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Qui a tagué Charlemagne ?

Qui a tagué Charlemagne ?

9-12 ans - 39 pages, 13061 mots | 1 heure 35 minutes de lecture
© Fanny Joly Numérik, 2026, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Qui a tagué Charlemagne ?

9-12 ans - 1 heure 35 minutes

Qui a tagué Charlemagne ?

Découvrez les aventures de Lison, une héroïne sympathique qui a l'art d'accumuler les bêtises. Ce matin, Mme Nervos a failli avoir un malaise. L'horrible directrice a découvert avec stupeur que la statue de Charlemagne qui trône royalement dans la cour de l'école a été taguée. Cette vieille harpie soupçonne bien sûr Lison. Une seule solution pour cette dernière, trouver elle-même le coupable.

"Qui a tagué Charlemagne ?" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre Qui a tagué Charlemagne ?

Qui a tagué Charlemagne ? de Fanny Joly aux éditions Fanny Joly Numérik


Qui a tagué Charlemagne ?
Chapitre 1 Je me présente, je m’appelle Lison Je me présente : je m’appelle... — Lison, Lison ! Excusez-moi, c’est la voix de ma mère. Je suis sûre qu’elle veut que je l’aide pour ranger la vaisselle ou mettre le couvert. Juste au moment où je viens de m’asseoir pour commencer à écrire l’histoire de ma vie, avouez que ça tombe mal ! Tant pis, je fais celle qui n’entend pas. Si maman a vraiment besoin de moi, je la connais, elle criera plus fort... Donc je m’appelle Lison Deslivres, j’ai bientôt dix ans et j’ai décidé de raconter ma vie. Pourquoi ? Parce que dans ma vie, il se passe plein de choses, et ces choses, je n’ai pas envie qu’on les oublie... Une autre raison, c’est que depuis que notre télé est cassée et que papa a décidé qu’on ne la ferait pas réparer, j’ai du temps libre. Et puis j’en ai assez des copains qui me disent sans arrêt : « Ça doit être génial d’habiter dans une école » Parce que moi, l’école, je n’y vais pas, j’y vis ! J’y suis. J’y reste. Toute l’année ou presque. Du coup, certains s’imaginent que je passe mes soirées à jouer au ballon dans la cour, à me balader dans les classes, à faire la folle au milieu du gymnase, à espionner le courrier des maîtres ou à fouiller dans leurs cases pour découvrir les sujets des prochains contrôles (ou des secrets encore plus palpitants)... Non, non, non et non ! Habiter dans une école, c’est tout ce qu’on veut : fatigant, lassant, épuisant, inquiétant, écœurant... Mais génial, non ! Je veux qu’on sache comment ça se passe réellement. — Lison ! Tu es là, Lison ? Viens m’aider à enlever les fils des haricots, s’il te plaît ! Qu’est-ce que je disais ? Quand ma mère a besoin d’aide, elle finit toujours par me coincer. Et le problème, c’est qu’elle a TOUT LE TEMPS besoin d’aide ! Ça y est, les haricots sont épluchés : une des pires corvées que je connaisse. Je demande toujours à maman
pourquoi on ne mange pas des haricots surgelés-tout-épluchés, comme tout le monde. En fait, je connais la réponse : c’est que les haricots verts frais contiennent bien plus de vitamines... Et que les haricots surgelés ne poussent pas dans le jardin de Mémé, la mère de papa ! Où est-ce que j’en étais ? Ah oui ! Si j’habite dans une école, c’est parce que maman y travaille. Pas comme professeur, hélas ! Ça me permettrait peut-être d’avoir de temps en temps de bonnes notes... À l’école, maman est gardienne. Elle surveille les entrées, les sorties, distribue le courrier, répond au téléphone, sort les poubelles, garde toutes les clés de toutes les portes, ouvre et ferme chaque fois que c’est nécessaire, autrement dit cinquante fois par jour. — Hé, la naine, c’est toi qu’as touché à ma maquette de Spitfire BX 756 ? Ça, c’est mon grand frère, Benjamin, qui vient d’entrer en trombe dans ma chambre. — T’es gentil, tu frappes avant d’entrer et tu m’appelles pas « la naine », OK ? — C’est TOI qu’as touché mon Spitfire ? — Pourquoi tu veux que j’aie touché ton Spit-je-sais-pas-quoi, je sais même pas ce que c’est ! — Il n’est pas à la place où je l’ai laissé. Quelqu’un l’a bougé ! — Oh là là ! Drame international ! L’avion de Benjamin-le-géant a bougé d’un centimètre, appelez la police de l’air ! — Oui, ben fais gaffe ! Si je te prends à toucher mes maquettes, ça va chauffer ! — Ça risque pas que j’y touche, j’ai autre chose à faire, figure-toi ! Benjamin se penche pour lire par-dessus mon épaule. J’ai horreur de ça. — Qu’est-ce que tu fabriques ? Je referme mon cahier en vitesse. — Si on te le demande, tu diras que tu sais pas ! Mon grand frère sort en bougonnant. Depuis qu’il va au collège, il est pire qu’avant. On ne peut presque plus jouer ensemble. Il passe son temps à bricoler ses maquettes, à lire des livres scientifiques, à tchatter avec ses copains, à me traiter de « naine » ou à se coiffer toutes les cinq minutes (il a un peigne dans sa poche). En dehors de tous ses défauts, Benjamin a quand même quelques qualités... Quand je réfléchis bien, j’en vois deux : il aime tellement faire des problèmes de maths qu’il accepte même de faire les miens. Et il déteste aller au cinéma tout seul. Du coup, les jours où on ne se dispute
pas trop, il m’emmène avec lui. Mais reprenons le fil de notre histoire... — Zizon ! Zizon ! Gad’ ma bug de cigomme ! Zut ! Voilà mon petit frère, Alfred, qui passe la tête... Enfin, la tête, disons plutôt la bulle de chewing-gum qui dépasse de sa face... — Attention, Alfred ! Elle est trop grosse, ta bulle, on dirait un airbag, elle va éclater ! — Non va pas yéclater ma bug ! Yé quoi un « nérbag » ? Trop tard. La figure de mon petit frère est recouverte de chewing-gum vert. Et QUI va devoir le nettoyer avant qu’il se fasse gronder par maman ? Moi, évidemment ! Alfred, c’est le contraire de Benjamin : il n’est pas calme, pas sérieux, il se coiffe le moins possible et quand il a du temps libre, c’est plutôt pour faire des bêtises. Il va à la maternelle, mais il dit tout le temps qu’il veut être « guiand » pour aller à la « guiande l’école ». Il ne sait pas ce qui l’attend... Moi, l’école, si j’avais le choix, on ne m’y verrait pas souvent. J’ai des milliards d’autres choses à faire, plus urgentes et surtout bien plus amusantes. Je ne vais pas les énumérer, sinon ce serait trop long et je n’aurais plus le temps de raconter ma vie... Ma vie... J’habite à Ysjoncte, rue des Cloches. Si vous connaissez Ysjoncte, vous savez que rue des Cloches il y a un mur qui fait presque la longueur de la rue. Et qu’au-dessus de ce mur il y a une haute grille, beaucoup plus haute que vous et moi. Avec, au milieu, deux grandes portes : au n°9, c’est l’école des Cloches. Et au n°11, le collège des Cloches. Je sais, c’est bizarre comme nom. Mais attention, ça ne veut pas dire que les élèves de l’école et du collège SONT des cloches (bien qu’il y en ait pas mal quand même...). Ni que l’école et le collège des Cloches nous apprennent à devenir des cloches (bien qu’il y ait des jours où je me pose la question...). Ça veut simplement dire que dans cette rue, autrefois, il y avait une fabrique de cloches. Aujourd’hui, elle n’existe plus. Mais le nom est resté. Moi, je trouve ça plutôt rigolo. Je suis une des seules, apparemment. Depuis des années, la directrice, madame Nervos, se bat pour essayer de faire changer le nom de la rue et donc de l’école. Mais le maire n’est pas d’accord vu que la fabrique de cloches, c’est son arrière-grand-père qui l’avait fondée... Bref. En dehors du 9 et du 11, rue des Cloches, il y a aussi le n°7. Une petite porte grise, discrète, sur le côté gauche de l’école primaire, avec un perron et trois marches devant.
C’est là que nous habitons... — Bonsoir, tout le monde ! Tiens, papa vient de rentrer. Mon père, lui, il travaille en ville. Il est comptable. Il dit qu’il aligne des chiffres toute la journée et que c’est épuisant et que par conséquent, le soir, il ne faut pas l’énerver. À part ça, il est plutôt gentil. Le samedi, souvent, il joue avec nous. Le dimanche : il va pêcher à la ligne. Parfois, pour lui faire plaisir, je vais avec lui. Personnellement, la pêche, ça m’énerve encore plus que le calcul mental. Mais je fais semblant de rien. On attend des heures sans bouger. Et quand ça mord, c’est la catastrophe ! Parce que les poissons, il ne suffit pas de les pêcher. Après, il faut les manger ! — À table, les enfants ! À nouveau la voix de maman. Je pose mon stylo pour l’instant. En espérant qu’il n’y a pas du poisson au menu du dîner, avec les haricots verts ! Chapitre 2 Peinture fraîche L’histoire qui m’a décidée à raconter ma vie s’est passée le mois dernier, le lendemain de la rentrée. À la rentrée, il y a toujours de l’électricité dans l’air... On est habitués. Entre les emplois du temps qui se mélangent, les professeurs qui se trompent de salle, les élèves qui se perdent dans les couloirs (ou qui font exprès), les nouveaux qui pleurent (ou qui font semblant), les copains qui oublient leurs trousses, leurs stylos, leurs classeurs (ou qui font exprès ou semblant), il est bien rare que la directrice ne pique pas sa crise de nerfs avant la fin de la journée...
Cette année, elle l’a piquée avant même que les premiers élèves aient passé la porte d’entrée. Quand je suis sortie, tôt le matin, chercher le pain pour le petit déjeuner, elle poursuivait deux ouvriers qui transportaient un gros tuyau en direction de la cantine. Avec son imper bleu, ses souliers noirs et son nez pointu, elle ressemblait à une gendarmette qui court après des voleurs. Il ne lui manquait qu’un sifflet et un képi : — Hep là ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Le plus grand des deux ouvriers s’est retourné : — Ben c’est pour l’évacuation d’air de la cuisine de la cantine ! — Comment ça, l’évacuation d’air ? Vous m’aviez garanti que tout serait fini la semaine dernière... Les fours marchent, au moins ? — Ah non, les fours, ils ne marchent pas ! Pas avant demain... — Pas avant demain ! Vous plaisantez ? C’est AUJOURD’HUI, la rentrée ! Moi, à midi, j’ai deux cents enfants à faire déjeuner ! — Hé oh ! C’est pas notre faute s’il y a eu une erreur sur la commande des pièces de rechange... Mme Nervos a fixé les ouvriers avec des yeux de dompteuse de lions : — À MI-DI ! Vous m’entendez ? À MI-DI, ça doit fonctionner ! Sinon c’est vous qui vous débrouillerez pour servir un déjeuner de rechange ! Je venais à peine de verser le lait dans la casserole quand on a frappé à la porte. C’était QUI ? Mme Nervos en stress, pardi ! — Bonjour, Lison ! Ta mère est là ? Maman était en train d’habiller Alfred au premier étage. Elle est apparue en haut de l’escalier. Papa, qui venait de sortir de la salle de bains, une serviette autour de la taille, y est retourné comme s’il y avait le feu dans l’entrée. — Nicole (ma mère s’appelle Nicole), vous avez regardé vos mails ? Est-ce qu’il y a des nouvelles de la livraison des cahiers ? — Aucune nouvelle, madame la directrice ! a répondu maman d’un ton désolé. — C’est épouvantable ! a pesté Mme Nervos. Comment va-t-on les faire travailler, sans cahiers ? C’est abominable ! Elle est repartie au pas de charge. Moi, j’essayais de cacher ma joie. Pas de cahiers ? Donc pas de travail ! Pour une fois, la rentrée s’annonçait un peu moins mal que d’habitude...
Le temps que le lait soit chaud, on a encore entendu des cris. Cette fois, Mme Nervos en avait contre le nouveau surveillant, celui qui remplace Fernand Moubel. Fernand n’entendait presque plus rien. Pour nous, c’était bien pratique, mais en tant que surveillant, ça devenait gênant. En juin, il est parti se faire opérer des oreilles et il ne reviendra pas avant la fin de l’année. Le nouveau surveillant avait accroché son vélo dans la cour, à la grille qui entoure la statue de Charlemagne ( il faut que je précise que, dans notre cour, on a une statue de Charlemagne). La directrice voulait que le remplaçant de Fernand décroche son vélo et qu’il le gare dans la rue. Il n’avait pas l’air d’accord. Le ton est monté jusqu’à ce que Mme Nervos obtienne ce qu’elle voulait. Sur le pas de la porte, elle criait encore : — La cour n’est pas un garage à bicyclettes, monsieur Pomec ! Notre statue est une œuvre d’art, elle représente le plus grand empereur de tous les temps, le créateur de l’école ! Un peu de respect ! Votre vélo, vous l’accrochez à un banc, à un arbre, à un poteau, où vous voulez ! Et si ça ne vous plaît pas, vous venez à pied ! — Elle démarre fort, la mère Nervos, ce matin ! a commenté Benjamin, en attaquant sa troisième tartine. — Oui, a approuvé papa. À ce rythme-là, à la fin de la semaine, elle n’aura plus de voix ! Le jour de la rentrée, je suis toujours pressée que les copains arrivent. Après les vacances, on a tellement de choses à se raconter ! Ce matin-là, avec la bonne nouvelle des cahiers manquants, j’avais encore plus hâte que d’habitude. La tête de Jules quand j’allais lui annoncer qu’on n’avait pas de cahiers ! Jules, c’est mon meilleur copain. Il est comme moi : moins on travaille, mieux il se porte. Quand il est arrivé, tout bronzé, avec son vieux sac à dos défoncé et un ballon de foot tout neuf dans un filet, j’ai couru vers lui : — Hé ! Jules, tu sais quoi ? On peut pas travailler : y a pas de cahiers ! Jules faisait encore des bonds de joie quand Mona est arrivée. Mona, c’est ma meilleure amie. Jules ne m’a pas laissé le temps de lui annoncer la bonne nouvelle. D’ailleurs, pour elle, c’était plutôt une mauvaise nouvelle. Mona travaille bien et elle adore écrire, surtout sur les cahiers neufs... En fin de journée, la directrice a piqué sa quatrième crise, contre un petit CP qui l’appelait « mademoiselle ». Elle n’a pas de mari mais elle veut qu’on l’appelle « madame » quand même. Papa dit qu’elle est mariée avec son école. C’est vrai que si elle avait un mari, je ne sais pas
quand elle s’occuperait de lui : elle est toujours sur notre dos ! Comme si on était ses enfants, ses deux cents enfants ! Jules, lui, dit qu’elle n’a jamais trouvé de mari parce qu’elle est trop moche. C’est sûr, elle est moche mais j’en connais d’autres qui sont au moins aussi moches et qui ont quand même trouvé un mari. Comme la mère de Chloé Jambier ou celle de Charly Paratini. Et puis il y a des maris qui sont rudement moches, eux aussi ! Si vous avez déjà croisé le père de Paul Colinot ou celui de Marie Béret, vous devez voir ce que je veux dire... Mona, qui voit toujours des histoires d’amour partout, a longtemps essayé de nous faire avaler que Mme Nervos était amoureuse de Fernand Moubel, l’ancien surveillant. J’avais beau lui dire que c’était impossible vu que Mme Nervos était tout le temps en train de crier sur le pauvre Fernand, Mona me soutenait que ça n’empêche pas, et que dans AMOUR À MORT, sa série américaine préférée, Cindy et Jason n’arrêtent pas de se chamailler alors que leur amour est aussi fort que la mort... (Là-dessus, je ne peux pas discuter, notre télé était déjà cassée avant que la série commence à passer.) Quand Fernand est parti pour faire soigner ses oreilles, Mona a redémarré avec une nouvelle invention : Mme Nervos est amoureuse de M. Riquet ! C’est le directeur du collège. Tout l’opposé de notre directrice : un petit moustachu qui ressemble à un gros chat et qui sourit tout le temps. Sauf que moi qui les connais bien tous les deux, je sais que Mme Nervos est parfois moins méchante qu’elle en a l’air. Alors que M. Riquet, c’est l’inverse : il est souvent moins gentil qu’on croirait... Bref, à part cette crise « anti-mademoiselle », la journée s’est quand même bien passée. À la cantine, les ouvriers ont branché les fours juste à temps pour réchauffer le hachis Parmentier. On n’a pas beaucoup écrit, juste quelques renseignements, sur des fiches... Le mardi, les choses se sont corsées. Ce matin-là, je dormais avec Alfred (chez nous, il n’y a que trois chambres : une pour les deux parents et deux pour les trois enfants. Alors je change de chambre et de frère, selon mon humeur ou la leur...). À sept heures et quart, mon réveil a sonné. Quand j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la cour, Alfred a grogné, comme toujours. Mais ma voix a couvert la sienne : — La vache ! Charlemagne ! Mon petit frère a bondi de son lit. J’étais muette de stupeur : au milieu de la cour, Charlemagne était toujours là. Mais l’empereur avait un
short à fleurs peint par-dessus son armure ainsi qu’un nez rouge de clown. Et des inscriptions énormes, luisantes, dégoulinantes, s’étalaient tout autour de la statue : ÉCOLLE DE POURITS RALBOLE Y AN A MARE TRO ZINJUSTE — Yéou la vasse ? a demandé mon petit frère en tirant sur ma chemise de nuit. Je l’ai hissé sur un tabouret. Il a pointé Charlemagne du doigt avec un sourire extasié : — Waow, c’est Guignol ? (Comme vous avez pu le constater, mon petit frère a pas mal de problèmes avec la prononciation.) — Oui ben, Mme Nervos, elle va pas trouver ça « waow », à mon avis ! Là-dessus, Benjamin, mon grand frère, est arrivé, habillé et coiffé comme une star alors que, le mardi, il ne commence qu’à neuf heures... — Qu’est-ce qui se passe ? — Vise un peu Charlemagne ! Il a jeté un coup d’œil sur la statue, puis, du haut de sa grandeur, il a simplement lâché : — Pfff... encore une sale blague de nains... Chapitre 3 Ca-la-mi-té ! Je sentais bien que ça n’allait pas passer tout seul. Je ne me suis pas trompée... J’avais à peine fini de m’habiller qu’un cri strident a déchiré le calme du petit matin. On s’est tous précipités à la fenêtre de la salle à manger. De l’autre côté de la cour, Mme Nervos était à la sienne, tellement penchée qu’on aurait dit qu’elle allait tomber. Elle habite en haut du bâtiment principal, juste sous les toits et la grosse horloge. Elle ressemblait au coucou qui sort de la pendule du salon, sauf que là, le coucou avait une robe de chambre à fleurs et des bigoudis : — Qu’est-ce qui est arrivé à Charlemagne ? Mes parents regardaient la statue avec consternation. Papa déchiffrait les inscriptions entre ses dents.