Extrait du livre Cargo
CARGO De Adèle Tariel et Jérome Peyrat Editions Père Fouettard
Cette nuit, je suis l’oiseau blanc, le goéland.
Je m’élance, je plane au-dessus de la mer. Les embruns s’engouffrent sous mes ailes, tout est léger. Mon ombre fidèle glisse sur les flots. Et tout d’un coup, je le vois.
Il s’arrête et embrasse la mer d’un regard. J’ai du mal à le reconnaître avec ses épaulettes dorées. Il est si petit devant ce vaisseau.
Le navire grince, il quitte la côte dans un grand fracas. La proue vers le grand large, il fend maintenant la mer de son imposante carcasse. Je lutte contre les vents. Je dois rester dans son sillage. Où va-t-il ? Quand reviendra-t-il ?
Je suis tout près. Je l’aperçois, les yeux fixés sur l’horizon infini.
Un groupe de fous de Bassan survole le navire. Ils m’observent en ricanant. Un oiseau comme moi n’a rien à faire si loin des côtes. Qui est le plus fou ici ?
Petit à petit, le ciel s’obscurcit. D’un coup, il se déverse sur nous. J’ai peur pour lui. L’océan s’abat sur le navire, le fait chuter dans ses creux. Battu par les flots, le navire tangue mais ne sombre pas. La mer l’épargne : elle se fait huile. Le jet d’une baleine, puis le calme plat.
































