Extrait du livre Les antipodes
Balthazar a peur du noir. Il dort les yeux ouverts La tête sous une ampoule Constamment allumée.
Vladimochka craint la lumière. Elle se cache dans les grottes de l’Altaï Là où les ombres lui offrent une épaisse carapace Contre les poignards du soleil.
Ronald est effrayé par les chauves-souris. Il se prélasse avec son chien Brautigan Au bord de sa piscine Rêvant de devenir rock-star.
Pearline déteste le bruit. Elle reste au calme Cloîtrée à l’intérieur de sa chambre Toutes les fenêtres fermées.
Najuat est claustrophobe. Il vit au grand air Là où le blanc et le bleu se confondent Sur les étendues glacées et friables de la banquise.
Mitsuko redoute le froid. Elle aime se faire bercer par la foule Pendant les heures d’affluence Dans les rues d’Osaka.
Ryad ne supporte pas les autres. Il s’est réfugié sur une île déserte Personne ne sait Où.
Balthazar, Vladimochka, Ronald, Pearline, Najuat, Mitsuko et Ryad ne se connaissent pas. Ils ne se sont jamais rencontrés. Et, malgré les câbles qui recouvrent le monde, Malgré les lignes qui quadrillent la terre, Malgré les satellites qui zèbrent le ciel, Malgré les timbres et les enveloppes Et l’épopée de l’aéropostale, Ils ne se rencontreront Jamais.
























