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Mystères en Inde

Mystères en Inde

9-12 ans - 52 pages, 11547 mots | 1 heure 24 minutes de lecture
© ABC Melody, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Mystères en Inde

9-12 ans - 1 heure 24 minutes

Mystères en Inde

De Delhi à Agra, de Jaipur à Vârânasî puis à Cochin, les élèves découvrent les splendeurs de l’art moghol, les fêtes et les saveurs de la cuisine indienne.

Mais lorsque leur guide Rishi disparaît, remplacé par sa sœur Deeva, et qu’Amytis surprend une vidéo – prise par un singe – montrant leur guide et un autre homme, tenant une flûte en or avec une mine de conspirateurs, la fillette suppose que Rishi est compromis dans une louche affaire.

La situation empire quand les chambres des enfants sont fouillées. La classe serait-elle devenue la cible d’une dangereuse bande ?

"Mystères en Inde" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Mystères en Inde

Mystères en Inde d'Alain Surget et Camille Ledigarcher aux éditions ABC Melody


Mystères en Inde
Chapitre 1 Le disparu du Fort rouge Cela fait maintenant quatre ans, depuis leur CE1, que les élèves d’Alex Moury parrainent des projets en Inde en envoyant des crayons et des cahiers dans les écoles, ou des livres destinés aux établissements qui enseignent le français. Pour les remercier de leurs bonnes actions et de leur fidélité sans faille, l’organisme Cœurs sans frontières a invité les enfants, à présent en CM2, à un petit séjour en Inde.
C’est pourquoi, en ce mois de mars, encadrés par Mélanie et Farid, leurs accompagnateurs habituels, les élèves atterrissent à l’aéroport Indira Gandhi, à Delhi. Tout en se dirigeant vers le hall, après avoir récupéré leurs bagages, le maître explique qu’Indira Gandhi était la collaboratrice du Mahatma Gandhi, un fervent partisan de l’indépendance de l’Inde et de la non-violence, et qu’elle a été élue Premier ministre en 1967, puis en 1980 avant d’être assassinée en 1984… – Ah, voilà notre guide hindou ! lance Farid en avisant un homme portant une pancarte mentionnant le nom d’Alex Moury. – Je m’appelle Rishi, se présente l’homme avec un grand sourire. Cœurs sans frontières m’a mis à votre disposition durant tout votre séjour. J’espère que vous me pardonnerez ce petit accent, mais j’étais le seul à connaître votre langue. Je vais vous conduire à votre auberge de jeunesse, dans Ramdwara Road, non loin de Connaught Place qui s’articule autour d’un rond-point tout en verdure appelé Rajiv Chowk. La troupe suit Rishi vers une station de métro et disparaît sous terre. Le lendemain, accueillie par Rishi revenu l’attendre dans le hall, la classe sort de son auberge de jeunesse pour sa première visite de la ville. – Ah, j’ai bien déjeuné ! se félicite Jasper en tapotant son ventre. Je me suis gavé de parathas, ces pains feuilletés farcis aux légumes que j’ai trempés dans du chou… euh, comment encore ? – Chutney, le corrige Farid en riant. C’est une sauce aigre-douce. Mais je t’ai vu aussi lorgner sur le dal, ces lentilles aux épices et aux piments frits. – Moi, j’ai tout photographié ! lance Thomas. Même les portraits des dieux sur les murs ! – Au point d’en oublier de manger ! se moque Mélissa. – Quoi ? se défend le garçon. J’ai bu deux grands verres de lassi. C’est comme si j’avais avalé deux yaourts. Ça m’a suffit, parce que j’ai fini mon reste de sandwich d’hier. – Oh, tu as un nouvel appareil ! remarque Romain comme Thomas le braque sur un auto-rickshaw, un triporteur vert et jaune équipé d’un siège pour deux passagers et d’une capote qui peut être rabattue.
– Oui, c’est un smartphone qui peut filmer, répond l’autre, tout fier. Tiens, d’ailleurs je vais filmer ces motos qui filent dans la rue. – Ce sont des Royal Enfield Bullet, précise le guide pendant que le maître resserre les rangs. Le groupe indien qui a racheté la marque anglaise produit plus de 800 000 motos par an. Les machines passent avec des rugissements d’enfer tandis que des rickshaws, appelés aussi tuk-tuks, pout-poutent dans leur sillage. Les élèves remontent l’avenue Panchkuian Marg jusqu’à la station de métro située en face d’un temple blanc destiné à la méditation. La classe pénètre dans la station, emprunte une rame puis, après quelques changements, parvient à la station Chandni Chowk, dans le vieux Delhi. Après le relatif silence souterrain, les enfants sont surpris par la cacophonie qui règne dans ce quartier. – Vous comprenez, je pense, pourquoi je vous ai trouvé une auberge de jeunesse plus loin, dit Rishi avec un sourire entendu. Ici, vous n’auriez pas fermé l’œil de la nuit.
– Ham sab aapake aabhaaree hain, le remercie Mélanie qui a appris un peu l’hindi avant le départ. Devant le regard interrogateur et admiratif des élèves, elle explique qu’elle vient de dire au guide « que nous lui en sommes tous reconnaissants ». Celui-ci les entraîne par un entrelacs de ruelles vers l’avenue Chandni Chowk. – C’est l’axe principal d’Old Delhi qui va d’est en ouest, indique-t-il. Il s’étend du Fort rouge, que nous allons visiter, jusqu’à Fatehpuri Masjid, une mosquée en grès rouge, tous deux datant de la période moghole du XVIIe siècle. C’est dans la première moitié de ce siècle que l’empereur moghol Shah Jahan a décidé de prendre Delhi pour capitale qu’il a appelée Shahjahanabad. – Sa première capitale était Agra, poursuit Farid qui tire le renseignement de son livret. C’est d’ailleurs à Agra qu’il a fait édifier à la mémoire de son épouse le célèbre mausolée Taj Mahal. – Oui, confirme Rishi. Sa nouvelle capitale choisie, l’empereur a aussitôt fait bâtir des fortifications en demi-lune dont fait partie le Fort rouge, ainsi que Jama Masjid, ou mosquée du Vendredi, que nous visiterons également. En même temps, une de ses épouses, Fatehpuri Begum, a fait construire la mosquée qui porte son nom, tandis qu’une de ses filles, Jahanara Begum, a édifié Chandni Chowk, encore aujourd’hui le cœur battant de la cité. – Il y a des hindous tout habillés de blanc, remarque Hugo, des musulmanes avec leur voile, des hommes avec des turbans… – Le turban représente la couronne spirituelle, explique le guide. Le bleu est celui des Sikhs, membres d’une communauté religieuse. Le turban safran indique que celui qui le porte est originaire du Punjab, une région du nord-ouest, et un turban de couleur blanche signale un deuil. Ils poursuivent dans des ruelles étroites encombrées de bazars à l’ancienne, de vendeurs de rue qui servent des chhole bhature, un curry de pois chiches servi avec un pain frit, devant des demeures traditionnelles bien délabrées qui ne semblent tenir debout que par la pression de l’air qui les environne. Un air épais nourri de lourdes senteurs, de bruits
assourdissants, d’envolées de cris, d’appels et de rires. Un air qui étourdit autant que la foule bigarrée qui tourbillonne sans fin, pareille à un long serpent poussif et multicolore déroulant lentement ses anneaux. Certaines ruelles sont couvertes par des arcades sous lesquelles les boutiquiers exposent vêtements, bijoux, étoffes, pâtisseries, fruits, légumes, herbes médicinales… dans une explosion de couleurs. Çà et là, des échoppes présentent, derrière des baies vitrées, du matériel informatique, des appareils photographiques dernier cri, des téléviseurs… – L’avenue Chandni Chowk ! clame Rishi comme ils atteignent l’axe principal. C’est ici que les empereurs moghols défilaient en procession. L’artère est large et droite bien qu’encombrée par des tuk-tuks qui circulent à touche-touche et excitent les avertisseurs des autres véhicules qui tentent de louvoyer entre eux. Rishi conduit la classe sur une contre-allée, entre des rangées d’arbres et des immeubles qui avoisinent des temples, dont un temple sikh d’un blanc immaculé flanqué de quatre tours dorées. – Il s’agit du Gurudwara Sis Ganj Sahib, rapporte-t-il. Il a été bâti en mémoire du guru Tegh Bahadur à qui l’empereur a fait couper la tête en 1675 parce qu’il refusait de se convertir à l’islam. Il règne à l’intérieur une atmosphère de paix et de spiritualité qui contraste avec l’agitation de la ville. À mesure qu’ils se dirigent vers le Fort rouge, les CM2 voient se profiler ses formidables remparts au centre desquels se dresse Lahori Gate, l’une des deux portes de la forteresse.
– Nos billets coupe-file vont nous permettre de passer devant la foule, dit Rishi. – Lahori Gate a une importance symbolique, intervient Farid, le nez dans son livret. C’est du haut de cette porte que Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde, a brandi le drapeau de l’Inde indépendante, en 1947, 90 ans après la révolte des cipayes contre l’armée britannique. – C’est exact, approuve le guide. D’ailleurs on distingue encore l’impact des balles datant de cette période, précise-t-il en montrant les trous et les éclats arrachés à la pierre. – Y a eu une révolte des six pailles ? s’étrangle presque Moussah. Comment c’est possible que des pailles se révoltent ? – Non, rit Alex Moury. Les cipayes sont des soldats indiens engagés dans un régiment de cavalerie de la Compagnie britannique des Indes orientales. En 1857, à Meerut, dans la province à l’est de Delhi, ces soldats ont reçu l’ordre d’utiliser des munitions lubrifiées avec de la graisse de vache et de porc, ce qui était inacceptable pour les hindous comme pour les musulmans. Ils se sont donc soulevés contre les Anglais, ont été rejoints par des dizaines de milliers d’hommes et se sont emparés de Delhi, refoulant les forces britanniques dans les montagnes. – Mais quand des renforts sont parvenus aux Anglais, ceux-ci ont repris la ville au prix de violents combats, ce qui explique les traces de balles sur la muraille, achève Farid. Tous franchissent la porte et traversent Chatta Chowk, un bazar couvert jalonné de boutiques pour touristes qui attisent aussitôt l’intérêt des enfants, prêts à acheter une pleine cargaison de souvenirs. Il faut toute l’autorité du maître pour ramener autour de lui ses élèves qui couraient d’une échoppe à l’autre. – Auparavant, la noblesse indienne se fournissait ici en soieries et en bijoux, commente Rishi. Après la révolte des cipayes, les Britanniques ont rasé les deux tiers des bâtiments du fort, ainsi qu’une partie des jardins, pour y aménager des casernes transformées aujourd’hui en musées. C’est le cas, entre autres, du Red Fort Centre, devant nous, et du Naubat Khana, la maison du tambour, où résidaient les musiciens
de la cour et où étaient installés les chevaux et les éléphants royaux. – On va visiter tous les musées ? s’effraie déjà Jasper. – Non, le rassure Mélanie. Mais nous irons tout de même faire un tour au Red Fort Centre qui relate l’histoire de Delhi. Un peu plus tard, après avoir découvert l’histoire de Delhi à travers des installations numériques, et assisté à la projection d’un film illustrant la vie du fort à l’époque de Shah Jahan, la classe poursuit en traversant Diwan-i-Am, une haute galerie en colonnades qui servait de salle d’audience publique. – À l’origine, les colonnes de grès rouge étaient recouvertes d’un plâtre aussi lisse que l’ivoire, rapporte le guide. L’empereur écoutait les doléances de ses sujets du haut d’une tribune en marbre incrustée de pierres semi-précieuses. Thomas filme chaque détail de la salle, obligeant Mélanie à l’empoigner par l’épaule pour le ramener dans le groupe. Précédant les CM2, Rishi contourne un bâtiment, traverse une pelouse et parvient devant le palais royal, appelé Khas Mahal, tout en
marbre blanc. Les enfants pénètrent à l’intérieur et découvrent des pièces décorées qui leur arrachent des cris de surprise et d’émerveillement. Les colonnes sont ciselées de motifs floraux, et les plafonds peints de figures géométriques. – Vous avez sous les yeux un savant mélange entre l’art moghol et l’art musulman, spécifie le guide. – Dommage qu’il n’y ait pas de meubles, regrette Amytis. On aurait vraiment eu l’impression d’être rejetés dans le passé. À l’extrémité nord des appartements, les élèves s’extasient devant un mur à claustras, c’est-à-dire constitué de pierres ajourées, qui ouvre sur une pièce spectaculaire surmontée de la balance de la Justice gravée dans un croissant de lune entouré d’étoiles et de nuages. Ensuite, la classe visite Diwan-i-Khas, la salle des audiences privées où l’empereur ne recevait que les dignitaires de haut rang. L’édifice est construit sur deux étages reposant sur une série d’arcs. La partie inférieure, en grès rouge, présente des colonnes incrustées de motifs floraux, alors que la partie supérieure, en marbre blanc, s’appuie sur des piliers peints et dorés. – C’est le bâtiment le plus somptueux du Fort, explique Rishi. Du verre coloré décorait les claustras qui donnaient autrefois sur la rivière Yamuna. L’eau d’un canal – appelé « fleuve du paradis » – coulait également entre les pavillons pour les rafraîchir. L’empereur recevait ses hôtes de marque sur le trône du Paon, en or massif et serti de pierres précieuses, jusqu’à ce que Nadir Shah, un roi perse, l’emporte en 1739 à la suite de ses attaques contre l’Inde, et de ses pillages. Les enfants se dispersent dans la salle, sous la surveillance de leur maître, de Mélanie et de Farid, quand Rishi aperçoit tout à coup un homme derrière une colonne, qui lui fait signe. Le guide jette un rapide coup d’œil par-dessus son épaule puis, voyant qu’Alex Moury lui tourne le dos, occupé à montrer quelques détails à ses élèves, il s’éclipse pour rejoindre l’inconnu. Au bout d’un moment, après avoir quitté l’immense salle et s’être retrouvés devant une petite mosquée