Extrait du livre Le grand voyage de Monsieur Tatou
C’était un vieux petit homme de papier, de papier de la tête aux pieds.
Sorte de baron perché sur son affiche, tristement il penchait, jour après jour se décollait. Voyant les piétons passer dans la rue au nom inconnu, dans l’inconnu il voulut voyager.
Et un jour il partit, à pied en nuage à moteur. Le moteur qui faisait marcher son vieux cœur. Où il alla ? Partout. Et partout où il allait on lui demandait : Papiers ! Qui êtes-vous que faites-vous où allez-vous ? Il répondait : Je suis Tatou. Tatou je vais à Ouagadougou, Tombouktou, n’importe où, Ouagabouktou. ... Répondait : Je veux voir du pays, voir ce qu’il y a tout au bout. Tout là-bas je sais qu’il y a de la place, un quelque chose comme le bout du monde qui a la forme qu’on lui donne et la couleur aussi : pourquoi pas rose ?
Tatou sillonna la Terre. Il vit la Terre, ceux qui l’habitaient et ce qui les habitait. Ils portaient tous les mêmes bottes aux pieds les mêmes armes aux mains la même rancœur au cœur. Ils lui bottaient les fesses du bout des pieds et le montraient du doigt du bout des mains, lui l’homme de papier, Tatou qui n’avait rien, qui volait tout d’un seul regard, avec le sourire. Vos papiers, partez, circulez, disparaissez, voilà ce qu’il entendait à longueur de journée lui qui ne faisait que passer.


























