Extrait du livre Perce-Neige
Perce-Neige de Maria Aglikina et Emma Vakarelova aux éditions Dadoclem
Perce-neige
Lorsque les enfants sont heureux, ils sautent, ils chantent, ils courent. Lorsque les fleurs sont heureuses, elles fleurissent. Et si une fleur décide de fleurir, rien ne peut l'en empêcher. Encore moins si cette fleur est un perce-neige, dont je voudrais te raconter l'histoire. La fleur blanche passa tout l'hiver sous la neige. Quand elle sentit le souffle du printemps, elle sursauta de joie : " Je dois me dépêcher d'apporter la bonne nouvelle. Je dois annoncer que le printemps arrive. " Et de sa tige verte, elle frappa, impatiente, la terre :
" Ohé ! Laissez-moi éclore ! Le printemps arrive ! - Si tu as du temps à perdre pour fleurir, fais-le ! Mais laisse-moi en paix et ne fais pas tant de bruit. Je dors ! grogna le pourceau qui somnolait juste au-dessus du perce-neige. - Mais vous m'empêchez de sortir. Poussez-vous un tout petit peu ! - Pardon ? Pardon ? Qui doit se pousser ?! Où dois-je me pousser ?! C'est ma maison, ma magnifique porcherie, la porcherie qu'on m'a faite il y a tout juste une semaine. - Mais moi, je sors chaque année exactement à cet endroit. Mes racines
sont là, je n'en ai pas d'autres. Laissez-moi passer, je dois éclore ! Sans moi, nulle autre fleur n'oserait fleurir, nul buisson ne se couvrirait de fleurs. Sans moi, les hommes ne s'apercevraient pas que le printemps arrive. -Tu te fais des idées ! Les hommes ont des calendriers et d'après ces calendriers, le printemps est encore très loin. - Tu te trompes ! Moi, je l'ai senti, je l'ai entendu ! Il arrive ! - Alors tu n'entends pas bien. Les hommes font des calculs exacts, des observations, écrivent des
chiffres importants, regardent sous microscope... - Le printemps est encore si petit qu'il ne peut pas être vu sous microscope. Seul le coeur peut le sentir. Il n'est encore qu'un souffle. S'il te plaît, laisse-moi sortir ! - Et te laisser entrer dans ma maison ?! Non, ce n'est pas possible ! - Déplace-toi un peu, s'il te plaît ! Un tout petit peu ! reprit en ritournelle le perce-neige. -Je n'ai pas l'intention de changer de domicile. - Crois-moi, le printemps arrive ! -Je ne crois pas aux potins, et puis, le printemps ne m'intéresse pas du tout ", répondit le pourceau triomphant qui se mit à ronfler. " Que vais-je faire maintenant ? s'inquiéta le perce-neige. Au-dessus, c'est le pourceau, et je ne peux pas faire un pas de côté. Et si un jour, il trouvait
mon bulbe ? " pensait-il, horrifié. Mais le perce-neige ne pouvait pas rester longtemps plongé dans ses pensées noires. C'était une fleur blanche, et il voulait fleurir. " J'ai entendu dire que la terre est ronde comme un ballon. Si c'est vrai, alors je pourrai partir vers le bas pour sortir à l'autre bout du monde. " Le perce-neige plia ses pousses vertes et plongea vers le bas. La route semblait longue. Il descendait courageusement, se glissait avec précaution dans les tunnels de la taupe, contournait prudemment les nids de vipères endormies et allait de plus en plus bas. Alors, apparut devant lui une grande rivière. Ses eaux sombres emportaient les graines et les racines. " Où vas-tu, perce-neige ? demanda la rivière. - Je vais à l'autre bout du monde. Je veux fleurir. - Mais pourquoi aller si loin ?! - À ma place habituelle "pousse" maintenant un pourceau qui ne me laisse pas passer. - Alors, viens avec moi ! Je t'emmènerai dans un magnifique palais de marbre.























