Extrait du livre Où êtes-vous monsieur Degas ?
Où êtes-vous monsieur Degas ? d'Eva Montanari aux éditions L'atelier du poisson soluble
Où êtes-vous monsieur Degas ?
C'était notre dernière répétition avant le spectacle. Nous avions tellement travaillé le ballet que j’aurais pu le danser en dormant. Dans mon sac, j’avais emporté mon tutu neuf. Je mourais d’impatience de le mettre pour ma première grande soirée !
Monsieur Degas venait de quitter l’Opéra. C’était un artiste qui peignait souvent les élèves pendant les cours de danse. Je me précipitai vers son chevalet pour voir le résultat. Il m’avait peinte juste au premier plan... en train de me gratter le dos ! J’étais affreusement gênée. Je suis allée prendre mon sac pour essayer mon tutu, et quand je l’ai ouvert je suis tombée sur une grosse surprise : il était plein de tubes de peinture de monsieur Degas ! Nous avions dû nous tromper de sac.
Je me suis élancée dans la rue sous une pluie battante. Il fallait absolument que je retrouve monsieur Degas avant la représentation !
Pour m’abriter, je m’arrêtai sous le store d’un magasin. Là, j’aperçus un autre peintre. – Pardon, vous n’auriez pas vu monsieur Degas ? lui demandai-je. Il est peintre, lui aussi. – Oui, oui, je connais monsieur Degas. Mais aujourd’hui je ne l’ai pas vu, me répondit le monsieur. J’ai été très occupé à peindre cette rue, pour saisir le bref instant juste avant que la pluie s’arrête. – Il faut que je trouve monsieur Degas, tout de suite ! – Peut-être que mon ami, qui habite la chambre d’hôtel, là-haut, l’aura aperçu. Il a une vue perçante et jamais rien ne lui échappe. Il cria en direction de l’étage : – Monsieur Monet, pourriez-vous aider cette jeune ballerine ?
Monsieur Monet mit la tête à la fenêtre. – Qu’avez-vous dit, monsieur Caillebotte ? – Avez-vous vu monsieur Degas ? demanda monsieur Caillebotte. Monsieur Monet désigna un point sur sa toile. – Mais oui ! dit-il. Il est là, exactement. Je l’ai vu descendre le boulevard et je l’ai ajouté à mon tableau. Mais il n’est plus au bout de la rue, maintenant, car le temps passe. – Savez-vous où il allait ? demandai-je. – Vous devriez passer au Moulin de la Galette, me conseilla-t-il. Il y est peut-être parti déjeuner. Monsieur Monet reposa la toile sur son chevalet. – La pluie s’est arrêtée et la lumière a changé, je dois commencer un nouveau tableau ! – Merci, monsieur Monet et monsieur Caillebotte, dis-je en reprenant ma course.
























