>   Les Atlantes, L'éveil T1
Les Atlantes, L'éveil T1

Les Atlantes, L'éveil T1

13-18 ans - 151 pages, 44154 mots | 5 heures 17 minutes de lecture
© ZTL-ZéTooLu, 2023, pour la 1ère édition - tous droits réservés

Les Atlantes, L'éveil T1

13-18 ans - 5 heures 17 minutes

Les Atlantes, L'éveil T1

Shilo 17ans mène une vie tranquille entre ses amis, le lycée et sa passion pour la gymnastique. Lorsqu’elle croise le chemin de Maëldan, elle est loin d’imaginer ce qui l’attend. Au-delà d’être charmant, le jeune homme est un Atlante...

Le secret sur la naissance de Shilo, ses visions, son rapprochement avec Maëldan : tout cela semble être au coeur d’une ancestrale prophétie de l’Atlantide...

"Les Atlantes, L'éveil T1" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.

Extrait du livre Les Atlantes, L'éveil T1

Les Atlantes, L'éveil (Tome 1) écrit par Alexine Aux éditions ZTL-ZéTooLu


Prologue Longtemps le monde a cru que l’Atlantide avait été ensevelie, dévastée par la colère des dieux. Cette cité à la technologie surdéveloppée abritant des hommes aux pouvoirs phénoménaux aurait été engloutie par les eaux. Il se dit encore que chaque Atlante maîtrisait un des quatre éléments que sont l’eau, l’air, le feu et la terre. Pendant quelques années, ils eurent aussi en leur sein des Sibylles et des Éveillés. Les premiers pouvaient prédire le futur et parfois même voyager dans le temps et l’espace. Les seconds possédaient la faculté de communiquer avec leurs ancêtres ; c’est d’ailleurs grâce à eux que le royaume de l’Atlantide a été sauvé. Il était même possible de combiner les deux pouvoirs et d’être alors ce que l’on appelle un Multi. Malheureusement, ces deux pouvoirs exceptionnels ont disparu depuis plusieurs siècles. Devant l’impossibilité à prédire l’avenir, un Grand Conseil a été créé pour diriger le peuple atlante
et éviter l’anarchie au sein de cette communauté, dotée d’un don pour la magie et d’un goût prononcé pour la technologie. On pourrait penser que cette civilisation, qui s’est crue plus forte que les dieux, a commis une erreur qui l’a conduite à être bannie par les divinités. Pourtant, j’ai un secret à vous révéler. L’Atlantide est toujours là… Et mieux encore, les Atlantes vivent parmi nous. Chapitre 1 Maëldan Enfin le week-end ! Pouvoir profiter du grand air sans ce dôme au-dessus de ma tête est une vraie bénédiction. Dans ces rues dans lesquelles je m’aventure finalement peu souvent, tout me paraît à la fois étrange et familier. Les gens que nous croisons sont tous absorbés par leur téléphone et ne nous prêtent pas la moindre attention. Je profite du début du printemps pour flâner dans les rues de la ville avec mes potes. Devoir se cacher comme si nous étions des monstres commence à me peser. J’aurai bientôt dix-neuf ans et vivre en ermite n’est vraiment pas mon truc. Alors à l’instar de mes amis, je savoure les deux jours que nous octroie l’école des Maîtres et je me ressource à la surface.
Bien que techniquement nous habitions sur Terre, les paysages qui s’offrent à nous sont bien différents de ceux auxquels nous sommes habitués. Chez nous, le bleu du ciel est remplacé par celui de l’océan, rempli de poissons. Non, je ne divague pas : mes compagnons et moi sommes des Atlantes. Notre existence même est source de très nombreux mythes et légendes, propos qui nous font bien rire. Si vous, les humains, saviez que nous sommes là parmi vous, un peu partout, je suis persuadé que vous prendriez peur. Quand vous nous croisez, vous ne pouvez pas deviner que nous sommes différents. Nous ne sommes pas repoussants et n’avons pas la peau bleue et couverte d’écailles comme certaines peintures nous ont dépeints. Nous ressemblons au commun des mortels et sommes pacifistes. Mais pour autant, une chose nous différencie des humains : nous sommes dotés d’un don, celui de pouvoir contrôler la nature. C’est ce qui nous rendrait si inquiétants à vos yeux. Chacun de nous possède un pouvoir lié à un élément. Nous avons tous des aptitudes différentes et notre degré de maîtrise varie d’une personne à une autre. Certains ne peuvent utiliser leur élément que lorsque celui-ci est présent autour d’eux, d’autres l’invoquent sans avoir besoin de ce soutien. Dans tous les cas, chaque Atlante doit passer par l’enseignement des Maîtres. C’est en quelque sorte une école pour magiciens de la nature. Les plus chanceux d’entre nous pourront un jour sortir de cette bulle pour vivre au grand air parmi les humains.Notre gouvernement est propriétaire de quelques entreprises spécifiques employant exclusivement des Atlantes, afin de faire rentrer un peu d’argent dans les caisses de notre communauté. Ce que l’on nomme l’Atlantide ne se résume pas uniquement à cette île sous-marine située dans l’océan Atlantique. Nous nous cachons également dans ce que les hommes appellent le triangle des Bermudes et d’autres lieux mythiques. Nous sommes disséminés un peu partout sur la planète, parfois dans les grandes villes. Grâce à notre technologie, nous vous faisons croire qu’il s’agit d’un espace inhabité. Nos dômes sont équipés d’un champ de force empêchant les intrusions : si vous vous approchez d’un peu trop près, vous aurez l’impression d’être perdu et opérerez un demi-tour automatiquement, sans vous poser de question. Comme à chaque fois que nous pouvons profiter du soleil, nous faisons les fous. Au revoir l’adulte en
devenir, futur maître des éléments, bonjour le retour en adolescence. Nous chahutons près d’une fontaine. Avel dirige la brise vers les jupes des filles qui se soulèvent légèrement et cela nous fait rire comme des gamins. Si le Grand Conseil nous voyait, je pense que nous nous ferions remonter les bretelles. Plus que quelques heures avant de devoir rentrer. Ce soir, nous devons célébrer la lune rose et son alignement planétaire, ce qui signifie qu’aucun retard ne sera autorisé. Je trouve ce genre d’événement parfaitement archaïque, mais d’après ma mère, les traditions doivent être respectées. Afin d’éviter de nous mettre à dos le Grand Conseil, nous décidons de prendre un dernier verre en terrasse. Oui, nous vivons très mal d’être enfermés, aussi traînons-nous toujours au maximum avant notre couvre-feu. Nous nous dirigeons vers un café tout en nous taquinant lorsque Avel me pousse un peu plus violemment. Je percute alors une jeune fille qui arrive en face de nous et limite un peu la collision, frôlant son bras nu. Une décharge électrique me traverse. Je me sens comme expulsé de mon corps. Je me vois entouré de garçons plus âgés que moi, j’ai peur. Ils s’approchent, je sens qu’ils vont me faire du mal. J’observe autour de moi, mais personne ne me remarque dans cette ruelle ! Je regarde mes pieds, mes bottines ne sont pas du tout adaptées pour la course. Ma crainte s’est transformée en panique. J’ouvre les paupières, mes amis me fixent d’un regard intrigué. Que vient-il de se passer ? J’examine ce qui m’entoure pour constater que je ne suis plus dans ce passage sombre où j’avais été transporté en un éclair. Je baisse machinalement les yeux vers mes chaussures. Des baskets ! Je redresse la tête, un brin perdu. J’aperçois alors un peu plus loin la jeune fille que j’ai frôlée. Elle s’éloigne de moi et tout ce que je vois, ce sont ses longs cheveux bruns virevoltant au gré du vent. Une immense chaleur se propage alors dans mon cœur. Un nouveau souffle, l’impression de respirer pour la première fois. Je la scrute de la tête aux pieds et découvre alors ses bottines. Je les reconnais tout de suite. J’hallucine : ce n’est pas possible, je ne peux pas avoir eu de vision ! Ce don, que certains Atlantes avaient jadis, a disparu il y
a plusieurs centaines d’années, en même temps que la capacité à faire des sauts dans le temps. Depuis lors, il n’y a plus parmi nous ni Éveillés, pour voir et entendre les âmes, ni Multis, qui maîtriseraient plusieurs pouvoirs à la fois ! Je suis tiré de ma torpeur par une voix railleuse. — Hé mec, t’as vu un fantôme ? Tu t’es pris pour un Éveillé ? — Arrête de dire des conneries Avel, se moque Adam. Moi, je pense plutôt qu’il mate la jolie brune. Je ne résiste pas à l’envie de tourner de nouveau la tête pour apercevoir la jeune fille. Malheureusement, elle est déjà partie. Sans dire un mot, je mets une tape sur le haut du crâne de mes copains avant de continuer notre chemin. Jamais je ne leur raconterai ce qui vient de se passer. Chapitre 2 Shilo Je suis en retard, pour ne pas changer, me dirait Lexie, mais ce n’est jamais de ma faute. Là, par exemple, mon frère devait me déposer mais il a eu un empêchement. Comme j’avais tout juste assez d’argent de poche pour le cinéma et mon pop-corn, il ne me reste qu’à me rendre au cinéma à pied. J’aime les week-ends quand le soleil est au rendez-vous, je peux flâner le long des plages de Vendée… Mais aujourd’hui je n’ai pas le temps de contempler ce qui m’entoure. J’avance d’un pas énergique pour rejoindre mes amis ; si je ne me presse pas, ils vont finir par choisir le film sans moi. Aujourd’hui, le cinéma a organisé un évènement spécial pour célébrer la lune rose du printemps. Il s’agit d’un élément cosmique qui
arrive une fois par an : ce jour-là, la lune est pleine et plus proche de la Terre qu’aucun autre jour dans l’année ; elle est alors plus grosse et, éclairée par le Soleil, elle peut prendre une teinte orange ou rose. Cette année, cette disposition céleste est exceptionnelle : un phénomène rarissime qui n’arrive qu’une fois tous les cinq cents ans. Pour l’occasion, toutes les projections de la soirée auront pour fil rouge les êtres surnaturels et le paranormal. Si j’apprécie tout particulièrement les films d’épouvante, j’avoue que les films de superhéros, eux, me sortent par les yeux. Ce n’est en revanche pas le cas de mes amis qui opteront pour une superproduction si je ne suis pas là pour les faire changer d’avis ! J’ai intérêt à accélérer la cadence, comme me le confirme ma montre que je consulte frénétiquement. J’entends à peine un groupe de jeunes qui chahutent lorsqu’en arrivant à leur hauteur, je frôle l’un d’eux qui perd l’équilibre. Sans réfléchir, je fais une embardée de côté pour l’éviter. Au moment où nos bras nus entrent en contact, une décharge électrique me parcourt le corps ; je ressens une immense chaleur dans mon cœur. Waouh, ça, c’est de l’électricité statique ! Une espèce de bourdonnement me poursuit jusqu’à mon arrivée devant le cinéma. Faisant abstraction de cet incident, je suis fière de moi : j’ai réussi à rejoindre Lexie, Fabian et Donovan juste à temps. — Encore en retard, se moque Lexie. — Non, le film n’est même pas commencé, rétorqué-je triomphalement. — Allez viens, dit Fabian en me prenant par les épaules, t’es quand même arrivée trop tard pour choisir le film ! — Ouais, ajoute Donovan, ce sera donc un film de super-héros. Je ne peux pas m’empêcher de râler. — Oh non, encore un truc avec une nana ou un mec débile qui découvre qu’il a des superpouvoirs. — Je suis sûr que tu vas adorer, raille Fabian. D’ailleurs, file-moi la monnaie, j’ai avancé l’argent pour ta place. Résultat : je n’ai plus de liquide pour les friandises. Nous rejoignons la file d’attente pour acheter du pop-corn pour moi et du chocolat pour le reste du groupe. Une fois nos ravitaillements entre les mains, nous nous installons dans la salle obscure.
Le film est comme je m’y attendais : un adolescent à l’acné prononcée découvre qu’il peut voler les âmes de personnes rien qu’en les embrassant. Cela fait mauvais effet dans le lycée quand, grâce à ses pouvoirs, le héros boutonneux se transforme par miracle en jeune homme canon. Rassurez-vous, il finit quand même par avoir LA fille. En nous séparant après la séance, je suis encore en retard pour rentrer chez moi. Sur le chemin du retour, j’ai un peu flâné. Les beaux jours ont été longs à arriver et le soleil couchant est tellement agréable à regarder que j’ai pris mon temps. Trop apparemment. Je sais que mes amis ne m’en veulent jamais, mais ce n’est pas aussi simple avec mes parents. Pour éviter de me faire réprimander ou être privée de sortie, j’ai plutôt intérêt à me dépêcher. J’ai beau avoir dix-sept ans, et même bientôt dix-huit, ils me considèrent toujours comme un bébé. Pour eux, « tant que tu vis sous notre toit, tu dois obéir à nos règles. Quand tu seras majeure et chez toi… » Bla-bla-bla, j’imagine déjà le sermon que je vais avoir en franchissant la porte si je n’accélère pas. C’est donc d’un pas déterminé que je coupe par une ruelle déserte afin de gagner quelques précieuses minutes sur mon trajet. Arrivée à la moitié du chemin, je me sens observée. Sur les murs de cette petite rue étroite, des ombres se dessinent et donnent une ambiance angoissante. Un frisson me gagne en repensant à un passage similaire du film que je viens de voir. Je m’encourage mentalement : Shilo, reste concentrée et avance. Un craquement me fait sursauter. Mon instinct me dit de courir. Ma curiosité, elle, me fait tourner légèrement le visage. J’aperçois une bande de trois garçons. Ils ont l’air plus âgés que moi. Les mains dans les poches, des casquettes sur la tête, ils ne m’inspirent aucune confiance. Je continue à presser l’allure, tout en me retournant régulièrement pour les observer. Quand je comprends qu’ils allongent le pas à leur tour, mon cœur rate un battement. Je me retourne de nouveau et le plus grand siffle, déclenchant un bruit sourd derrière moi. Trois autres jeunes viennent d’apparaître de nulle part. Ils sont six maintenant. Je suis seule, et pour la première fois de ma vie, j’envie l’adolescent boutonneux du film. Lui au moins aurait un pouvoir pour s’en sortir. Je suis encerclée. Je commence à avoir peur. Leurs regards menaçants me confirment que je suis bien leur cible. Ils s’approchent en ricanant. Je me sens comme
une proie face à des chasseurs. Il faut que je trouve de l’aide et vite. Tentant de garder mon calme, j’observe autour de moi : personne. Coincée en plein milieu de la ruelle, je suis trop éloignée pour rejoindre la route principale rapidement. Je suis très inquiète. Ça ne peut pas m’arriver à moi ! Je regrette de ne pas avoir préféré faire le grand tour. Mes parents m’en auraient voulu et j’aurais été bonne pour un sermon mais au moins, je ne serais pas dans cette situation. Je dois m’enfuir. Je regarde mes pieds et note que mes bottines ne sont pas du tout adaptées pour courir sur les pavés. Rien qu’en marchant, je me tords régulièrement les chevilles à cause de leurs talons. Courir n’est donc pas une option, le risque de me casser la figure est beaucoup trop important. Je suis à présent entièrement bloquée par ces jeunes qui font tous une bonne tête de plus que moi. Je ne suis pas spécialement grande avec mon mètre cinquante-huit, et ils doivent me dépasser d’au moins vingt centimètres. Mon cœur s’affole dans ma cage thoracique, je sens la panique m’envahir. Je suis maintenant complètement piégée, sans idée pour m’en sortir. Ma respiration devient hachée et difficile. Il faut que je crie, c’est mon unique chance. Je m’apprête à hurler, quitte à me casser la voix, quand le gars le plus proche de moi, celui qui a sifflé, ouvre la bouche. — Alors ma jolie, tu traînes seule ? me demande-t-il. — Elle veut peut-être de la compagnie ? ajoute un blond. Je dois saisir ma chance, les faire parler afin qu’ils me laissent partir. À défaut de me sortir d’affaire, cela me permettra de gagner du temps pour que quelqu’un nous remarque. Je m’éclaircis la gorge et m’efforce de répondre d’une voix qui se veut assurée. — Non, je ne cherche pas les ennuis, laissez-moi passer, lancé-je tout en reculant. — On ne te fera pas de mal, enfin sauf si tu résistes, rigole le premier. Je panique ! Je tente de retenir mes larmes tandis que mon cœur bat frénétiquement dans ma poitrine. Mes mains tremblent lorsque soudain, une rafale de vent s’engouffre dans la ruelle. Le souffle s’amasse et forme un rouleau : on dirait qu’une mini-tornade se forme
juste à l’entrée de l’impasse. Une seconde bourrasque plus intense soulève mes cheveux alors qu’un dernier tourbillon se constitue à la sortie de la ruelle. Ce phénomène est impressionnant ! Les tubes montent haut et se rapprochent de nous en l’espace de quelques secondes. Le groupe de mecs recule légèrement, ils ne sont pas sûrs de la direction à prendre pour échapper au vent violent. Je remarque alors qu’un autre groupe d’ados arrive. Ils sont trois et observent la scène avec intérêt. Une chaleur envahit mon cœur à leur approche, très différente de la sensation de froid qui me figeait sur place quelques instants plus tôt. Eux ne me font pas peur. J’ai l’impression qu’ils ne me feront pas de mal. C’est une sensation étrange, mais je n’ai ni l’envie ni le temps de réfléchir à ce qu’elle signifie. Seule avec neuf garçons autour de moi, ma priorité est de m’enfuir. Un quatrième cyclone se forme alors juste à côté de moi. Je hurle d’effroi. Je dois être l’héroïne d’un film d’horreur, ce n’est pas possible autrement. Chapitre 3 Maëldan Alors que nous avançons pour regagner l’Atlantide, et ce largement dans les temps, la même chaleur que celle ressentie plus tôt dans la journée se matérialise. Mon attention est attirée par un groupe de jeunes qui semblent s’en prendre à quelqu’un. Cette scène me paraît familière. — Hé, ce n’est pas ta petite brune de tout à l’heure ? demande Avel en entrant dans l’allée sombre. — On dirait qu’elle a des ennuis, ajoute Adam. Mon cœur accélère sans que j’en comprenne la raison. Une rafale venue de nulle part s’engouffre dans la ruelle, suivie de plusieurs mini-tornades.
— Avel, arrête de jouer avec le vent, sermonné-je. Tu sais qu’on n’a pas le droit d’interférer de cette façon. Tu vas finir par nous attirer des ennuis. — C’est pas moi, rétorque mon ami. Je me tourne alors vers lui. — Comment ça, ce n’est pas toi ? Tu te fous de nous ? Il y a au moins trois tornades dans la ruelle ! Je sais que nous sommes moins surveillés à la surface, mais nous ne sommes pas censés utiliser nos pouvoirs, lui rappelé-je. — Je ne suis pas aveugle, Maëldan, je les vois aussi. Mais je t’assure que je n’y suis pour rien. — Si ce n’est pas Avel, nous interrompt Adam, c’est lequel de ceux-là ? Maintenant sur nos gardes, nous progressons plus rapidement dans l’allée. Je n’identifie aucun de nos semblables. Le vent qui s’intensifie encore finit par faire fuir le groupe d’ados, à moins que ce ne soit notre arrivée. J’avance en tête en direction de la jeune fille de tout à l’heure. Je la reconnais, ses bottines, sa petite robe printanière, ses longs cheveux bruns. En arrivant à son niveau, je constate que sa chevelure a de jolis reflets dorés. Elle est recroquevillée contre un mur, les yeux fermés. La voir dans cet état me fait mal. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de la rassurer, ce qui est parfaitement idiot puisque je ne la connais même pas ! Pourtant, c’est plus fort que moi. Je ne veux pas qu’un autre que moi l’approche, alors je lutte contre le vent pour l’atteindre. — Hé ! Tu vas bien ? Ils sont partis maintenant, calme-toi. Elle ouvre les yeux, ses iris d’un bleu océan m’interpellent. Ils sont presque translucides. Quand son regard accroche le mien, elle s’apaise et je jurerais que mon palpitant vient de louper un battement. Les bourrasques sont toujours présentes mais donnent des signes de faiblesse. Je m’avance pour l’aider à se lever, mais elle se redresse seule et disparaît sans prononcer un mot. Je m’apprête à la rattraper lorsque Avel me retient par le bras. — Laisse-la, je pense qu’elle a eu la peur de sa vie. — Vous savez qui est cette fille ? demandé-je.