Extrait du livre Le miracle des pépins
Le miracle des pépins de Chloé Sissa aux éditions du Ricochet
Le miracle des pépins
À Graine-au-Vent résidait un vieux monsieur du nom de Bonbouture : il était le gardien de la forêt. Du haut de ses cent quarante-deux ans, il veillait sur le sous-bois, préservait les plantes et les arbrisseaux des maladies. Ce savoir-faire se transmettait de génération en génération et, bientôt, sa petite-fille Noisette en hériterait. Il n’existait pas d’enfant plus fière de son devoir que Noisette. Elle accompagnait son grand-père dans ses longues marches, et connaissait la vallée comme sa poche. Son grand-père lui enseignait les ficelles du métier, sachant qu’un jour, Noisette suivrait sa trace. Tous deux habitaient une maison adossée à leur pépinière, perchée sur le flanc ouest du grand Maroubier. Là, sous une verrière, s’empilaient des dizaines de pots en terre cuite dans lesquels Monsieur Bonbouture tentait de faire germer des graines de Maroubier. Il rêvait de voir la vallée tout entière couverte de ces arbres majestueux.
L’une des tâches de Noisette était de collecter ces graines dorées. Les fruits étaient d’abord ramassés par les cueilleurs du village. Un panier d’osier sur la tête, ils partaient dans les hauteurs à la recherche des maroubes arrivées à maturité. Avec son amie Myrtille, Noisette adorait les accompagner, elles crapahutaient entre les branches et les rameaux fleuris jusqu’à ce que le crépuscule gagne la canopée. Les cueilleurs redescendaient par les nombreuses passerelles. Dans une ambiance de fête, ils chantaient et bavardaient, les corbeilles remplies. Leurs lampions faisaient danser des lueurs dans la nuit, si bien que, depuis la plaine, on aurait dit une nuée de lucioles. C’était le moment préféré de Noisette.
À leur retour, les paniers de fruits étaient distribués à travers le bourg, comme à la fabrique de confiture. De la grande bâtisse de bois s’élevait une délicieuse odeur sucrée. Lorsque les feux étaient allumés sous les marmites, les enfants, accoudés aux fenêtres, regardaient la marmelade bouillonner, les yeux brillants de gourmandise. Les récoltes profitaient à tous les villageois : les uns en tiraient de bonnes tartes parfumées, et les autres partaient vendre les fruits dans le vallon, commerçant avec les bourgs voisins. Des charrettes remplies de marchandises quittaient Graine-au-Vent, et s’éloignaient sur les chemins terreux. Noisette trottait alors gaiement le long des ruelles, en quête de jolis pépins. Elle allait d’un établissement à l’autre : ici, chez Madame Sucretout la confiturière ; là-bas, dans la boulangerie de Monsieur Croustibeurre, où elle en dénichait quelques-uns entre les sacs de farine et les pâtisseries tout juste sorties du four. Les graines s’entassaient dans sa besace, jusqu’à la faire déborder. À la fin de la journée, elle courait rejoindre son grand-père et lui confiait ses petits trésors pour les semences.
Chapitre 1 Le hameau de Graine-au-Vent Il y a bien longtemps, un arbre gigantesque poussa miraculeusement dans un recoin oublié de la forêt. À l’ombre de ses larges feuilles et dans les cavités de son tronc, un essaim d’abeilles fit son nid. Une merveilleuse force semblait couler dans sa sève et se propager jusque dans ses somptueuses fleurs jaunes. Les abeilles se nourrissaient du nectar prodigieux, au point de grandir démesurément et de voir leur pelage s’illuminer comme de petits soleils. Au pied de l’arbre, des humains bâtirent un petit hameau nommé Graine-au-Vent, dont les chaumières biscornues semblaient escalader ses racines. Les villageois y prospéraient grâce à la cueillette de leurs fruits. Dans leurs cœurs grandit un amour profond pour ce géant auquel ils donnèrent le nom de Maroubier. Les Maroubiers, les abeilles et les humains vivaient en harmonie. Ces derniers respectaient ces insectes fabuleux, installés dans l’arbre bien avant eux. Le simple fait de les apercevoir était synonyme de bonne fortune.
Malgré des générations de gardiens de la forêt, le secret de la pousse des pépins demeurait un mystère, aussi dur à percer que leur coque à la couleur d’or. Seuls trois autres Maroubiers avaient grandi autour de l’arbre-mère. Dans son enfance, Noisette avait eu la chance d’assister à l’éclosion d’une de ces graines. Ce fut un grand jour, et Graine-au-Vent avait longtemps célébré le miracle. Avec son grand-père, elle était allée repiquer le jeune bulbe non loin du hameau. De ses mains brunies et abîmées, il lui avait remis le minuscule Maroubier, qu’elle avait déposé dans le sol meuble et humide. — Tu vois, Noisette, mon petit écureuil, les abeilles, comme notre village, sont liés au destin des Maroubiers. Chaque jour plus nombreuses, elles ont besoin de fleurs à butiner pour leur miel, et de ruches où loger. Notre rôle, à toi et moi, est d’aider la forêt. Depuis, touchée par ces mots, Noisette ne cessait de penser au mystère des pépins.























