>   Pax et Viloc
Pax et Viloc

Pax et Viloc

13-15 ans - 127 pages, 42842 mots | 5 heures 08 minutes de lecture
© Dadoclem, 2025, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Pax et Viloc

13-15 ans - 5 heures 08 minutes

Pax et Viloc

Les humains doivent quitter la Terre, devenue inhabitable. Jorel et sa famille sont parmi les derniers à partir. Ils ont le choix entre deux planètes où de nombreux humains vivent déjà: Pax ou Viloc. Sur Pax règne la paix à tout prix, la soumission et la résignation étant des garants de cette paix. Sur Viloc règne la violence garantissant la survie aux plus forts. Jorel et sa famille doivent choisir après avoir passé une semaine sur chaque planète, afin de tester ces deux modes de vie.Jorel s’insurge et de nombreux évènements qu’il devra affronter lui donneront l’occasion de nuancer la réflexion et de proposer d’autres façons d’exister.Lors de ces deux voyages, il rencontrera des amis, des ennemis, tombera follement amoureux de Darsha... Mais,surtout, il prendra conscience de l’absurdité de l’un et l’autre des systèmes et s’insurgera contre la tyrannie de son monde.

Un roman qui incite à nuancer sa pensée et à s’élever contre les diverses formes de violence.

"Pax et Viloc" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Du même éditeur :

Extrait du livre Pax et Viloc

Pax et Viloc de Yayo aux éditions Dadoclem


Ce soir, papa et maman ont tenu à regarder les informations avec nous. Ce n’est pas habituel, mais depuis que notre départ se rapproche, papa veut que chacun de nous mesure les enjeux du grand saut à venir et comprenne les options qui se présentent à nous. Il faut savoir que depuis une centaine d’années, plusieurs milliers de familles sont déjà parties vivre sur l’une ou l’autre des planètes. Régulièrement, on peut regarder des interviews dans les médias terriens et se faire sa propre opinion. « Oh, papa, ça fait quatre soirs cette semaine qu’on regarde ces émissions, et c’est toujours la même chose : chacun explique que son choix est ce qu’il y a de mieux », a gémi Yara. J’ai ajouté mon grain de sel : « C’est vrai, comme chacun vante les mérites de sa propre planète, le choix reste toujours aussi difficile à faire. – Arrêtez de vous plaindre, a coupé mon père. Je sais que vous préférez filer dans votre chambre, mais c’est un sujet important. Cela vous fera le plus grand bien d’écouter les témoignages de vos futurs voisins. – Installez-vous sur vos mousses, a ajouté ma mère. J’ai mis vos réglages préférés à chacun. » Chacun s’est allongé sur sa mousse volante et s’est laissé aller quelques secondes à ses bercements si particuliers. Le temps que papa lance l’info-hologramme, nous profitons toujours un moment de cette sensation si agréable d’être dans un cocon parfaitement chaud et doux, lorsque la mousse s’adapte à la personne qui s’assoit dessus. Papa a lancé le journal avec une pensée adressée à sa bague, et l’hologramme de Caelum Vox a jailli en une fraction de seconde, pour apparaître au milieu de notre petit salon. Le présentateur vedette portait un costume très brillant : lumières bleues sur sa chemise, rayures pailletées rouges sur le pantalon... « Regardez-moi ça, quelle classe, a dit mon frère. – Par contre, il a forcé sur le parfum », a remarqué ma mère.
Journal de Jorel. Jour 1 Samedi 14 avril 3621 Il paraît que durant des millénaires, les hommes ont regardé les étoiles simplement pour admirer leur beauté. Aujourd’hui, quand on lève les yeux au ciel, on ne voit plus qu’un gigantesque casse-tête. C’est sûr, elles sont belles ces petites lueurs. On dirait des balises de lumière qui nous guident dans la nuit, et qui tracent des chemins à suivre... Mais quel chemin choisir ? Je commence aujourd’hui à dicter mon journal intime, car j’aimerais laisser dans l’Univers Numérique une trace des expériences que je vais faire dans les semaines à venir. Si les Conseillers estiment que ça vaut le coup d’être partagé, bien sûr. Mais ce n’est pas tous les jours qu’on doit décider définitivement de ce qu’on va faire de sa vie, non ? Je m’appelle Jorel. J’ai 12 ans, et la bague qu’on m’a greffée à la naissance, reflet de la personnalité qu’on a pu lire dans mes gènes, est de couleur rouge, car je suis très caractériel. Sa
pierre est de forme ovale, car je suis créatif. Et l’anneau est en argent, symbole de l’intellect, parce que je veux toujours tout savoir sur ce qui m’entoure. Ma bague, je l’utilise au quotidien, pas seulement pour allumer les machines dont j’ai besoin, mais aussi pour enregistrer les données que je veux conserver, ou encore pour consulter un Conseiller quand j’ai soif d’informations. Évidemment, je l’utilise en ce moment-même pour lui envoyer par la pensée les mots à écrire. Alors, voilà : bientôt, il va falloir se décider. L’évacuation définitive de la planète Terre aura lieu dans quinze jours. Après ça, le cauchemar sera terminé. Terminé les masques à oxygène ! Terminé la chaleur étouffante ! Terminé les maisons minuscules sur des îles chaque jour un peu plus englouties par la mer ! C’est sûr, ce déménagement va nous faire le plus grand bien. Mais comme tous les Terriens qui quittent la planète mère, il nous reste à savoir sur quelle planète habiter... Papa et maman ne sont pas d’accord. Comme tout le monde, ils sont ravis de pouvoir repartir à zéro : il était temps de changer de vie. À force de vouloir toujours plus de confort et de richesse, on a fini par l’épuiser, notre planète. On a contaminé toute sa terre, ses plantes, son eau potable, ses animaux, et même son air, qu’on a rendu irrespirable. Plus d’échappatoire. Normal qu’on soit obligés de partir maintenant. Cette évacuation forcée, finalement, tout le monde s’en contente : c’est l’occasion de reconstruire quelque chose de mieux, de prendre un nouveau départ. Mais quel départ ? C’est bien là, le problème. Depuis plusieurs centaines d’années, les humains s’y préparent. Sans parvenir à se mettre d’accord. Deux clans se sont affrontés au début de l’exode. Alors, ils ont colonisé deux planètes. Et pour chacune d’elles, un fonctionnement bien distinct s’est mis en place. La première planète s’appelle Viloc. II y a environ quatre cents ans, c’est la frange la plus autoritaire de la société ainsi que les gradés militaires qui en ont façonné les contours. De nombreuses personnes les ont soutenus dans leur projet. Les Vilociens pensaient que la Terre nous avait punis de tout le mal que nous lui avions fait. D’après eux, nous avions trop cherché à lutter contre ce
que la Nature voulait faire de nous. Il fallait désormais la considérer comme un dieu plein de sagesse, qui nous guiderait dans chacun de nos pas. Nous sommes tous nés avec certaines capacités que nous a données la Nature : chacun a le devoir de les honorer, en laissant s’exprimer les pulsions et les instincts dont il a été doté. Mais ce dieu plein de sagesse est surtout un dieu de la violence : les Vilociens convaincus estiment ainsi qu’il faut laisser les personnes régler leurs conflits entre elles, même si elles doivent en venir aux mains. Les meilleurs gagneraient toujours, et l’humanité se porterait forcément mieux sans les bons à rien qui seraient éliminés. Plus besoin d’intervenir pour tenter de calmer les situations, comme on le fait sur Terre : selon eux, c’est la Nature qui sélectionne automatiquement ceux qu’elle veut épargner. Ils ont donc proposé une planète au système très simple : retour à la loi du plus fort. Les plus faibles, les « rebuts de l’humanité », sont « naturellement anéantis ». Les plus forts, les plus puissants, sont chargés du bon fonctionnement de la planète. Les adeptes de la planète Viloc voulaient une vie où l’autorité serait reine, où les enfants seraient dressés dès la naissance, où les malfaiteurs seraient rapidement brutalisés, où les assassins seraient exterminés. Mon père, qui aime l’ordre et la justice, voudrait qu’on devienne Vilociens. Il est persuadé que la seule solution pour obtenir ce qu’on veut, c’est de se montrer plus fort que l’autre. Sinon, on se fait écraser. Et ça, il ne peut l’accepter venant de mon frère ou de moi. Ma mère, elle, s’inquiète facilement pour nous. C’est qu’il faut être sacrément solide pour vivre là-bas. Et rien ne dit que la Nature nous a conçus suffisamment forts pour que nous fassions partie des dominants. Pour maman, il serait préférable qu’on choisisse la planète Pax qui, à l’inverse, interdit toute forme de violence. En effet, les Paxiens sont convaincus que les humains se sont montrés beaucoup trop durs envers la planète Terre et envers eux-mêmes. Les fondateurs de la planète pensaient qu’on avait trop laissé s’exprimer notre nature combative et dominatrice, et qu’on devait à tout prix apprendre à se maîtriser. Ils disaient que l’Homme est le seul à même de contrôler son tempérament, et que cela doit s’apprendre dès
le plus jeune âge. Selon eux, avoir des pulsions violentes, c’est être malade, et cette maladie doit être soignée. Cette règle s’est peu à peu renforcée au fil des générations. De nos jours, sur Pax, une personne qui se montre trop agressive ou brutale peut être envoyée directement à Lisolement. Lisolement, c’est devenu le nom de ce petit satellite naturel situé juste à côté de Pax, où les « violents » sont bannis. Il paraît que se retrouver là-bas est un vrai supplice. En fait, cet astre est complètement vide : aucune structure, aucune matière à façonner, pas de faune ni de flore... Juste du vide. Ainsi, les hommes qu’on prive de leur bague et qu’on munit de combinaisons de survie n’ont absolument rien à y faire : ils deviennent très vite complètement fous. Ils se retrouvent là, simplement à vivre ensemble, et à attendre de recevoir la nourriture envoyée régulièrement par les airs. On peut revenir sur Pax uniquement si on ne s’est pas montré violent pendant six mois... Mission quasi impossible dans ce lieu où règne la loi de la jungle. L’idée maîtresse de ce châtiment est de montrer à chacun que la violence ne résout rien, et pour cela, quoi de mieux qu’un séjour dans l’enfer de la violence. En tout cas, c’est bien cela qui nous inquiète, mon frère et moi, à l’idée d’aller vivre sur Pax : avec toutes nos disputes qui finissent en bagarres, nous passerions notre vie à Lisolement ! Alors, vous l’aurez compris, le choix est difficile. Mais nous avons quinze jours devant nous, et comme les planètes sont prêtes à recevoir tous les Terriens, nous avons décidé d’essayer chacune d’elles pendant une semaine. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas : les gouvernements de Pax et de Viloc se sont concertés et ont proposé cette solution à chaque famille terrienne. Cela nous permettra de mieux connaître chaque planète avant de nous installer définitivement sur l’une d’elles, mais ensuite, il faudra officiellement choisir. Après, il deviendra extrêmement difficile de revenir en arrière. Et quinze jours, c’est vraiment très court pour décider d’une vie. ̊• ̊• ̊ « Les enfants, venez au salon ! Ça va commencer. »
Il s’était à l’évidence aspergé de « Brise magnétique », le dernier parfum à la mode dont l’odeur suave nous a rapidement envahis. Les nouvelles en odorama n’avaient pas que des avantages. Après sa présentation sommaire des actualités, le journaliste a lancé le reportage en trois dimensions de plusieurs Terriens en train de se préparer au départ. Certains étaient déjà sûrs d’eux, et savaient parfaitement sur quelle planète ils iraient vivre. D’autres, comme nous, étaient indécis, et voulaient tester chacune d’elles avant de rendre leur verdict : une semaine sur l’une, une semaine sur l’autre. « Ça y est, les enfants, c’est l’heure des témoignages. Ouvrez vos yeux et vos oreilles, et silence ! » Comme prévu, le journaliste a annoncé la séquence suivante : les interviews croisées d’un Vilocien et d’un Paxien, choisis au hasard pour donner leur avis sur leur lieu de vie. Chaque jour, les envoyés spéciaux sur les deux planètes sont chargés de poser quatre questions identiques à un habitant de Viloc et de Pax, questions que tout Terrien connaît par cœur : « Depuis combien de temps vivez-vous ici ? Avez-vous déjà eu de graves ennuis ? Comment décririez-vous vos journées ? Êtes-vous heureux de vivre ici ? » Le témoignage du Vilocien a ouvert la séance. Un homme bien portant, d’âge moyen, légèrement grisonnant mais d’apparence très sportive : il se tenait bien droit, et on pouvait percevoir des muscles saillants sous sa chemise pendant qu’il répondait aux questions. « Je suis né sur Viloc, et j’ai 92 ans. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai eu de graves ennuis ici. C’est sûr, j’ai dû me battre parfois, mais je suis un honnête homme, et je l’ai toujours fait uniquement par nécessité. Et voyez le résultat aujourd’hui ! Tout le monde me respecte dans le quartier. J’aide mon prochain quand il est dans le besoin, mais jamais je ne laisserai quelqu’un m’écraser. Mère Nature m’a doté d’une force physique qui m’est bien utile en cas de problème... Une journée sur Viloc ? Eh bien, c’est très simple : je me lève pour aller au travail, pendant que mes enfants vont à l’école, et que ma femme se rend à son propre travail. J’ai des collègues sympathiques, qui ne viennent jamais me chercher des noises – ils auraient affaire à moi ! En bref, on me laisse tranquille. Oui, je suis très
heureux de vivre sur Viloc. Évidemment... il y a des malfaiteurs, des voyous, et même quelques criminels... Mais forcément moins que sur Pax, puisque nous, nous les supprimons. Et nous pouvons sortir de chez nous en toute sécurité, sans avoir peur de nous faire agresser à chaque coin de rue. Pour être heureux sur Viloc, il faut juste être prêt à taper du poing quand les choses ne se passent pas comme on veut. Le reste du temps, notre vie ressemble à celle que vous pouvez avoir sur Terre. » L’hologramme suivant, sur Pax, était celui d’une jeune femme d’une vingtaine d’années : « Cela fait environ quinze ans que je vis sur Pax. Non, je n’ai jamais eu de graves ennuis ! Sur Pax, on ne peut pas être ennuyé, ni ennuyer les autres : c’est interdit par la loi. Mes journées ressemblent à celles de tout étudiant : je vais en cours le matin, et je rentre chez moi le soir. Le week-end, je reste en famille... J’étudie la médecine... Il n’y a pas grand-chose à dire de plus ! Cette vie me convient parfaitement. Il ne faut pas écouter ce que disent les Vilociens : il n’y a pas tellement de malfaiteurs ici. Toute personne violente est envoyée à Lisolement, et les récidivistes sont rares. Nous sommes entre pacifistes, peu de gens cherchent les problèmes. Et si jamais on tombe sur quelqu’un qui nous met dans l’embarras, il suffit de l’ignorer ! » La séquence s’est terminée et, sans surprise, Caelum Vox a terminé le journal là-dessus. Sans demander l’avis de personne, papa a ensuite demandé à sa bague d’éteindre l’hologramme. « De toute façon, on verra bien ! a-t-il conclu comme à son habitude. Et maintenant, vous filez dans vos chambres, et vous réglez vos mousses en mode «sommeil», ce sera votre dernière nuit sur Terre. » Puis mon père nous a rappelé de vérifier que tout était prêt et bien rangé pour le grand départ le lendemain : « Je ne veux pas avoir à gérer le moindre bazar au dernier moment. Tout doit être prêt pour notre première semaine sur Viloc... » En passant devant ma porte ouverte, Yara s’est tourné vers moi. J’étais déjà allongé sur ma mousse : « Minus, je regretterai ton masque à oxygène qui te donne un air si niais. » Oui, c’était certainement la dernière fois que je mettais ce satané appareil. J’ai demandé :
« Tu crois qu’on sera enfin heureux sur l’une de ces planètes ? – Quelle question de looser ! Tu m’énerves ! De toute façon, tu feras ce qu’on te dira de faire. » Pourquoi je ne vois jamais les choses comme mon frère ? Je suis à la fois excité et anxieux : une nouvelle vie m’attend, et se jeter dans l’inconnu n’est jamais rassurant... Même si j’imagine de meilleurs jours pour mon futur, j’ai du mal à réaliser que c’est ma dernière nuit sur Terre, et que désormais, plus rien ne sera pareil. Journal de Jorel. Jour 2 Dimanche 15 avril 3621 « Jorel, tu as bien tout mis dans ton sac ? – Oui, maman. Ça fait trois fois que tu demandes... – Je te signale qu’on part pour toujours là, alors il ne faudra pas te plaindre si tu oublies quelque chose ! Tu as pensé à ta Lava ? – Oui, mais attends, je ne l’ai pas encore utilisée. Je le fais tout de suite. – Fais vite, on part dans cinq minutes ! » Je suis allé dans la chambre, et j’ai sorti ma Lava pour me laver. Il restait encore de l’eau dans le petit compartiment bleu. J’ai ajouté quelques gouttes de savon dans le compartiment vert, puis j’ai placé la petite machine cubique sur la tête, et j’ai envoyé la demande de nettoyage du corps par ma bague. Les minuscules gouttes d’eau mélangées au savon coulaient sur ma peau : ça m’a fait des chatouilles partout, et en quelques secondes, tout mon corps a été moite. Je me suis frotté, puis ma Lava a diffusé de l’eau
pure pour me rincer. J’ai été propre en un rien de temps. Même pas besoin de me sécher : le temps d’attraper mes vêtements, toute l’eau s’était déjà évaporée. « Jorel, n’oublie surtout pas d’emporter ta Lava après ta toilette. Nous ne savons pas ce que nous allons trouver sur Pax et sur Viloc. » Maman a raison : chaque Lava est fabriquée sur mesure, dès la naissance, pour une seule personne. D’ailleurs, elle se met en marche uniquement si elle reconnaît le corps pour lequel elle est programmée. Alors, il vaut mieux l’avoir toujours sur soi. Quand je pense que les gens, avant, utilisaient des « douches » ! Ça devait être très encombrant... et quel gaspillage d’eau propre ! Il en reste si peu encore utilisable. Alors que je sortais propre de la chambre, quelques secondes plus tard, mon grand frère Yara a, comme toujours, profité de la remarque de ma mère pour se moquer de moi : « T’as entendu ce qu’a dit maman, microbe, tu n’oublies pas ta Lava : on ne veut pas supporter ton odeur, sur les autres planètes ! » Je me suis retenu pour ne pas répondre physiquement à cette remarque méchante et gratuite. Mais finalement, il m’est venu à l’esprit une bonne répartie qui a pu compenser mon envie de frapper : « Moi, au moins, il me suffit de me laver pour sentir bon. Alors que toi, contre ton manque de cerveau, on ne peut rien faire : je vais devoir supporter ta débilité toute ma vie. – Stop, les garçons ! a tenté d’intervenir maman... en vain, comme toujours. – Mais c’est lui qui a commencé ! ai-je dit avec force. – J’y peux rien si tu refoules. Et cette fois, tu vas te taire, ou je t’en colle une », a conclu Yara. Maman a levé les yeux au ciel en soupirant, et a rangé les dernières affaires dans le coffre du Voatso. Elle avait décidé une fois de plus de ne pas intervenir dans nos disputes. Moi, je n’ai pas pu en rester là. Yara me met systématiquement hors de moi, depuis toujours, et je ne peux pas me contenir face à ses provocations. La bague de Yara est aussi de couleur rouge, le signe de notre même caractère colérique (c’est