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Ma mère plante une forêt

Ma mère plante une forêt

6-8 ans - 23 pages, 1771 mots | 15 minutes de lecture
© Kilowatt, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Ma mère plante une forêt

6-8 ans - 15 minutes

Ma mère plante une forêt

1980, dans un village du Kenya. Un soir, Wanjiru voit sa mère rentrer, les yeux brillants d'une nouvelle incroyable : une femme, Wangari Maathai, invite les villageoises à rejoindre un mouvement de reforestation - le Mouvement de la ceinture verte. Ensemble, elles planteront des arbres, apprendront à faire pousser les graines et seront rémunérées pour chaque arbuste qui survivra. Wanjiru écoute, fascinée. Pour la première fois, elle imagine un avenir différent. Mais peut-on vraiment planter une forêt ?

Retour sur l'engagement de Wangari Maathai, première femme africaine à recevoir un prix Nobel - de la paix, pour sa contribution au développement durable et à la démocratie. Cet engagement collectif porteur d'espoir, nous rappelle que chacun·e a le pouvoir, de s'impliquer pour faire changer les choses.

"Ma mère plante une forêt" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Ma mère plante une forêt

Ma mère plante une forêt - depuis 1977, au Kenya, le mouvement de la ceinture verte de Florence Mottot et Diane Morel aux éditions Kilowatt


Ma mère plante une forêt
Septembre 1980, c’est là que tout a commencé. Tout a débuté un soir après l’école. Jomo révisait ses leçons dans la chambre. Moi, devant la maison, je regardais des fourmis s’agiter au creux de ma main. J’adore observer les insectes. Au loin, maman est apparue sur le chemin. Elle marchait à grandes enjambées. À peine arrivée sur le pas de la porte, elle s’est exclamée : – Vous ne devinerez jamais... Ses yeux rayonnaient, alors j’ai lâché mes fourmis et je me suis dépêchée de rentrer m’asseoir près du four pour l’écouter.
– Aujourd’hui, à l’épicerie, une cliente m’a parlé de son village et d’un groupe de femmes dont elle fait partie là-bas, a annoncé maman. Elle semblait si excitée, que j’en avais presque la chair de poule. Elle a ajouté : – Ensemble, ces femmes plantent des arbres, pour faire des forêts ! Et tout ça, c’est l’œuvre d’une certaine Wangari Maathai. J’ai demandé : – C’est qui, Wangari Bataille ? En guise de réponse, maman a articulé très distinctement : – Wan-ga-ri Ma-a-thai ! Les jours qui ont suivi, ma mère n’a plus eu que ce nom à la bouche. À force de l’entendre, je ne risquais plus de mal le prononcer. Et puis, elle s’est mise à rendre visite à nos voisines. Elle aussi comptait former son propre groupe de femmes.
Un soir, papa est revenu de Nairobi et elle lui a révélé son projet. Je me rappelle la scène : j’étais dans un coin de la cuisine, un peu cachée, comme souvent quand j’écoute les discussions des adultes. Ma mère a expliqué qu’elle voulait créer une pépinière au village. Papa a souri, sans faire de commentaires. Comme s’il attendait de voir, avant de donner son avis... Très vite, il a vu : six ou sept voisines se sont laissées convaincre par l’enthousiasme de ma mère. C’est comme ça que l’aventure des arbres a commencé !
Deux semaines plus tard, une voiture s’est arrêtée sur la place du village. Un homme est descendu du véhicule. Et devant les femmes réunies, maman a expliqué  : – C’est un délégué du Mouvement de la ceinture verte : le mouvement de Wangari Maathai ! L’une des villageoises a lancé : – Nous n’avons pas le diplôme pour planter des arbres. Et si rien ne poussait ? – Je vous aiderai, a promis le délégué. Il a ouvert un carnet, pour noter les noms de celles qui souhaitaient s’engager avec le mouvement. Elles étaient dix. Ma mère a été choisie comme chef du groupe.
Le lendemain, la même voiture est réapparue au village. J’ai couru jusqu’au véhicule. Mais cette fois, une voisine m’a attrapée le bras, en s’écriant : – Wanjirũ, ce n’est pas l’affaire des enfants ! Tu n’as pas des leçons à réviser ? J’aurais bien voulu me transformer en fourmi, pour rester avec le groupe et écouter les conversations ! Mais j’ai regagné la maison en bougonnant et j’ai fini par ouvrir mon cahier de devoirs. Le soir, j’ai appris qu’un terrain en bordure du village avait été choisi, en accord avec le délégué. Les arbres seraient plantés à cet endroit ! L’homme avait aussi expliqué comment préparer le sol, pour le semis, en mélangeant la terre avec du fumier. J’avais tout manqué !
Après le repas, maman a balayé les cendres autour du four. Ensuite, elle a traversé la pièce et elle a plongé sa main dans un panier. – Devine ce que j’ai là ! m’a t-elle demandé, le poing tendu. J’ai répondu sans réfléchir : – Des fourmis ? – Mais non, de quoi planter une forêt ! Elle a déplié ses doigts un à un. Des petites graines étaient collées contre sa paume. Elle les contemplait comme un trésor. – Le délégué nous les a données tout à l’heure, a-t-elle ajouté avec un sourire lumineux.
Novembre 1980, première saison des pluies Ces graines de joie ont été semées le mois suivant. Maman raconte que ce jour-là, à la pépinière, le cœur des villageoises a battu très fort. Tôt le matin, le délégué était venu donner ses instructions. Il avait montré à quelle profondeur creuser des trous dans la terre, pour y enfoncer les graines. Il fallait bien espacer les semences, pour qu’elles aient la place de grandir. Le groupe avait suivi ces recommandations à la lettre... et c’était fait !