Extrait du livre Aux filles du conte
Aux filles du conte de Thomas Scotto et Frédérique Bertrand aux éditions du Pourquoi pas
J'étais une peur bleue. Si petite ou trop géante ou jamais comme il faut…
J'avais pourtant le goût d'être un sourire immense, j'avais déjà l'envie d'affronter tous les labyrinthes. On m'a connue citrouille au détour des jardins, j'étais ce que j'étais, on s'en est désolé. Par bonheur, les grands seigneurs ont, pour nous, de plus jolis desseins ! Je pouvais être tellement mieux : une fleur attitrée, exquise, disponible. Un hochement de tête à tous leurs éloges. C'est vrai, je pouvais être tellement mieux et je n'y avais pas songé !
Alors, on m'a fait somnoler sur des matelas d'épreuves. On a caché et camouflé les plus petits grains de pois pour tester mon courage. Fortifiée du brouillard et des hautes épines, pour eux, j'étais ce soupir endormi. Mais au souffle lent des dragons de geôles, bien sûr, j'ai espéré le Monde…
Pourtant, page après page, on m'a regardée pousser. Bien à l'abri du vent, bien privée de soleil, j'aurais pu me faner cent fois, cent nuits, cent ans. Du coin de l'œil, certains châteaux de verre font de si jolies prisons… Seulement, nourrie, logée, dansée, on ne dit pas qu'on rêve à mieux. On en finit par oublier que rien ne brille à l'intérieur des grands salons. Et face aux grognements du maître, aux griffes à éviter, on sait qu'il suffira de dire : « oui ». Oui à tout.





























