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Mystères à Tokyo

Mystères à Tokyo

9-12 ans - 47 pages, 8817 mots | 1 heure 05 minutes de lecture
© ABC Melody, 2021, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Mystères à Tokyo

9-12 ans - 1 heure 05 minutes

Mystères à Tokyo

La classe d’Alex Moury a obtenu une bourse lui permettant de se rendre au Japon afin de découvrir son histoire, sa culture et ses traditions.

Au cours de la première nuit à l’hôtel, Jasper a la désagréable surprise de tomber nez à nez avec un dragon en armure de samouraï qui hante les lieux.

Y a-t-il un rapport entre cette étrange apparition, une attaque de yakuzas, un mystérieux monsieur Izomu qui ne cesse de suivre les élèves et un singulier

voleur qui ne s’intéresse qu’à des bagages vides ?

"Mystères à Tokyo" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Mystères à Tokyo

Mystères à Tokyo de Alain Surget et Louis Alloing aux éditions ABC Melody


Mystères à Tokyo
Chapitre 1 Le dragon du ryokan Sortis de la station de métro Tawaramachi, la classe de CM2 d’Alex Moury vient d’arriver devant le Rônin Ryokan, une auberge traditionnelle dans le quartier Asakusa, à Tokyo. Les élèves ont en effet obtenu une bourse lors d’une émission intitulée « Parcours Culturels Diversifiés », qui leur a permis d’organiser un voyage au Japon.
Dans le hall, face à un long comptoir derrière lequel trois Japonais les accueillent avec le sourire, se trouve une grande vitrine occupée par une armure complète et le masque laqué en rouge d’un samouraï. Les enfants s’alignent sur deux rangs, derrière Alex et ses deux fidèles accompagnateurs, Mélanie et Farid. Les hommes et les garçons s’inclinent, les bras le long du corps, Mélanie et les filles également, mais en croisant les mains. Tous attendent que les Japonais leur rendent le salut et se redressent, pour se redresser à leur tour. Pendant que les adultes entament une conversation en anglais avec la patronne du ryokan, les CM2 s’extasient devant l’armure dans la vitrine. – C’est la tenue de guerre d’un rônin, lit Alison, l’inscription sur la plaque étant rédigée en japonais et en anglais. – Rônin, c’est le nom de l’auberge, fait remarquer Amytis. – C’est quoi, un rônin ? demande Hugo. – Un samouraï qui perd ou qui quitte son seigneur, et se met à parcourir le pays en quête d’aventures, répond Farid. Je vous raconterai l’histoire des 47 rônin plus tard. Pour l’instant, vous allez vous installer dans vos chambres. Alex et Mélanie les rejoignent. – Les filles, avec moi ! dit la jeune femme. Vous disposez de deux dortoirs de six lits, mais comme l’espace est restreint, vous pourrez déposer vos valises dans la bagagerie de l’auberge. – Pour l’un d’entre vous, poursuit le maître en s’adressant aux garçons, il y a un léger problème. Comme les lits sont en nombre pair dans les dortoirs, et que vous êtes 13, la direction propose d’ajouter un tatami et un futon dans un dortoir. – C’est quoi, ça ? grogne Moussah d’un air soupçonneux.
– Un tapis et un matelas, indique Farid. Celui qui l’acceptera dormira vraiment à la japonaise. Tout comme votre maître et moi qui partageons la même chambre. – Moi, moi ! s’excite Jasper en levant le doigt. Moi je veux dormir à la japonaise ! Comme un samouraï ! Chacun suivant un de leurs hôtes, le groupe des filles et celui des garçons se dirigent vers leur étage respectif. Ils longent un couloir flanqué de plusieurs portes ouvrant sur les sanitaires et les cabinets de toilette puis, au moment d’entrer dans leurs dortoirs... – Retirez vos chaussures, leur conseille-t-on. Vous ne devez pas rester chaussés dans les chambres. * * * Plus tard, les enfants se retrouvent dans le hall et vont ranger sacs et valises dans la bagagerie. – On peut à peine bouger dans le dortoir, se plaint Hugo. – C’est Mélanie qui est la mieux logée, rapporte Cerise. Elle a une grande chambre pour elle toute seule, avec des placards et une salle de bain. Je l’ai vue en passant devant. Pendant que les élèves échangent leurs impressions et que Thomas mitraille la vitrine avec son appareil, Alex, Farid et Mélanie sont reçus par le couple des propriétaires, en kimono, qui leur offre le thé de bienvenue dans une petite pièce adjacente. Agenouillés sur des tatamis devant
des tables basses, ils goûtent à petites gorgées un thé vert brûlant. – Arigato gozaimasu ! les remercient ensuite les trois Français, utilisant la formule d’extrême politesse recommandée par Farid. Peu après, Alex Moury emmène sa classe, pour une petite promenade, dans Kappabashi Dori, une avenue toute proche entièrement consacrée aux ustensiles de cuisine. Une immense tête de cuisinier, avec sa toque, domine à l’entrée de la rue, immédiatement prise en photo par Thomas. Des boutiques étalent à ciel ouvert des enfilades de casseroles, de poêles, de faïences diverses – des bols, des saladiers, des assiettes, des théières –, faisant l’effet d’un puzzle de couleurs ou d’une toile peinte par un artiste fou. Bientôt, épuisés par leur long voyage en avion et perturbés par le décalage horaire, les élèves ne tardent pas à rentrer au Rônin Ryokan pour s’y reposer.
À l’heure du repas, la classe gagne la salle de restaurant où d’autres clients sont déjà attablés. Presque tous les CM2 choisissent des yakitoris, des brochettes de poulet et de légumes grillés accompagnées de riz. Jasper, lui, préfère des ramen, des nouilles cuites dans un bouillon de soja, de lamelles d’oignons et d’autres ingrédients. Au moment de manger, les enfants se regardent d’un air un peu contrit, ne sachant trop comment utiliser leurs baguettes. Mélanie et Alex se dévouent pour leur en montrer le maniement tandis que Farid, pressé par Hugo et Thomas, se lance dans l’histoire des 47 rônin. – En 1701, un shogun envoie auprès du daimyo Asano... – Un daimyo est un seigneur qui gouverne une région, précise Alex Moury. Et le shogun est le commandant en chef de l’armée. – Donc, reprend Farid, le shogun envoie à Asano un samouraï de haut rang, nommé Kira, afin qu’il lui apprenne la façon d’accueillir un représentant de l’empereur. C’est qu’il faut connaître tous les gestes et toutes les paroles à prononcer lors de la cérémonie d’accueil, sinon c’est un manque de respect envers le pouvoir impérial. Mais Kira se montre tellement désagréable qu’Asano le défie et le blesse avec son sabre. – Bien fait ! dit Thomas en laissant échapper une pincée de riz qui tombe sur son pantalon. – Le problème, poursuit Farid, c’est que le daimyo a agressé l’envoyé du shogun. C’est une faute impardonnable. Asano est donc obligé de se faire hara-kiri. Ses terres sont confisquées, et ses 47 samouraïs, privés de seigneur, sont désormais réduits à n’être plus que des rônin. Mais un an plus tard, ceux-ci attaquent Kira chez lui, le décapitent et transportent sa tête dans la tombe de leur ancien maître afin que l’esprit du daimyo repose enfin en paix. Apprenant cela, le shogun
entre dans une violente colère et les condamne tous au seppuku, c’est-à-dire à se faire hara-kiri. – C’est quoi, le hara-kiri ? veut savoir Moussah. – C’est quand tu te suicides en t’enfonçant le sabre dans le ventre, lui apprend Hugo. Un horrible bruit d’aspiration fait soudain se tourner toutes les têtes vers Jasper. – J’arrive pas à manger les nouilles avec les baguettes, se défend-il. Alors je les aspire. – Mais c’est dégoûtant ! s’écrie Mélissa. – Pas au Japon, rectifie Farid. C’est même considéré comme une forme de politesse, la qualité du plat incitant à le manger rapidement avant qu’il refroidisse. Tu peux également boire le bouillon directement dans ton assiette, ajoute-t-il en s’adressant à Jasper. – Oui, parce que boire avec des baguettes... laisse filer Cerise avec un sourire en coin. * * * La nuit est tombée. Tout le monde dort dans le ryokan. Tout le monde ? Non, car Jasper a du mal à trouver le sommeil sur son futon. Même posé sur un tatami, le matelas est dur, et le garçon a l’impression d’être couché sur une planche. – Je vais être tout courbaturé au matin, ronchonne-t-il. Il faut que je me lève pour marcher un peu. Comme le dortoir est très petit, Jasper décide d’aller se dérouiller dans le couloir. Il appuie sur le bouton de la minuterie pour s’éclairer, se met à arpenter deux, trois fois, le corridor lorsqu’il sur prend tout à coup une lumière rougeâtre dans la cage d’escalier. En même temps, il discerne un bruit de pas. Quelqu’un monte à l’étage. Curieux, et surpris qu’un autre déambule dans l’auberge au milieu de la nuit, l’enfant se dissimule dans l’encoignure d’une porte donnant sur les douches. Et il guette. Les pas approchent. Un souffle lourd accompagne la montée. La lueur tremblotante d’une lanterne apparaît sur le palier... tenue par une
silhouette monstrueuse. La créature est recouverte d’une sorte d’armure noire à écailles, avec un pectoral formé de serpents d’or entrelacés. Jasper pense tout de suite à un samouraï portant l’armure prise dans la vitrine. Il se recule pour ne pas être vu et cogne dans la porte derrière lui. La créature l’entend et tourne la tête vers lui. Pétrifié de terreur, la respiration coupée, la bouche grande ouverte sur un cri qui ne sort pas, Jasper croit que son cœur va se décrocher. L’apparition a une face rouge grimaçante, avec une gueule énorme aux crocs terribles et des yeux exorbités, flamboyants, rehaussés par d’épais sourcils blancs. Une couronne de feu, surmontée de deux longues cornes, lui tient lieu de chevelure, et une courte barbe blanche souligne sa mâchoire inférieure. – Un... un... un dragon... balbutie Jasper. Le dragon se penche vers lui, pose un doigt sur son horrible mufle et fait « Chttt ! ». Puis il se détourne et continue à monter l’escalier. Mais Jasper ne le voit plus. Effondré sur les genoux, les yeux fermés, il aspire à fond pour recouvrer une respiration normale et tenter d’apaiser les battements fous de son cœur. La lumière s’éteint dans le couloir. Il lui faut un moment pour retrouver ses esprits et regagner son futon dans le noir, craignant que, s’il allume à nouveau, la créature ne revienne vers lui. « Je n’ai pas rêvé, je n’ai pas rêvé ! » pense-t-il, encore tout tremblant. « C’était un dragon ! Je suis sûr qu’il portait l’armure qui est dans la vitrine. Demain, on se rendra compte qu’elle a disparu. »
Chapitre 2 La porte du Tonnerre Le lendemain, Mélanie et Farid viennent réveiller filles et garçons. La première chose que fait Jasper en sortant du dortoir, avant même d’aller se laver, c’est de se rendre sur le palier, et de constater que l’escalier se poursuit sur quelques marches... pour aboutir devant un mur de planches.