Extrait du livre Un arbre pour l'école
Un arbre pour l'école de Florence Mottot et Plumapi aux éditions Kilowatt
Un arbre pour l'école
Chapitre 1 J’ai toutes sortes de copains : des discrets, des bavards, des doux, des casse-cous. Moi, pour expliquer qui je suis, je commence par mon prénom : Rosalie. Dans Rosalie, il y a des milliers de pétales : des rouges, des blancs, des orange, et même des jaune soleil.
Il y a surtout le rosier grimpant qui pousse sur la façade de notre maison. Pour grandir, il s’accroche à tout. Ses branches s’enroulent autour de la gouttière. Certaines s’enlacent même au balcon de ma chambre. Je verse de l’eau au pied de l’arbuste, pour qu’il monte encore plus haut. C’est papa qui m’a montré : il faut faire attention à ne pas mouiller les feuilles. Papa me surnomme sa « Rosalie grimpante », parce que, moi aussi, je pousse en m’attachant aux choses. C’est vrai : j’ai les mêmes amis depuis la maternelle et je garde précieusement la plume de mouette que, l’été dernier, maman a ramassée sur la plage. Alors, tu vois, mon prénom me va comme un gant ! Un matin, en arrivant à l’école, je remarque un camion rouge qui stationne devant l’entrée. Théo vient à ma rencontre : – C’est l’horreur… Il exagère toujours. Je me tourne vers Félix, la voix de la raison. – Que se passe-t-il ? – Tu savais que la foudre transportait jusqu’à cent millions de volts ? m’interroge-t-il. – Perroquet, tu répètes ce que disent les pompiers, rétorque Théo. Ces deux-là s’entendent comme chien et chat. Je les laisse se chamailler et pénètre dans la cour. Une grosse branche pend de notre arbre, à moitié brûlée. Des barrières sécurisent les lieux. Un pompier me demande de m’éloigner. Je rejoins mes copains, près du camion rouge. – Vous croyez que les branches carbonisées vont repousser ?
– Le directeur dit qu’un spécialiste va intervenir ! On en saura plus demain ! répond Félix. En rentrant à la maison, je ne cesse de penser à l’accident. En cent ans, notre vieux chêne, Robert, a survécu à tout : au gel, à la canicule, et même à Anatole, un gars de CM2 qui taille son écorce avec des cailloux. C’est sûr, Robert va guérir. Mais le lendemain, quand j’arrive à l’école, je déchante : les barrières ont disparu et Robert aussi… ou presque. Trente centimètres de tronc dépassent du bitume. – Il ne reste que ses chevilles, dis-je. – On dit la souche, pour un arbre, corrige Félix. – Maintenant, t’es monsieur Wikipédia… soupire Théo. Je suis choquée. Pendant la leçon de Mme Riolet, je passe mon temps à regarder par la fenêtre. La cour ressemble à un parking.
Comment les adultes ont-ils pu faire ça ? – Quelque chose ne va pas ? demande la maîtresse. – Hum, je réponds, en évitant de croiser son regard. Mme Riolet explique : – Parfois, on peut sauver les arbres foudroyés, parfois non. Celui-là était trop abîmé. La foudre a traversé son tronc, de haut en bas. Elle a touché les racines ! Je ferme les yeux, pour chasser les mots de la maîtresse. Je ne peux pas croire qu’elle dise vrai. Notre chêne était robuste. Je suis certaine qu’il pouvait survivre. Mon voisin Félix me tapote le bras : – Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ? Je réponds, d’une voix chevrotante : – L’arbre me manque. – T’es trop sensible. Visiblement, lui pas. – Je n’aurais jamais pensé que notre arbre mourrait comme ça, murmure Théo, derrière moi. Je suis triste ; Théo, lui, est au cent cinquantième dessous.
Chapitre 2 Le soir, maman s’inquiète de mon silence. – Quelque chose te préoccupe, mon poussin ? C’est le vieux chêne ? Je hoche la tête. Elle poursuit : – Tu sais, il aurait fini par mourir. Le garder, c’était prendre le risque qu’il s’effondre sur l’école… Ou pire, sur les élèves ! Tu imagines ? Je ne dis rien, alors maman pose la main sur mon épaule : – Demain, nous irons au cinéma… ça te changera les idées. Je ne veux pas qu’on me change les idées, ce serait abandonner Robert. Tant que je pense à lui, il vit encore. Du moins, dans ma tête. Mais maman insiste : – Il faut que tu laisses partir ton chagrin. Pourquoi les adultes veulent-ils toujours qu’on oublie ce qui nous met les larmes aux yeux ? Cette question tourne en boucle toute la nuit dans mon esprit . Elle occupe encore mes pensées le lendemain, quand je franchis le portail de l’école. Dès qu’il m’aperçoit, Théo me fait signe :
– Psst ! Le directeur va faire une annonce dans cinq minutes. La maîtresse veut qu’on attende près du préau. Cinq minutes, c’est long, surtout sans Robert. Je ne quitte pas des yeux l’endroit où le vieux chêne se dressait. Ses racines sont encore dans la cour. Mme Riolet s’approche de moi et me confie : – M. Leduc a une bonne nouvelle. Je frémis : et si le directeur annonçait que l’arbre va pouvoir repousser ? Quand M. Leduc prend la parole, je déchante. – Nous allons transformer la souche en table de pique-nique, déclare -t-il. C’en est vraiment fini de notre chêne. Félixje-sais-tout me fait un clin d’œil : – C’est hyper simple : il suffit de visser une planche en bois par-dessus ! – Pfff, je réponds, en tournant la tête.























