Extrait du livre Petite histoire pour effrayer les ogres
Petite histoire pour effrayer les ogres de Pierrette Dubé et Guillaume Perreault aux éditions Les 400 coups
Petite histoire pour effrayer les ogres
Un ogre et une ogresse vivaient heureux et mangeaient beaucoup d’enfants. C’était un couple qui se complétait merveilleusement. L’ogre chassait les enfants et sa femme, qui était une fine cuisinière, les apprêtait de mille et une manières. « C’est délicieux, mon ogrillonnette adorée ! » « Merci, mon chéri. Le secret, c’est le persil. »
Un événement en apparence anodin allait toutefois chambouler leur vie. Un matin, l’ogresse aperçut un magnifique sac à main dans la vitrine d’un grand magasin. Elle allait poursuivre son chemin lorsqu’elle crut entendre une voix qui disait : « Achète-moi ! » L’ogresse ne put résister à cet appel. Elle se précipita dans le magasin et en ressortit bientôt, le sac à main au bras.
L’ogresse était très fière de son nouveau sac à main. Chaque fois qu’elle le portait, on lui en la complimentait. − Quel magnifique sac à main ! − Vous savez qu’il est en authentique peau de crocodile, répondait l’ogresse en souriant ? Si bien que l’ogresse ne s’en séparait que rarement. Elle y rangeait ces petits objets indispensables à une ogresse : les clés du garde-manger, un cure-dent géant en acier, un rouge à lèvres Rouge baiser, un joli mouchoir brodé, son porte-monnaie et sa carte de membre de l’Amicale des ogresses.
Bientôt, toutefois, l’ogresse se mit à ressentir à l’occasion une étrange impression : il lui semblait que quelqu’un la regardait fixement. Elle se retournait vivement, jetait un coup d’œil autour d’elle. Personne ! Au début, l’ogresse ne s’en inquiéta pas outre mesure, mais le problème s’aggrava avec le temps. − Vas-tu cesser de me regarder ? demandait-elle parfois avec colère à l’ogre son mari. − Je ne te regarde pas, protestait l’ogre, tu vois bien que je lis le journal.































