arrêté. Il était aussi malin que sournois ; Sarina l’imaginait tout à fait tenter de s’en prendre à Kahena en faisant du tort à sa fille. Laisser le royaume sans héritier plongerait le pays dans un grand trouble. Folck Larmt en profiterait sans hésiter pour usurper le pouvoir. — Laisse-moi te montrer qui je suis au lieu d’imaginer toutes sortes de choses absurdes, ricana la voix. Une ombre diaphane apparut devant les yeux de Sarina. Les contours de cette forme nébuleuse et inquiétante étaient ceux d’un homme dont la princesse ne parvenait pas à voir le visage. — Non, je ne suis pas un homme, princesse. Je vogue d’un monde à l’autre... J’infiltre mes hôtes, je leur dicte leur conduite, j’arrive à les convaincre de me servir. Timoté baissa les yeux vers Sarina, la terreur se lisait dans son regard. Il n’était plus capable de maîtriser le moindre de ses
mouvements. Si cet inconnu lui ordonnait d’abandonner son amie au milieu de nulle part, ou pire... il ne parviendrait pas à résister. Un carrosse noir immobile apparut au bout de la route de terre. Sarina paniqua lorsqu’elle aperçut des pierres de dissimulation serties dans le bois du carrosse. Aussi grosses que son poing et d’un magnifique vert émeraude, elles étaient reconnaissables entre mille pour une personne expérimentée. Sarina était jeune, mais l’histoire de Tronze, chanteur de gemmes et roi du Pic Gris, l’avait toujours fascinée. Elle avait eu l’occasion d’étudier ces minéraux. Leur disposition en forme de cercle accentuait leur pouvoir. La porte du carrosse s’ouvrit et une femme en descendit. Elle avait de longs cheveux noirs nattés. Ses yeux noisette brillaient avec une intensité surprenante. Quelques grains de beauté parsemaient sa peau mate. Son nez aquilin lui donnait un air sauvage. Elle ressemblait un peu aux descriptions des Amazones que la princesse avait lues lors de ses recherches. Ses formes avantageuses étaient mises en valeur par une robe noire décolletée et moulante. Finalement, elle avait plus l’air d’une catin que d’une Amazone. — Si tu n’étais pas si précieuse aux yeux de mon maître, je te ferais endurer mille tourments pour avoir eu cette pensée, siffla-t-elle en regardant Sarina d’un air mauvais avant de s’adresser à Timoté : Mets-la dans le carrosse ! Le jeune homme s’exécuta sans sourciller. Il posa la princesse sur la banquette en cuir comme si elle n’était qu’un vulgaire morceau de viande. Il la fit asseoir dans un coin et revint se poster devant l’inconnue. Cette dernière se désintéressa aussitôt de lui pour faire face à l’ombre encapuchonnée qui les accompagnait. — Mon cher Malak, tu as respecté ta part du marché, dit-elle, émue. — Et toi, la tienne. Nous sommes quittes. Aussitôt, l’ombre disparut. Les paupières de Timoté papillonnèrent. Soudain, il sembla recouvrer ses esprits. Il leva les mains et un vent violent se déchaîna. Un léger picotement parcourut Sarina : elle put de nouveau bouger doigts, mains et pieds. Ses jambes la portaient à peine quand elle descendit du carrosse. Elle chuta et se releva aussitôt. L’inconnue et Timoté se battaient, échangeant des sorts plus puissants les uns que les autres. — Cours ! cria le jeune homme. Cette fois-ci, Sarina ne se fit pas prier. Après quelques mètres seulement qui lui permirent de s’enfoncer dans les bois, elle entendit un cri déchirer l’atmosphère. Elle jeta un rapide coup d’œil derrière son épaule. Timoté, suspendu dans les airs, la tête renversée vers l’arrière, dévoilait sa gorge blanche. Un large poignard à la main, son ennemie avançait vers lui. Sarina fit aussitôt demi-tour et en quelques pas put se jeter sur la magicienne, la faisant rouler au sol. — Je le tuerai, et ensuite, je te retrouverai où que tu sois, cracha la femme. — Laissez-le tranquille ! hurla Sarina. Défiant la princesse du regard, la main tendue en l’air comme si elle retenait Timoté avec des liens invisibles, la magicienne esquissa un sourire. — Je le laisserai partir si tu me suis sans faire d’histoire. — Et je suis censée vous croire sur parole ? — Tu n’as pas vraiment le choix. Dans un cas comme dans l’autre, tu monteras dans ce carrosse, mais tu peux épargner la vie de ton ami. Sarina fit un pas de côté, hésitante. Elle n’imaginait pas un seul instant sacrifier Timoté pour son propre salut, mais suivre cette femme sans connaître ses projets la terrifiait tout autant. La magicienne resserra le poing et Timoté étouffa un gargouillis au fond de sa gorge. Ses lèvres commençaient à bleuir, il perdit connaissance. Il mourrait dans quelques minutes. — Très bien, je ferai ce que vous voulez, céda Sarina.
Le jeune homme tomba de tout son poids dans la poussière. Sarina se précipita vers lui pour vérifier qu’il respirait encore, même s’il était toujours inconscient. Elle lui murmura que tout se passerait au mieux, qu’il serait en sécurité dans peu de temps. — Monte dans le carrosse, cracha la magicienne. La princesse s’exécuta, les jambes tremblantes et la bouche sèche. Partagée entre la peur et la colère, elle ne parvenait plus à s’éclaircir les idées. Sa geôlière grimpa sur la banquette qui lui faisait face ; elle ne prêtait aucune attention à sa prisonnière mais scrutait les bois alentour d’un air tendu. Après quelques secondes, le carrosse s’ébranla. Les chevaux avançaient à vive allure. Ils avaient quitté la route de pierre pour un sentier de terre cahoteux, sans ralentir l’allure, si bien que Sarina peinait à rester assise. Elle reprenait ses esprits, contractait les muscles de ses jambes et de ses bras. Pour le moment, elle se résignait, mais dès qu’une opportunité se présenterait, elle tenterait de fuir. Essayant de savoir dans quelle direction le carrosse la conduisait, Sarina fixa l’horizon, cherchant le soleil. Elle n’avait jamais vu ces paysages et comprit finalement que tout ce qu’elle percevait de l’extérieur était biaisé : la couleur de l’herbe était, à certains endroits, violette, et le ciel jaune. — Ce sort a mal été formulé. Il faudra revoir vos leçons élémentaires, siffla Sarina qui n’avait plus que des mots pour attaquer. En guise de réponse, l’inconnue la gifla violemment. La princesse toucha du bout des doigts son nez ensanglanté et lança un regard noir. — Moi, au moins, je ne suis pas une infirme, et je peux lancer des sorts. Quel genre de reine magicienne peut régner sans magie ? cingla la femme. Le coup porté à son ego était bien plus douloureux que le reste. Sarina ne sut quoi répondre, personne ne l’avait jamais attaquée sur ce sujet, bien qu’elle connaisse les rumeurs qui circulaient sur son compte à la cour. Elle serra les mâchoires et fit mine de se désintéresser de la magicienne. Pourtant, la rancœur la rongeait de l’intérieur ; ses mains tremblaient, la colère qui l’agitait lui faisait tourner la tête. Elle n’avait pas de magie en elle, mais elle était courageuse, elle aurait l’occasion de le prouver. Sans réfléchir, elle suivit son instinct, se jeta sur la magicienne. Aussitôt, ses forces la quittèrent et elle s’effondra sur la banquette, inerte. Elle entendit au loin un rire sarcastique, tandis qu’elle plongeait dans un rêve étrange. Un homme qui ressemblait à son père, en plus jeune et vaniteux, était confortablement assis derrière un imposant bureau. Le sang de Sarina se glaça, elle était persuadée qu’il s’agissait de son grand-père Jaliorga, le Sorcier Noir dont plus personne ne parlait : ce tueur sanguinaire avait semé la mort et Kahena avait interdit que son nom soit prononcé à la cour. Il discutait avec une jeune guerrière. Blonde, les yeux clairs et perçants, elle écoutait sagement les recommandations de son maître. S’agissait-il de Méïane, la fameuse Amazone ? Elle avait aidé Robin à s’enfuir d’Arkfont en trahissant son maître pour venger la mort de ses sœurs. Jaliorga confia une pierre ronde, noire et parfaitement lisse à l’Amazone en lui conseillant de toujours la garder sur elle. Cette gemme lui assurerait la victoire et contrerait les sorts de ses adversaires en absorbant leur énergie vitale. Méïane sourit, un sentiment de toute-puissance passa sur son visage. Sarina tenta de poser la main sur la pierre noire, mais passa au travers. Un léger vertige prit la princesse de court. Un battement de cils plus tard, elle se retrouva dans le carrosse. Ses yeux se posèrent sur la ceinture de la magicienne : celle-ci portait la même pierre. C’est cet artefact qui était responsable de sa soudaine faiblesse. — Cette pierre, elle appartenait à Jaliorga, n’est-ce pas ? demanda Sarina sujette à une soudaine migraine. — Comment le sais-tu ? rétorqua la femme, intriguée.























