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La légende de Sigrid

La légende de Sigrid

9-12 ans - 81 pages, 25763 mots | 3 heures 06 minutes de lecture
© Talents hauts, 2024, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La légende de Sigrid

9-12 ans - 3 heures 06 minutes

La légende de Sigrid

Province de Scanie, Royaume du Danemark.

Sigrid, 12 ans, est la fille du jarl, le grand chef du village. Malgré les grincements de dents des villageois les plus traditionnels, elle se prépare à accomplir son destin : prendre la suite de son père et devenir la première jarl féminine.

C’est sans compter sur la terrible malédiction qui s’est abattue sur son village. Depuis plusieurs semaines, les pêcheurs reviennent bredouilles… plus un seul poisson ! Le thing se réunit, et la sentence tombe : pour sauver le village, il faut sacrifier le jarl aux dieux, et priver Sigrid de sa succession.

Sigrid défie le destin. Elle va faire revenir le poisson et sauver son père et son village. Aidée de son ami Kjari, elle devra vaincre un dangereux kraken, au nez et à la barbe des dieux.


"La légende de Sigrid" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
Du même éditeur :

Extrait du livre La légende de Sigrid

La légende de Sigrid de Julie Steis aux édditions Talents hauts


La légende de Sigrid
1 – Qu’est-ce que j’ai dit ? Sigrid saisit Balder par le col de sa tunique. – Faut pas embêter Kjari ! Jamais ! répéta le garçon, en ouvrant des yeux ridiculement ronds. – Alors pourquoi tu l’as frappé ? reprit la jeune fille, en le secouant si rudement qu’il faillit s’étaler. – Mais c’est lui qui a commencé ! – C’est vrai, Sigrid, avança l’un des enfants qui les encerclaient. Il a dit un truc, ça ressemblait à une malédiction ! Sigrid Thorgeisdottir balaya la petite assemblée du regard, comme si elle cherchait à écraser les enfants sous le poids de sa colère. Elle s’arrêta sur le dénommé Kjari qui, assis sur les fesses, massait son dos endolori par sa chute contre les pierres de la lande. Le poing de Balder avait marqué sa fine mâchoire d’une belle empreinte rouge. Il soutint le regard de Sigrid de ses yeux d’eau claire, impassible. Au moins, il avait eu
la décence d’effacer ce petit sourire qui faisait tant perdre patience à son entourage. La vieille Olga avait recueilli Kjari enfant au bord de la rivière, ravie d’avoir enfin quelqu’un à sa disposition pour couper son bois et porter son eau. Elle était bien la seule à lui vouer une certaine affection. Comme le reste du village, Sigrid, elle, trouvait sa silhouette un peu trop frêle pour ses treize ans et ses chansons, sibyllines, un peu trop étranges. Tout en lui était un peu trop différent, en vérité : son regard glauque, son teint olivâtre, jusqu’à sa manière de parler, comme s’il goûtait chaque mot avant de le prononcer. La seule chose qui lui valait une relative tolérance, c’étaient les histoires captivantes qu’il racontait. Nul ne savait d’où il les tenait, lui, le fils de personne. Mais Sigrid devait admettre, au fond d’elle, qu’il donnait bien envie de devenir l’héroïne ou le héros de ses contes épiques. En revanche, dès qu’il commençait à évoquer ses rêves, on se détournait de lui en criant au fou. – Vous êtes des crétins superstitieux ! s’exclama Sigrid en secouant encore Balder. Kjari vous taquine, il vous mène par le bout du nez, et vous vous laissez avoir à chaque fois ! Les enfants baissèrent les yeux. Il faut dire que Sigrid était plutôt impressionnante quand elle se fâchait : ses prunelles devenaient deux couteaux aiguisés, sa voix grondait comme un orage. Alors les garçons taisaient les trémolos instables de leur voix en pleine mue, les filles noyaient leur rire de flûte, et tous présentaient à Sigrid Thorgeisdottir un visage respectueux, parfois même apeuré. Dans leurs jeux, elle était architecte des cabanes, capitaine des langskips (1), cheffe des armées, reine de la plaine, dame de la lande, gouvernante de la plage, et juge des mille et un conflits qu’ils cachaient aux adultes. Sigrid ne lâcha Balder que lorsque celui-ci baissa les yeux à son tour. – Allez jouer ailleurs ! siffla-t-elle avec superbe. Peut-être que je vous rejoindrai plus tard, quand je ne serai plus en colère. – Mais à cette heure-ci, t’es pas censée… commença Balder. – Toi, on t’a rien demandé ! rugit-elle en faisant mine de le saisir à nouveau, ce qui eut pour effet de faire détaler toute la bande, Balder compris. 1. Navires de guerre scandinaves, au Moyen Âge.
Elle soupira : il fallait encore s’occuper de cette andouille de Kjari. Mais quand elle se retourna, il avait disparu. Elle balaya la lande du regard, sans grand espoir de l’apercevoir. En contrebas se serraient les bicoques allongées du village, emmitouflées dans une couverture d’herbe rase qui recouvrait les toits bas et pentus. Çà et là affleuraient de gros chicots de pierre vérolés d’un lichen rugueux. Sur cette côte méridionale de la Scanie (2), c’était la roche qui dominait et les anciens disaient qu’il était plus facile d’y faire pousser les cailloux que les navets. Par endroits, la lande pierreuse et escarpée pouvait laisser place à une minuscule plaine verte et douce, mais de longues langues de roche, grises et ridées, rejaillissaient bientôt et couraient jusqu’à la mer. Si on comptait bien quelques petites fermes isolées à l’intérieur des terres, c’était surtout de la mer que le village tirait sa subsistance. Sigrid se lassa vite de sa contemplation et reprit son chemin interrompu plus tôt, quand elle avait vu Balder frapper Kjari en haut de la colline. L’autre versant de la lande, justement, menait droit à la forêt. 2. Extrémité sud de la Suède, appartenant au Moyen Âge au royaume du Danemark. Lorsqu’on lui demandait comment elle s’appelait, Sigrid répondait avec assurance : Sigrid Thorgeisdottir, fille de Thorgeir, bien que l’usage exigeât qu’elle donne plutôt le nom de sa mère. Mais sa mère, Sigrid ne l’avait pas connue. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est qu’elle tenait de son père son abondante chevelure rousse, sa grande taille, ses épaules carrées et sa voix d’orage. Alors, pour elle, c’était l’évidence même : elle était Sigrid, fille de Thorgeir. Son père, résolu ni à se remarier ni à faire le deuil, à la fois de sa défunte épouse et du fils qui ne naîtrait jamais, avait collé une lance dans les mains de sa fille dès sa plus tendre enfance, ignorant superbement la réprobation de son entourage. La vieille Olga, bien moins ridée à l’époque, avait fait taire les matrones. Le prêtre, quant à lui, avait interrogé les dieux qui n’avaient pas semblé s’y opposer. Pour Sigrid, son destin ne faisait aucun doute : si une fille devait devenir jarl pour la première fois en cette partie reculée du royaume du Danemark, ce serait elle ! À la lisière de la forêt, Sigrid retrouva sans peine le petit ruisseau qui lui servait de repère et le remonta jusqu’à une minuscule clairière connue d’elle seule.
C’était là, au milieu des hêtres, des chênes et des bouleaux silencieux qu’elle s’entraînait. D’un tronc creux, elle sortit son épieu, soigneusement enveloppé dans un linge et le fit tourner entre ses mains d’un mouvement souple. Puis, en guise de cible, elle noua une large bande d’étoffe brunâtre autour d’un arbre. Elle avait à peine eu le temps de s’échauffer qu’un craquement sonore lui fit faire volte-face. Vive, elle lança son épieu, qui alla se ficher au pied du buisson suspect. Kjari en jaillit aussitôt : – Hé ! Je ne suis pas un sanglier ! protesta-t-il. – Non, une fouine, plutôt, toujours à fureter ! Qu’est-ce que tu fais là ? répliqua-t-elle. – Décidément, j’ai droit à bien des noms, aujourd’hui, soupira-t-il. Le large bleu qui avait fleuri sur sa joue prenait une vilaine teinte violacée le long de sa mâchoire. – Si seulement tu arrêtais de chercher des noises à Balder… – C’est lui qui a ouvert les hostilités… Gueule de poisson, qu’il m’a appelé ! Mais quand il a peur, avec sa grande bouche ouverte, ses yeux ronds et ses trois poils au menton, c’est lui qui ressemble à un barbeau ! – Pas faux, concéda Sigrid, en ravalant aussitôt le sourire que la comparaison lui avait arraché. Bon, qu’est-ce que tu fais là ? Esquivant encore une fois la question, Kjari récupéra l’épieu : – Ah, la lance, l’arme d’Odin, roi des dieux… J’ai encore fait ce rêve où tu brandissais ta lance, une belle lance, au milieu de la fureur et du tumulte. C’était beau ! D’un geste exagérément cérémonieux, il lui tendit l’arme. Elle la lui arracha des mains puis, tout de même, demanda : – C’était la fureur d’un champ de bataille ? – Je ne sais pas. Peut-être. J’étais à tes côtés. – Toi ? gloussa-t-elle. À mes côtés sur un champ de bataille ? Sans se démonter, il la regarda droit dans les yeux et répliqua : – Plus tard, je transformerai tes exploits en grandes histoires ! Je serai ton scalde (3) ! – Pff, je t’aurai cloué le bec bien avant ! 3. Poète ou poétesse scandinave qui chantait les exploits de héros et héroïnes ou de dieux et de déesses dans de longs poèmes, appelés sagas.
Et Sigrid lui tourna le dos pour reprendre son entraînement, mais elle le sentit s’approcher derrière elle et retint un soupir : plus tenace que la gale ! Le garçon lui souffla à l’oreille : – Choisis plutôt une cible à ta hauteur, Sigrid Thorgeisdottir. Vois ce bouleau, juste à côté… le nœud dans son écorce, ne dirait-on pas le repli d’une paupière écailleuse au-dessus d’une pupille noire comme les abysses ? Un œil de monstre ! Vise l’œil ! Sigrid considéra la nouvelle cible. L’œil la fixait… de manière presque menaçante. La brise se leva et une paupière d’ombre passa sur l’œil. Lentement, Sigrid leva son arme. Mais au moment où elle la lançait, Kjari lui éternua bruyamment dans le cou. L’épieu manqua le bouleau de deux bons mètres. – Gueule de poisson ! hurla Sigrid. Si je t’attrape, je t’étrangle ! Elle se retourna, sûre de sentir ses mains se refermer sur le cou maigrelet de Kjari. Mais elle n’enlaça que du vide. Encore disparu ! Une série de craquements, cependant, trahissait une fuite effrénée entre les arbres. Ni une ni deux, Sigrid récupéra son épieu et se lança à la poursuite du félon. 2 La poursuite de Kjari ramena Sigrid au village. Aux premières maisons, elle ralentit, se redressa : elle était quand même la fille du jarl ! Mais elle ne relâcha pas sa surveillance pour autant : cette gueule de poisson pouvait très bien se cacher derrière les tonneaux alignés contre le mur ou les filets qui séchaient sur leur support ; il était même capable de s’être faufilé parmi les porcs et les moutons qui encombraient les ruelles. Aussi la jeune fille progressait-elle prudemment, humant un air alourdi où se mêlaient embruns salés, fumée et relents de bétail. Elle arriva sur une petite place où la vieille Olga, assise devant sa maisonnette semi-en-terrée, filait la laine en compagnie d’autres matrones. Sur l’arête du toit moussu somnolait un gros matou aux prunelles dorées. – Tu ne retrouveras pas Kjari, dit la vieille Olga sans même lever le nez pour la regarder. Trop de bruit, trop de recoins…
– Mais je ne le cherche pas ! se récria Sigrid. – Trouve-toi quelque chose de plus utile à faire, va… Avant qu’elle ne puisse protester à nouveau, le vent de la plage apporta des plaintes furieuses. Le matou dressa les oreilles et les fileuses suspendirent leurs gestes. Sigrid obliquait déjà en direction des cris : elle n’en doutait pas, Kjari devait encore avoir fait des siennes ! Elle déboucha sur le petit chemin qui serpentait jusqu’à la plage. En contrebas s’agitait un cercle d’adultes, entre deux barques échouées. D’autres villageois convergeaient, attirés eux aussi par le bruit. La mince bande de plage formait une petite baie grise, ceinte par des bourrelets rocheux trop petits pour mériter le titre de falaises. Les enfants aimaient s’y étendre pour observer les pêcheurs au large. À droite, le quai se dressait sur des poteaux mangés de bernacles. Là, contre les planches brûlées par le soleil, salées et délavées par les intempéries, sommeillaient une douzaine de navires, attendant les prochaines expéditions. Ce jour-là, l’horizon se confondait avec la mer en une même mélasse grisâtre et grondante. Enfin suffisamment près de la scène, Sigrid reconnut les pêcheurs, qui se plaignait au jarl, son père. Encore plus intriguée, elle joua des coudes pour se rapprocher un peu plus. – Voici tout le fruit de notre pêche, maugréait l’un d’eux en montrant, sur le filet étalé à ses pieds, quelques poissons à l’œil vitreux. Cela fait plus d’une semaine que ça dure, maintenant. Le père de Sigrid, bras croisés sur la poitrine, prit son temps pour répondre. Sa précieuse tunique de laine rouge brodée au col et aux manches le distin- guait du commun des villageois, qui suaient tout le jour dans des étoffes grossières aux couleurs de boue et de pluie. Enfin, Thorgeir parla, ce qui imposa immédiatement le silence : – Les bancs de poissons vont et viennent. Interrogez vos mémoires, comme je viens de le faire avec la mienne : chaque automne vous me tenez le même refrain ! – Pas cette fois, jarl Thorgeir, pas cette fois, protesta le plus âgé des pêcheurs, un homme sec couvert de tatouages bleus. Là, il ne s’agit pas d’un jour néfaste. Là, ça dure…
D’un geste las, l’homme désigna de nouveau les harengs saupoudrés de sable. Un autre reprit, plus pressant : – L’hiver approche, si ça continue, nous n’aurons guère de quoi achever les fumaisons… – … ni de quoi échanger avec les marchands du sud quand ils viendront faire leur dernière escale ! Thorgeir secoua la tête, agacé. Sigrid l’imita spontanément, attentive à tous les gestes de son père ainsi qu’aux réactions de ses auditeurs. Elle lorgnait, envieuse, ce monde adulte, elle qui se sentait de plus en plus à l’étroit dans son univers enfantin et ses querelles futiles. Elle sentait bien que la frontière entre les deux mondes devenait plus ténue : depuis peu, elle avait remarqué, non sans un certain plaisir, qu’elle parvenait à faire baisser les yeux aux adultes… hormis son père évidemment, sa tante et le devin Fartein. Justement, un silence pesant s’abattit sur la petite assemblée, qui s’écartait, craintive, respectueuse, vaguement dégoûtée aussi, sur le passage de Fartein. Le devin occupait une cabane un peu à l’écart du village, non loin du cercle de pierres où le jarl et lui conduisaient les rituels. Les parents menaçaient d’y envoyer les enfants pas sages (Sigrid jadis avait tremblé plus d’une fois à ce refrain). En réalité, c’était surtout les adultes qui s’y rendaient : en plein jour, les malades et les blessés venaient chercher un remède ou une incantation pour les guérir et les superstitieux venaient interroger le destin. Cependant, à la nuit tombée, c’était des visiteurs aux désirs plus inavouables qui frappaient à la porte : ceux qui cherchaient à se venger d’un voisin peu aimable ou d’une âme sœur peu fidèle, ceux qui étaient prêts à pactiser avec les esprits pour que leur premier enfant soit un fils, ou encore ceux qui désiraient entendre la voix des défunts… Pas un secret, pas une rumeur n’échappait au devin. À croire que le vent les lui soufflait. Fartein arriva devant le filet étalé. Même courbé sur son bâton, il restait très grand. Son maigre cou blanc planté dans son épais manteau de plumes de corbeau et de fourrure noire lui donnait l’allure d’un squelette. La multitude d’amulettes qu’il portait en colliers cliquetaient comme des osselets. Il se pencha, saisit un hareng par la queue et échangea un long regard avec le petit cadavre. Pour finir, Fartein le huma, et dit : – Cette nuit, j’interrogerai les dieux.
Puis, sortant un petit couteau de sa poche, il fendit le ventre du hareng et en extirpa les entrailles sanguinolentes qu’il emporta avec lui. Un lourd silence s’éternisa après son départ, jusqu’à ce que Thorgeir ordonne à la foule de se disperser. Sigrid allait le rejoindre quand une main froide se referma sur son poignet. – Ah, te voilà, toi ! s’exclama Audrun, sa tante. Il y avait encore trop de témoins pour que Sigrid tentât la fuite. Elle préféra lever sur sa tante un regard faussement perplexe qui l’agaça davantage encore : – Oh arrête ça, tu sais très bien que tu devais passer l’après-midi avec moi, dit-elle en haussant la voix, ce qui décida immédiatement Sigrid à lui emboîter le pas vers le village. Derrière elles, le vent forcissant accumulait au-dessus de la mer de lourds et sombres nuages. Des générations plus tôt, si loin dans les mémoires humaines que vérité et légende se confondaient, un ancêtre de Sigrid avait érigé sa maison en haut de la petite colline sur laquelle il avait terrassé un ours à mains nues. Autour d’elle, il avait installé sa famille et ses guerriers, et, au fil des saisons, le clan était devenu village. Génération après génération, l’ajout de dépendances et d’ateliers avaient transformé la maison en une petite forteresse dont la cour pavée ne désemplissait jamais. En effet, Thorgeir y accueillait sa sœur Audrun, son époux Einar et leurs deux fillettes, qui babillaient encore ; son cousin, Jorik, marié à Bergthora et père de Balder. Thorgeir tenait ainsi près de lui ses plus proches conseillers. Mais il fallait encore compter les familles de ses hirdmens, ses gardes du corps et guerriers les plus fidèles, ainsi qu’une ribambelle de serviteurs qui logeaient dans les dépendances les plus reculées. Sigrid fut conduite dans le petit salon attenant au grand hall. Domaine de sa tante et de la cousine, il était meublé de longues banquettes alignées contre le mur. Des mobiles de perles et de coquillages pendaient aux poutres finement ouvragées. Bergthora s’affairait auprès d’un grand métier à tisser installé contre le pignon de la maison, tout en gardant un œil vigilant sur les deux fillettes qui jouaient près du foyer. C’était dans ce cocon tendu de fourrures et de tapisseries, enfumé les soirs de pluie, que Sigrid avait fait ses premiers pas. Puis elle avait suivi son père dans la cour, découvert les rudiments de la lance et de la lutte. Mais à chaque fois, Audrun, la