Extrait du livre Vent du sud
Vent du Sud de Véronique Foz et Cécile Basecq aux éditions Voce Verso
Nita n'avait jamais vu la mer. Quand ses parents lui ont annoncé qu’ils allaient prendre un bateau, elle a imaginé un voilier, comme dans le livre que son père lui lisait le soir autrefois. Installé sur la chaise à côté de son lit, il ajustait ses lunettes et ses mots débordaient. Il ne pouvait pas les retenir. La mer l’inspirait. Quand il était jeune, il avait voyagé. Alors, c’était plus fort que lui, il entremêlait ses souvenirs aux phrases imprimées sur les pages.
Vent du Sud
C’était un livre magique. Un livre-surprise. On ne savait jamais quelles aventures allaient s’en échapper. Et voilà qu’à leur tour ils allaient embarquer, quitter leur pays pour découvrir le vaste monde. Ils allaient faire fortune… — On reviendra, promis ! Noura les serre dans ses bras. Ils l’ont suppliée de les accompagner mais elle préfère rester ici, chez elle. Que ferait-elle ailleurs ? — Je suis trop vieille, dit-elle. Les grand-mères ne partent pas à l’aventure. Mais que fera-t-elle ici ? — Garder la maison. Penser à vous. Prier. Il y a aussi les amis, les tantes, les oncles. Et toutes ces choses qui ne tiennent pas dans les bagages. Ils partent et le père dit : — Ne regardez pas en arrière. Le chemin est devant, et notre vie aussi.
Le voyage jusqu'à la côte a duré plusieurs jours. La mer s’étend à perte de vue par-delà les dunes. Bleue, scintillante et dansante. À la télé et même dans les livres, elle n’était pas aussi immense. Nita s’inquiète : où est le navire qui doit les emporter ? Son père a payé très cher leur passage, elle l’a entendu le raconter à sa mère. Et hier soir, elle les a vus scruter le ciel à travers la fenêtre de la chambre où ils allaient dormir. Le doigt de son père s’était tendu vers la lune presque pleine. — Il va faire beau, avait-il dit. Le voyage sera long, mais la mer sera calme.






















