La classe nature

La classe nature

6-8 ans - 39 pages, 6236 mots | 47 minutes de lecture
© Talents hauts, 2023, pour la 1ère édition - tous droits réservés

La classe nature

La classe nature

6 heures du matin. Sur le parking de l’école, c’est le branle-bas de combat : la classe de CE2 part en classe verte ! Alix est surexcitée. Et aussi en colère… Quelques jours plus tôt, elle s’est disputée avec Nino et Paulin. À la récré, ils ont refusé de jouer avec elle au prétexte qu’elle est une fille ! Entre pique-nique, voyages en bus, dortoirs et courses d’orientation, parviendra-t-elle à se réconcilier avec ses meilleurs copains ?

"La classe nature" vous est proposé à la lecture version illustrée, ou à écouter en version audio racontée par des conteurs et conteuses. En bonus, grâce à notre module de lecture, nous vous proposons pour cette histoire comme pour l’ensemble des contes et histoires une aide à la lecture ainsi que des outils pour une version adaptée aux enfants dyslexiques.
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Extrait du livre La classe nature

La classe nature de Marie Lenne-Fouquet et Mary Gribouille aux éditions Talents hauts


1. Départ Salut, moi, c’est Alix ! J’ai eu huit ans la semaine dernière, je suis en CE1. Aujourd’hui, je suis déjà devant l’école alors qu’il est six heures du matin : normal, on part en classe nature ! Une classe nature, c’est quand tous les élèves de la classe (ainsi qu’une maîtresse, un AESH et deux parents d’élèves) s’en vont tous
ensemble dormir dans un dortoir à la campagne. On est excités, je vous raconte pas ! On s’agite sur le parking. On a terriblement envie de monter dans le bus, mais il faut attendre un peu, parce qu’avant, on doit tous passer un par un devant la maîtresse pour qu’elle coche dans un tableau si on est là, si on a bien notre pique-nique, notre k-way et notre casquette dans un petit sac à dos. Pendant ce temps, les parents donnent nos valises à la conductrice du bus qui les glisse dans la soute. C’est rigolo à regarder, parce que le papa de Dorian et Daphné s’amuse à déplacer les valises derrière la conductrice «  pour qu’elles s’abîment moins les unes sur les autres »,
comme il dit, mais la maman de Line qui vient avec nous lui demande justement de ne pas faire ça, parce qu’il faut garder de la place pour le matériel de l’école et les glacières… alors le père de Daphné et Dorian les remet n’importe comment et la conductrice est obligée de toutes les ressortir. Ça prend du temps, mais comme on doit attendre la mère de Nino qui est partie chercher le pique-nique qu’elle a oublié, ce n’est pas très grave. De toute façon, ce qu’on devrait faire, c’est carrément partir sans Nino. Et oublier aussi Paulin. On est fâchés à mort pour toute la vie depuis vendredi. Je vous explique. À la récré, les garçons ont voulu faire un loup glacé. J’ai tout de suite dit que c’était à mon tour d’être loup quand Samy m’a arrêtée : – Non Alix, on fait ça juste entre garçons ! On est déjà quatre, ça suffit ! Un jeu « entre garçons » ? Non mais la blague ! Retour à l’âge de pierre ! – Tu rigoles ? – On court tous plus vite que toi je parie. Tu vas perdre à chaque fois ! Hein, les gars ? J’étais sidérée qu’ils ne se rappellent pas à quel point je les bats, quand on fait athlétisme. Ou alors c’est justement qu’ils s’en souvenaient un peu trop. – Qui t’a doublé à la course d’obstacles, la semaine dernière ? j’ai lancé à Samy en me désignant.
Il est devenu tout rouge et ses yeux se sont embués. – Oui, mais euh… C’est parce que je venais juste d’avoir une petite sœur ! – Quel rapport ? Les autres garçons se trémoussaient de malaise sans voir le rapport non plus. – Bah j’étais perturbé ! C’est le docteur qui l’a dit ! J’ai voulu rire avec Nino et Paulin mais mes « copains » regardaient leurs chaussures. – Venez les gars, perdons pas de temps avec une fille toute la récré ! a ajouté Louis en attachant ses longs cheveux. – Mais c’est complètement idiot  ! Et injuste  ! j’ai crié, tellement en colère que ma voix tremblait.
Samy a donné un coup de coude complice à Paulin : – Et en plus, c’est une chouineuse ! – Oui, va jouer à la corde à sauter, a dit Paulin tout bas et sans me regarder. À court d’argument, Nino a ajouté : – Ouais ! Et puis il s’est dépêché de rejoindre le groupe de garçons qui se dirigeait vers le fond de la cour. Je me suis retrouvée toute seule, triste et en colère en même temps, très déçue de mes « soit-disant » meilleurs amis. Depuis, je suis vexée à mort. Je ne leur parlerai plus jamais de toute ma vie. À six heures et demi, on dit au revoir aux parents. Ils nous serrent fort contre eux, nous demandent d’être sages et il y en a même qui pleurent. Le problème avec les larmes, c’est que c’est souvent contagieux et Anaëlle, Dorian, Léon, Hassan et Élise se mettent à pleurer aussi. La maîtresse doit frapper dans ses mains pour que tout le monde monte enfin dans le bus et que les parents se mouchent un peu. C’est la cohue parce qu’on a tous envie d’être côté fenêtre, mais le papa d’Achille qui nous accompagne dit qu’on aura largement le temps d’essayer la place fenêtre une prochaine fois parce qu’apparemment on va en faire beaucoup, des tours de bus. Je cède et c’est Shannon qui s’installe côté vitre. Nino et Paulin, eux, sont loin derrière nous (j’ai vérifié), et c’est tant mieux.
Dans le bus, on est assis super haut. C’est un vrai grand bus avec une télé qu’on n’a pas le droit d’allumer et des toilettes qu’on n’a pas le droit d’utiliser. C’est méga chouette. De la vitre, les parents font tout petits et ça fait bizarre dans le ventre de les voir rétrécir, rétrécir, rétrécir quand le bus se met à rouler. Le trajet dure assez longtemps, mais il faut dire aussi qu’on s’arrête souvent. La première fois, c’est quand Jules dit : – Maîtresse  !!!! Je crois que je vais vomir. On descend tous se dégourdir les jambes et la maîtresse donne les pastilles anti-vomissement à tous ceux qui ont une ordonnance, sauf à Élise qui a l’ordonnance mais pas le médicament et à moi qui ai la boîte mais pas le papier. Un peu plus tard, Jules redit : – Maîtresse  !!! Je crois que je vais vomir.
Il descend marcher un peu sur un parking avec le papa d’Achille, ça lui fait du bien et on repart. Le troisième arrêt, c’est pas très longtemps après que Jules a demandé à s’arrêter mais que la maîtresse lui a répondu que s’il avait tenu jusqu’ici c’est que ça irait et qu’il ne restait vraiment pas longtemps, même pas une récré. Sauf que Jules vomit quand même dans le bus alors on sort tous pendant que les adultes nettoient. Je me retiens d’aller demander à Nino s’il a vu le vomi de Jules qui était assis tout près de lui. Je n’ai pas envie qu’il croie que je veux me réconcilier, parce que je n’ai pas du tout envie de me réconcilier. Jamais. 2. Le pique-nique Lorsqu’on arrive dans le village de la classe nature, dans le marais poitevin, on demande tous, le nez collé aux vitres : – On dort où, Maîtresse ? – Ce n’est pas encore ici, les enfants. D’abord, on s’arrête pour pique-niquer ! On est un peu déçus mais ça va, vu que les pique-niques c’est le deuxième
truc le plus chouette au monde à l’école après les classes nature. On met du temps à s’installer parce que Léon fait une petite crise. Du coup, il court autour du toboggan avec Nicolas qui l’aide à extérioriser la tension en lui donnant des conseils de respiration. En fait, ce qui embête Léon, c’est qu’il a mangé toutes ses chips dans le bus (même s’il n’avait pas le droit) et qu’il n’en a plus pour ce midi. – Un pique-nique sans chips, c’est pas un pique-nique ! répète Léon. Je trouve qu’il n’a pas tort mais je ne vais pas le dire pour éviter à Nicolas un dixième tour de toboggan (il a l’air fatigué). On donne tous quelques chips à Léon : il arrête de courir, il dit merci et on peut commencer à manger. Sauf Daphné qui a la fermeture éclair de son sac à dos coincée… Le papa d’Achille tire, tire, tire, et la fermeture cède dans un grand « crac ». Daphné pleure, le papa d’Achille devient tout rouge et se passe une main sur le visage : – Je suis désolé, Daphné. Ton sac est ouvert, mais maintenant tu ne vas plus pouvoir le fermer. On va échanger nos sacs à dos le temps du séjour, si tu veux. Daphné fait la moue. – Un sac noir sans dessin contre un sac renard orange avec des oreilles et une queue en peluche, ça vaut pas.
– Tu as raison, mais au moins il ferme. Daphné soupire et admet finalement le côté pratique. Après dix minutes assis, on se lève pour aller jouer aux jeux du parc. Les adultes boivent le café du thermos de la maîtresse. Il manque un gobelet, mais la mère de Line utilise son pot de yaourt en verre et ils se passent l’unique petite cuillère de Nicolas pour touiller. Ils rient et ça fait comme si on était une grande famille. C’est tellement chouette, cette ambiance de vacances à trente, qu’on recommence à s’énerver. Sur la structure avec les cordes, Hassan commence à crier : «  À l’abordage  !!!!!!  » en brandissant un bout de bois ramassé par terre. Élise
met son bandeau de cheveux sur son œil mais elle n’a pas le temps de faire semblant de sauter à l’eau du haut du toboggan parce que les adultes se lèvent d’un coup et nous demandent de remonter dans le bus. Tant mieux. De toute façon, jouer aux pirates sans ces gros nuls de Nino et Paulin, c’est moins drôle. Surtout lorsqu’ils font exprès de rire très fort entre eux à chaque fois que je les regarde. Dans le bus, ça sent beaucoup la transpiration et encore un peu le vomi, mais on n’a plus beaucoup de route parce que le centre « Les grenouilles » n’est plus très loin. 3. Bienvenue aux « Grenouilles » La conductrice sort toutes les valises et c’est un joyeux bazar pour que chacun récupère la sienne. La maîtresse est occupée avec la dame du centre, Nicolas est avec Léon, alors c’est la maman de Line et le papa d’Achille qui doivent se charger de la distribution. Sans la maîtresse, ils ont l’air tout perdu.