Extrait du livre Un air de trompette
Un air de trompette de Gilles Baum et Clémence Pollet aux éditions Hongfei
Un air de trompette
Quand la Grande Armée est de retour, les derniers mètres sont les plus difficiles. C'est l'ultime bataille : fendre la foule. L’Empereur marche en tête, la poitrine offerte à la gloire.
Derrière lui, les héros de la nation défilent au son des tambours. Suivent alors les pièces d’or, les étoffes, les épices et les esclaves : le trésor. Puis ce sont les crocodiles enfermés dans des caisses en bois, les fauves au bout des chaînes, les oiseaux colorés dans des cages minuscules qui balancent sur des chevaux à bosses. Et le plus beau reste à venir.
En fin de cortège, les archéologues ne sont pas les moins fiers : ils ramènent avec eux toute une civilisation haubanée sur des chars, entassée dans des coffres. La Grande Armée de l’Empereur rentre d’Égypte victorieuse, comme toujours. Tout le pays clame sa fierté, sauf un homme, à quelques pas de là.
Dans la grande salle du Musée national, Edgar Plantin fait les cent pas. À la fois anxieux et excité, les mains moites et le cœur tremblant, le conservateur est partagé. Il sait que des merveilles sont en approche, prêtes à l’éblouir. Il sait aussi que l’Empereur va exiger une exposition colossale dans des délais intenables. Comme toujours, il n’aura pas le temps.





























