Extrait du livre Les oreilles de monsieur Lapin
Les oreilles de monsieur Lapin de Pascal Hérault et Geneviève Desprès aux éditions Les 400 coups
Les oreilles de monsieur Lapin
Monsieur Lapin avait de magnifiques oreilles, longues, blanches et soyeuses, qu’il entretenait avec soin. Il avait gagné de nombreux concours de beauté et jouait les jolis cœurs au cinéma. Pourtant, certains le jalousaient : tout le monde n’avait pas de belles oreilles comme lui ! Un matin, sautant hors du lit, il sentit qu’il lui manquait quelque chose. Il se précipita devant le miroir de la salle de bains, et là… Horreur ! On lui avait volé ses oreilles adorées. Sur le coup, il faillit s’évanouir. Quelle image terrible lui renvoyait le miroir ! Privé de ses oreilles, monsieur Lapin ressemblait à… À quoi au juste ? Monsieur Lapin n’aurait su dire. Il n’avait jamais vu de lapin sans oreilles. Il était complètement paniqué. En revenant dans sa chambre, monsieur Lapin écrasa une paire de lunettes rouges qui traînait par terre. Tiens donc… À qui pouvaient-elles bien appartenir ? Au voleur, évidemment ! Il les avait égarées dans sa fuite. « Je vais aller au commissariat pour tirer ça au clair, se dit monsieur Lapin. Mais je ne peux pas sortir tête nue, sinon on risque de se moquer de moi ! » Il se coiffa de son casque de moto et se rendit au commissariat. À pied.
Le commissaire Mastiff était sur le point de s’endormir, quand on frappa à son bureau. — Entrez ! grogna-t-il en réfrénant un bâillement. Débordé de travail, sollicité à n’importe quelle heure, le commissaire avait beaucoup de sommeil en retard. On introduisit le visiteur. « Qui est cet hurluberlu ? se demanda le policier. Pourquoi n’enlève-t-il pas son casque ? » Monsieur Lapin souleva sa visière et se présenta. — Je ne sais par quel bout commencer, dit-il avec des sanglots dans la voix… En fait, j’habite tout près d’ici, je suis venu à pied et… — À pied ? s’étonna le policier. Alors, pourquoi portez-vous un casque de moto ? Monsieur Lapin balbutia : — Heu, justement… Il y a un rapport… — Un rapport avec quoi ? Exprimez-vous clairement. Monsieur Lapin, tout tremblant, ôta son casque et se mit à rougir jusqu’aux… non, pas jusqu’aux oreilles, puisqu’il n’en avait pas. Enfin, il devint tout rouge, ce qui est étonnant pour un lapin blanc. Le policier se frotta les yeux. Ça alors ! Privé de ses oreilles, son visiteur ressemblait à… À quoi au juste ? Le commissaire Mastiff n’avait jamais vu de lapin sans oreilles. C’était incroyable !
Retenant ses larmes, monsieur Lapin remit les lunettes rouges au commissaire. — En fait, dit le policier, vous n’êtes pas le premier à qui on a volé quelque chose… Il y a un coq à qui on a volé sa crête, un paon qui s’est retrouvé sans plumes du jour au lendemain et une chatte angora à qui on a dérobé sa superbe queue. Ces trois animaux ont tous été récompensés dans des concours de beauté. — Tout comme moi ! lâcha monsieur Lapin. Mais pourquoi ? — Le voleur aime peut-être se déguiser, suggéra le commissaire. Mais grâce à ses lunettes, on va pouvoir l’attraper !
Monsieur Lapin retourna chez lui, un peu rassuré par ces derniers mots. À peine était-il rentré que le téléphone sonna. C’était Suzy, sa fiancée, une belle lapine au poil roux. Ils avaient prévu dîner ensemble le soir même. Monsieur Lapin prétexta un empêchement, puis raccrocha, le cœur serré. Qu’allait-il devenir sans ses oreilles ? Il songea au pire : sa carrière brisée, son mariage annulé. Adieu, concours de beauté, plateaux télé, ciné et dulcinée ! Et il s’imagina tout seul, rejeté de tous et mendiant dans la rue… La cata, quoi !






























