Extrait du livre La rue qui ne se traverse pas
La rue qui ne se traverse pas d'Henri Meunier et Régis Lejonc aux éditions Notari
La rue qui ne se traverse pas
Elle aimait les moineaux. Lui pas. Il aimait rêver ce que rêvent les moineaux. Elle pas.
Elle habitait au coeur de la rue qui ne se traverse pas, fenêtre sur rue. Lui vivait juste en face, fenêtre sur elle. Entre eux deux, il y avait le vide. Entre eux deux, il y avait le royaume délicieux et gai des moineaux, virevoltants, légers et suspendus, qui seuls traversaient la rue qui ne se traverse pas.
Tous les jours, ils s'observaient depuis leur fenêtre. Ils ne faisaient rien d'autre, ou si peu. Ils s'aimaient. Ils croyaient s'aimer. Ils s'aimaient peut-être. Ils s'aimaient comme on aime quelqu'un à qui l'on ne ressemble pas, quelqu'un que l'on ne connaît pas. Ils s'aimaient comme on s'aime quand un gouffre vous sépare.
Et par-dessus le vide, de l'un à l'autre, leurs pensées virevoltaient sur le dos des moineaux. Jusqu'à ce qu'arrivent le soir, la nuit, et leur lot de questions. Est-il possible de s'aimer pour l'éclat d'un regard ? Est-il possible de s'aimer quand le vide et les rêves vous séparent ? Comment traverser la rue qui ne se traverse pas ? Qui connaît le secret des moineaux ?































