Extrait du livre L'épouvantail
L'épouvantail d'Alice Brière-Haquet et Lydie Sabourin aux éditions Points de suspension
L'épouvantail
Le temps d'un été, j'ai été blé doré.
Des mains m'ont moissonné : je suis devenu paille.
D'autres m'ont tressé : je fus épouvantail. Epouvantail, quel drôle de métier !
Effrayer le petit moineau, éloigner le noir corbeau, faire fuir le merle rieur, chasser le rossignol chanteur.
Et surtout, surtout, rester planté, à regarder les autres s'envoler.
Impossible de crier, seul le ciel grondait. Impossible de pleurer, seule la pluie tombait. Impossible d'aimer, seul le soleil souriait.
Alors vous avez osé, mes petits amis venir jusqu'ici : un par un, brin par brin, vous m'avez libéré vous m'avez emmené.
Ho, je ne vais pas vous cacher qu'au tout début quand vous m'avez décousu j'étais un peu inquiet
Laisser sa vie, sans préavis, quitter ses habits, avec ses habitudes, c'est un peu rude quand on n'a pas la moindre idée de ce qui va nous arriver !
Mais vite la peur a laissé place à l'ivresse des grands espaces : comme la vie est légère au royaume des courants d'air !





























