Extrait du livre Les couleurs retrouvées
Les couleurs retrouvées de Thierry Maricourt et Tatjania Mai-Wyss aux éditions Points de suspension
Les couleurs retrouvées
Du bout de la langue, elle goûte un flocon de neige. Le froid, ce froid-là, devient la couleur blanche. Un froid vif, sévère, un froid sec peut-être. Elle dit depuis, quand elle frissonne, que le paysage est blanc : ses deux frères comprennent. Ils vont chercher un pull, le lui enfilent. Ils ont des gestes doux.
Elle raffole des tartines de beurre. Cette saveur, celle du lait, de la crème et du fromage, c’est pour elle toute la gamme de la couleur jaune. La chaleur du soleil est une caresse de miel et pour elle, le miel est le beurre des abeilles et le soleil une immense et lointaine ruche.
Le soleil est jaune, d’un autre jaune que celui de la tulipe ou du souci : elle a déjà mâchonné les pétales de ces fleurs, elle n’aime pas. C’est trop amer. Le jaune peut donc être amer aussi. Elle sait qu’elle doit s’en méfier.
Ses frères lui glissent un carré de chocolat entre les lèvres. Elle sourit. La couleur noire, pour elle, c’est le chocolat. Elle en réclame encore. Le chocolat, c’est amer ou sucré, c’est une couleur franche, sans arrière goût, sans mauvaise surprise. A part peut-être les crises de foie, quand elle en croque trop, mais elle fait attention. Elle n’est pas tellement gourmande.

























